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 True friends are always together in spirit • | Ft. Ku Hwan ♥

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Kim Hyun Jun
Âge : 29
Occupation : Entraîneur d'arts martiaux
Situation : Célibataire
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Mar 25 Sep - 15:20

Ku Hwan & Hyun Jun  

True friends are always together in spirit


Tenue | Cela faisait combien de temps désormais qu’il ne l’avait plus revu ? Tellement d’années que Hyun Jun avait cessé de compter… S’il détestait sa mère pour avoir fait de lui ce qu’il n’avait jamais été, pour l’avoir transformé en fille et pour l’avoir ridiculisé devant ses camarades, il l’avait encore plus haï ce jour où elle lui avait tout enlevé afin qu’il ne puisse pas rencontrer le seul ami qu’il avait. En plus de ne plus avoir de téléphone puisqu’elle lui avait retiré le sien, il n’avait plus d’ordinateur non plus et elle l’avait privé de sortie, l’obligeant à rentrer directement tous les soirs une fois qu’il avait fini ses cours. S’il ne l’écoutait pas, elle n’hésiterait pas à le punir et ne souhaitant pas attirer ses foudres, Hyun Jun n’avait eu d’autres choix que d’exécuter ses ordres. Elle lui faisait peur, elle le terrifiait et il ignorait comment l’affronter. Evidemment que malgré tout, il avait tenté de trouver un moyen pour en informer son camarade, pour lui dire que ce n’était pas lui qui cherchait à s’éloigner mais sa génitrice qui l’en empêchait. Selon elle, Ku Hwan n’était pas fréquentable, il n’était pas quelqu’un pour « une fille comme elle » et elle ne l’avait jamais porté de son cœur. Dès le départ, elle ne l’avait jamais apprécié et les deux jeunes hommes étaient forcés de se voir en secret s’ils ne souhaitaient pas être séparés. La vie était mal faite, elle était extrêmement cruelle et assurément que pendant longtemps, le garçon n’avait eu de cesse de la maudire. La seule personne qui le soutenait, en qui il croyait et qu’il avait toujours considérée comme précieuse, on la lui avait enlevée trop brutalement sans qu’il ne puisse faire quoi que ce soit. Ces jours s’étaient assombris au fil du temps avant qu’il ne commette cet acte irréparable puis prenne la décision de changer d’identité à tout jamais. Park Yun Ha n’existait plus, elle était morte ce soir où elle avait sauté par-dessus ce pont, emportée par le courant de l’eau qui ruisselait… Le cœur lourd, déçu et frustré qu’on lui ait sauvé la vie, le garçon n’avait pas été en mesure de songer raisonnablement, n’ayant de penser pour personne d’autre que sa propre dignité qui lui avait été arraché pour toujours. Il ne supportait plus son existence et il n’était pas prêt à vivre avec tous ses démons qui lui dévoraient le cœur néanmoins son sauveur ne l’avait pas laissé tomber, il l’avait épaulé jusqu’au bout, supportant chacun de ses silences, chacune de ses crises de colère et d’angoisse et le couvant de tout cet amour qu’il n’avait jamais eu dans sa propre famille.

Plus le temps passait, plus il commençait à aller mieux et plus il s’interrogeait sur cet ami qui avait toujours été à ses côtés mais qui ne l’était plus. Que devenait-il ? Etait-il heureux ? Avait-il réussi à réaliser ses rêves ? Est-ce qu’il pensait à lui parfois ou l’avait-il oublié ? Des tas de questions auxquelles le jeune homme n’était pas en mesure de répondre alors qu’il espérait pouvoir le retrouver un jour, ne serait-ce que pour le remercier pour tout ce qu’il avait fait pour lui, pour lui dire que lui ne l’avait pas oublié, qu’il pensait souvent à lui et qu’il lui était redevable pour tant de choses. Malgré les horreurs qu’il avait dû traverser, malgré ce passé que tous deux partageaient, Hyun Jun ne parvenait pas à considérer son camarade comme un mauvais souvenir de cette période qu’il espérait à tout prix oublier. Ku Hwan était celui qui l’avait toujours protégé, qui s’était battu pour sa sécurité et qui s’assurait constamment à ce qu’il ne soit pas trop accablé par les évènements. Ils se connaissaient depuis le primaire et à chaque fois qu’il y réfléchissait, il était certain que même les années qui les avaient éloignés, même les kilomètres, ne suffiraient jamais à briser leur amitié. Elle était tellement plus forte et plus intense que tout cela.  

Pas une seule fois, l’entraîneur n’avait jamais cessé d’espérer, cherchant son ami d’enfance sans que ses recherches n’aboutissent réellement à quelque chose. Mais il n’abandonnait pas, ne laissant passer aucun petit détail et ce fut également le cas ce jour où il avait aperçu cette affiche accrochée sur la vitrine d’une librairie. Si le poster n’avait rien eu de spécial, lui n’en avait retenu que le pseudonyme de l’auteur qui vendait son livre. Grand amateur de lecture, bien que pour sa part il ne lisait la plupart du temps que des documentaires ou de vieux auteurs, il était étonné de ne pas avoir entendu parler de cet écrivain plus tôt. Il avait été sous ses yeux tout ce temps et tel l’idiot qu’il était, il ne l’avait jamais remarqué. Hors, ce nom, il le connaissait et il ne lui avait pas fallu longtemps pour faire le rapprochement. Peut-être se trompait-il encore, peut-être que ceci n’était en rien lié avec le nom de famille de Ku Hwan et qu’il s’agissait juste d’un coréen qui s’était amusé à prendre un pseudonyme aux origines latines. Seulement Hyun Jun n’avait pas pu rester les bras croisés, cette personne pouvait être une simple inconnue comme il pouvait vraiment s’agir de son ami d’enfance ou, pourquoi pas, quelqu’un de sa famille dont il ignorait l’existence. Le jeune homme avait alors contacté son père adoptif qui, réputé dans le domaine artistique, avait assurément assez de connaissance pour arranger un rendez-vous avec un écrivain. Et quelle ne fut pas sa chance lorsque Monsieur Kim lui expliqua que son agence avait déjà eu l’occasion de collaborer avec l’édition de cet auteur.

Son père lui avait organisé un rendez-vous aujourd’hui avec le surnommé « Thiago Dos Santos » et maintenant qu’il se trouvait devant la porte qui le mènerait à la vérité, Hyun Jun sentait le stress qui grimpait en lui de plus en plus. Que ferait-il si encore une fois ses espoirs n’avaient mené à rien et que l’homme qui patientait à l’intérieur n’était pas celui auquel il s’attendait ? Closant ses paupières alors qu’il prenait une profonde inspiration, il se tapa doucement les joues en guise d’encouragement avant de finalement, cogner sa main contre la porte puis de faire son apparition dans la salle. Il n’était pas encore capable d’entrevoir le visage de son invité, celui-ci lui tournait le dos, confortablement installé sur l’un des fauteuils et ça ne faisait qu’accentuer son stress. Une fois à sa hauteur, il s’inclina poliment tout en le saluant avant de remonter lentement puis d’observer discrètement le garçon qui lui faisait face. Son cœur en manqua un battement, sous le choc. C’était lui. C’était bel et bien Ku Hwan, son ami d’enfance. Des années avaient beau s’être écoulées depuis la dernière fois qu’ils s’étaient vus, il était certain de ce qu’il avançait. Certes son camarade avait changé, il était devenu un adulte, un vrai homme néanmoins ses traits tirés n’étaient pas si différents que ceux qu’il avait connu. « Je suis désolé, j’ai demandé à mon père de m’aider à vous rencontrer. » Qu’il expliqua alors qu’il s’asseyait, se doutant que son vis-à-vis ne devait pas comprendre la situation puisque pour sûr que lui n’avait dû le reconnaître. Contrairement à son ami, Hyun Jun avait extrêmement changé. Il n’avait plus cette tonne de maquillages qui peignait son visage efféminé de l’époque, il n’avait plus ses longs cheveux qui étaient plus soyeux qu’une véritable femme. Il avait abandonné les jupes et les robes pour une tenue bien plus masculine et si son corps restait mince et fin, sa corpulence n’était plus la même, plus musclé grâce à tous ces sports qu’il pratiquait depuis des années. Et on ne parlait pas de ses tatouages visibles qui marquaient ses doigts, son poignet gauche, même celui cachait derrière son oreille.

Le cœur battant, ses prunelles fixaient son vis-à-vis alors qu’il avait choisi de ne pas tourner autour du pot pendant cent ans. Il avait besoin de savoir, savoir si comme lui son camarade ne l’avait jamais oublié et espérait le retrouver. « Est-ce que vous connaissez quelqu’un portant le nom de Park Yun Ha ? »  Cette rétorque à elle seule était suffisante pour répondre à toutes ses questions.


AVENGEDINCHAINS
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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
Don : Contact Curatif
Niveau : 5
Multicompte : Ong Ki O
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Mar 25 Sep - 20:33

J’en suis où tu m’as laissé
Feat. Kim Hyun Jun
Gniark, aller tiens-toi tranquille et laisse moi t’attraper ! Je ne vais tout de même pas laisser un radius gauche me tenir en échec. Non, je ne suis pas entrain d’installer une décoration squelette spéciale Halloween. Flash info de dernière minute : il semblerait que je sois le seul anthropologue à des kilomètres à la ronde. Car en plus d’être un sémillant Médecin Légiste et un brillant auteur de thrillers, je suis également détenteur d’un doctorat en anthropologie. Pourquoi, cela vous étonne ? Allons, depuis le temps je pensais que vous aviez intégré le fait que je suis un touche à tout de génie, ayant plusieurs cordes à son arc. La police d’Ulsan a retrouvé un corps la nuit dernière. Ou plutôt des ossements humains. N’ayant pas de spécialiste sur place à leur disposition, ils ont donc ouvert l’annuaire, cherché à anthropologue judiciaire … et oh surprise, je suis le seul et unique de la liste encore en activité et ne se trouvant pas trop loin. Détrompez-vous, malgré les apparences, je suis très calme. Vous auriez dû me voir ce matin lorsque je suis arrivé à la morgue. Là pour le coup, j’étais vraiment énervé. Non mais c’est vrai, de quel droit ont-ils osé s’introduire dans MON sanctuaire et y déposer tranquillement leur « paquet cadeau » ? Le pire, c’est qu’il n’y avait personne pour m’expliquer. Juste un mot me demandant d’appeler un certain numéro pour plus d’informations. Au début, je me suis dit que c’était encore mes imbéciles de subalternes qui essayaient de me faire une blague.

Seulement, lorsque j’ai ouvert le sac mortuaire placé sur la table d’autopsie et suis tombé nez à nez avec un squelette humain ; là, ça a commencé à ne plus me faire marrer du tout ! Je peux vous dire qu’une pareille rencontre à huit heures et demie du matin : ça réveille ! Pendant un instant, j’ai bien cru que j’allais régurgité le Matcha que je venais tout juste d’avaler. Chouette … quelle délicate attention ! Et ce n’est même pas mon anniversaire. Je vous laisse deviner ce que j’ai donc fait. Exactement ! Appeler ce fameux numéro, pour exiger des explications et à l’occasion piquer ma gueulante. Seulement, en tombant sur le Préfet du District d’Ulsan, je l’ai tout de suite beaucoup moins ramenée. Au lieu de ruer dans les brancards, j’ai dit amen à tout, juré que je m’en occupais immédiatement et que je ne manquerai pas d’envoyer mes conclusions aux autorités compétentes, une fois mon travail achevé. Fabuleux … comme si je n’avais déjà pas assez de boulot, avec tout les tarés de cette ville qui passent leur temps à s’entre-tuer. Maintenant, on en arrive à me refiler des affaires qui ne tombent pas sous le coup de ma juridiction, comme diraient mes collègues flics. Voilà ce qui arrive lorsque l’on est un prodige qui excelle dans tout les domaines, doublé d’un modèle de polyvalence : tout le monde vous veut, fait appel à vous ou vous réquisitionne. Ce qui est sûr, c’est que cette « surprise » a foutu une sacrée merde, et m’a contraint à totalement reconsidérer et revoir mon organisation. Chose dont je ne suis pas très fan.

Par chance, Yafan, ma consœur se prenant pour Abby dans NCIS, a gentiment accepté de bien vouloir s’occuper de mes dossiers en cours. Juste le temps que je traite cette affaire qui, pour reprendre les mots de Môsieur le Préfet, est à présent ma seule et unique priorité. J’ai donc passé toute la matinée et le début de l’après-midi, à répertorier et inventorier les os. Bah, c’est à dire qu’il y en a tout de même deux-cent six, donc oui cela prend du temps. Pardon ? Mon assistante ? Excellente remarque. Le problème voyez-vous, c’est qu’elle est légiste et non anthropologue. Son truc à elle, c’est uniquement les tissus humains et non les nonos. Ce qui est fort dommage, car son aide n’aurait pas été de trop pour repêcher toutes les parties du squelette. Ah oui parce que je ne vous ai pas dit, mais après avoir fait l’inventaire des os, j’ai procédé à leur nettoyage en les plongeant dans une solution particulière. Laissez mariner deux heures et … hop, c’est prêt ! Voilà pourquoi je me tiens en équilibre sur un escabeau au-dessus de cette immense cuve glougloutante, muni d’un pince télescopique. Ca a l’air très amusant en apparence, mais croyez-moi à la longue cela ne l’est pas. Surtout quand il n’en reste plus qu’un, et qu’il prend un malin plaisir à vous narguer. Raah, ce n’est pas vrai ! Je ne comprends pas ; plus jeune, j’étais pourtant doué à la machine attrape-peluche. Apparemment, et à la différence du vélo : cela s’oublie.

Sans compter qu’il faut y aller avec minutie afin de ne pas les abîmer, sinon … je l’ai ! Sourire triomphateur aux lèvres, je descends les quelques échelons de l’escabeau. J’abandonne le grappin contre la cuve et pars achever mon macabre puzzle, en posant l’os du bras gauche à sa place sur la table d’autopsie. Pfffiou, cela fait des années que je n’ai pas travaillé à partir d’ossements. J’espère ne pas avoir trop perdu la main. Bon, commençons par les premières constations. A l’aide de mes mains gantées de caoutchouc, j’attrape délicatement les restes du bassin et me penche afin de correctement les examiner. D’après l’os de la Crête Iliaque et celui du Pubis, il s’agit d’une femme. Une femme de grande taille, étant donné qu’à vu de nez, elle mesurait au moins un mètre quatre-vingt huit. D’après la structuration osseuse et la quasi-absence de déclassification, j’estime son âge à … environ dix-sept ans. En tout cas, pas plus de vingt ans. La mort remonte à plus d’un an. Peut-être deux. Ce corps a dû reposer dans un environnement, disposant de conditions ayant accélérées le processus de décomposition. Un nœud me serre et m’étreint la gorge. Argh, je déteste quand ce sont des gosses. Je ne dis pas que sont sort ne m’aurait pas ému s’il s’agissait d’un septuagénaire, c’est juste que … que j’ai toujours un peu de mal quand j’ai affaire à de jeunes défunts. Dans un soupir à tout rompre, je me redresse, attrape la grande loupe en forme de miroir circulaire accrochée au plafond et passe au crible plusieurs os.

Hmm. Présence de nombreuses fractures remodelées d’efforts et de stress, sur les poignets, les coudes et d’autres articulations. Quelques contusions également sur les côtes. En particulier sur la troisième et la cinquième. Songeur, j’écarte l’imposante loupe de mon visage et fixe le mur en face de moi en fronçant les sourcils. Mauvais traitements ? Non, je ne pense pas … . Tout ces stigmates me font davantage penser, à des blessures dues au sport. Oui, voilà une sportive. Sûrement une joueuse de Volley. Vu l’état de son squelette, elle devait probablement s’entraîner tout les jours durant de longues heures, et possédait un excellent niveau. Un niveau digne d’une professionnelle. Difficile de l’affirmer avec certitude, mais je pense qu’elle devait suivre une sorte de cursus sport-étude. Si tel est le cas, cela devrait restreindre le champ d’investigations et de recherches des enquêteurs. D’accord, c’est bien jolie tout cela ; mais ça ne me dit toujours pas de quoi elle est morte. Aucun signe de longue maladie. L’os Hyoïde est intact : ce qui signifie pas d’étranglement. Aucun signe de lutte, ni de fracture défensive ante-mortem. A croire qu’elle est morte de sa belle mort. Cela ne me convainc pas. Une adolescente bien portante et en bonne santé, ne décède pas subitement. Poursuivons. Je saisis avec minutie le crâne et le porte à hauteur de mon visage. Aller jeune fille s’il te plaît, dis m’en plus sur toi. Aide-moi à retrouver le ou les barbares qui t’ont fait cela.

Tes pommettes, ta mâchoire, tes maxillaires … . Tout ces marqueurs faciaux confirment ce que je supposais : tu n’es pas d’ici. Ce crâne à toutes les caractéristiques de celui des populations slaves. Ukrainienne … non, plutôt russe. Si elle est scolarisée et que quelqu’un a signalé sa disparition, il devrait être facile de trouver son identité grâce au fichier des personnes disparues. De mon côté, je vais voir si je trouve quelque chose du côté des empreintes et du fichier dentaire. Bon, pour un début ce n’est pas si … qu’est-ce que c’est que ça ? Bingo, je crois que je tiens ma cause du décès ! C’est petit et ténu, mais c’est bien là. Perforation de l’os mandibulaire. Le coup a été asséné si fort qu’il a fissuré l’os Mastoïde. La Carotide a dû être sectionnée, et elle s’est ensuite vidée de son sang. L’arme doit être un objet métallique à la lame longue, fine et pointue. Un peu comme un stylet, ou une seringue avec un grand nombre de gauge. J’aurais bien voulu prendre quelques instants pour me féliciter de cette découverte, mais mon portable ne fut pas de cette avis. La sonnerie du mémo vocal ? J’ai un truc de prévu aujourd’hui ? Une voix féminine informatisée et aux accents mécaniques, vient m’informer que : « Rendez-vous avec Monsieur Kim dans une heure ». Ma surprise est telle que j’ouvre la bouche comme un four, et manque de peu de lâcher le crâne dans mes mains. Oh putain, c’est vrai ! Cela m’était complètement sorti de la tête.

Tout ces imprévus et impondérables m’ont complètement déphasés. Dans une heure ? Dieu du ciel, mais je devrais déjà être en route ! Impossible de le décommander, il est trop tard pour cela maintenant. D’autant plus que je n’ai pas son numéro. C’est ma maison d’édition qui s’est chargée des détails et formalités pour ce rendez-vous. Si je n’y vais pas, Somi fera de ma vie un véritable enfer sur terre. Vu comment elle encense cet homme et chante ses louanges, je pense être en mesure de pouvoir affirmer qu’elle le considère comme étant une véritable institution. J’irai même plus loin en disant qu’elle l’élève au rang de dieu et légende vivante de la culture. Sur ce point, je ne peux pas lui donner tort. Histoire de savoir à qui j’allais avoir à faire, j’ai googlisé ce Monsieur Kim. Le fait est qu’il a en effet œuvré avec les plus grands. Des chanteurs, des acteurs, des mannequins et j’en passe. Je reconnais que c’est assez bluffant et vertigineux. Pourtant, Dieu sait qu’il en faut beaucoup pour m’impressionner. Si j’en crois ce que Somi a bien voulu me dire, il aurait vraisemblablement adoré les premiers opus de ma saga, et souhaiterait me soumettre une proposition de projet sur laquelle nous pourrions collaborer. C’est tout ce que j’ai pu en tirer. Elle a en effet voulu jouer la carte mystère et a refusé de m’en dire plus. A mon avis, il sera sûrement question d’une adaptation sur grand écran.

Selon elle, il s’agit là d’une opportunité en or pour ma carrière, que je serai fou si je n’honorais pas ce rendez-vous et que de toute manière, on ne dit pas non à Monsieur Kim. Dire qu’elle m’a mis un flingue sur la tempe ou un couteau sous la gorge serait un peu exagéré … quoi que, c’est quand même un petit peu l’idée. Somi a conclu en ajoutant que je devais être à l’heure, impeccable, tiré à quatre épingles et avoir avec moi un exemplaire de mon manuscrit en cours. Merde, fait chier, fait chier ! Navré jeune fille d’origine russe que je baptiserai … Alexandra. Promis, demain je découvrirai ce qui t’ait arrivé et bouclerai ce dossier. D’ici là, tu vas passer la nuit ici. Ne t’en fais pas, tu verras que l’on est très bien. Hmm ? Oh oui pardon ta tête. Tiens regarde, je la repose avec le reste de ton corps. Pile au-dessus de la clavicule. Oui, crois-moi tu seras tranquille, peinarde et pas dérangée ici. Dans l’embarras du doute, et pour éviter que l’un de mes subordonnés décérébrés passant dans le coin n’ait la mauvaise idée de jeter tout cela dans la poubelle « déchets biologiques », je vais tout de même laisser un mot en majuscules au marqueur rouge indélébile. « Prière de ne pas toucher aux ossements. Docteur Rim. ». Voilà. Comme on dit, deux précautions valent mieux qu’une. Ou mieux vaut prévenir que guérir. Bon, vamos, presto rapido ! Après avoir quitté mes gants et leur avoir offert le confinement d’une poubelle en guise d’ultime demeure, j’annote quelques lignes dans un grand classeur blanc. Des constatations, des théories, des hypothèses, des débuts de conclusions. Enfin ce genre de chose, quoi.

H – 50 minutes : alerte générale ! Tel un Bip-Bip pourchassé par Vil Coyote, je file en quatrième vitesse en direction des vestiaires, alloués aux membres du personnel du laboratoire. Compte tenu que je passe presque plus de temps ici que chez moi, j’ai pratiquement tout ce qui faut. Des affaires de toilette, des vêtements de rechange et des stocks de nourriture au cas où. Non seulement cela me permet de rester ici des jours durant, mais cela m’évite également de devoir faire un crochet par chez moi lorsque je suis attendu quelque part après le travail, comme c’est présentement le cas. J’ôte ma blouse, quitte mes vêtements en toute hâte, me munis de shampoing, gel douche et serviette puis pars au pas de course à la douche. Les yeux fermés et le visage levé en offrande vers le pommeau, j’aurais aimé pouvoir profiter un peu plus longtemps de la chaleur de l’eau ruisselant sur mon corps … mais le temps presse ! Après être sorti de la cabine une serviette éponge nouée autour de la taille, je regagne le casier pour troquer bouteilles et flacons contre un rasoir électrique. Pratique, rapide, résultat propre, net et sans risque de coupure. Les lames circulaires glissent sur mon visage déformé par les grimaces. Une manie instinctive que beaucoup d’hommes effectuent lorsqu’ils se rasent. Sans doute pense-t-on pouvoir ainsi atteindre des zones difficiles d’accès ? Ne vous moquez pas Mesdames !

Je suis certaine que vous aussi devez tirer de sacrées tronches, quand vous vous maquillez. La peau aussi lisse que celle d’un bébé, j’accélère le mouvement et procède désormais à l’habillage. M’emparant de deux chemises entreposées sur des cintres, je les passe l’une puis l’autre devant mon torse, tout en me regardant dans le petit miroir plaqué contre la face intérieure de la porte du casier. La blanche ou la bleue ? J’aime bien la blanche mais … Dae Ryuk disait que la bleue mettait en valeur mes yeux, et faisait ressortir mon sourire. Très bien, adjugé pour la bleue dans ce cas. De mémoire, il me semble que je dois avoir une cravate qui traîne quelque part … ah, bingo ! Gris clair. Sobre, passe partout, classique et conventionnelle. Parfait pour un rendez-vous professionnel. Eh merde ! Je n’ai pas de pantalon un minimum habillé et qui siérait pour l’occasion. Hmm, ce jean d’une grande marque et d’une qualité supérieure devrait faire l’affaire. A vrai dire, c’est surtout le moins destroy parmi le si peu que j’ai en magasin. Niveau chaussures, je crains être obligé de rester en baskets. Note à moi même : penser à ramener une paire de mocassins ou de richelieus. Eeeeeet … top je suis fin prêt ! Voyons voir ; whoo à peine vingt minutes. Je crois bien que je viens de me surpasser. Oh, et quelques pshits de « Sauvage » par Christian Dior tant que je suis. Cela ne peut pas faire pleurer.

Bien, il me reste donc plus ou moins trente minutes pour me rendre à l’agence artistique de Monsieur Kim. Cela devrait le faire. De justesse, mais cela devrait le faire. Skateboard, attaché-case casier refermé à double tour et on y va ! J’ai dû noter l’adresse quelque part sur mon téléphone … ah ça y est la voilà. 47 Rue Hwang Og à Gangseo. Partez ! Exit la fraîcheur du sous-sol du commissariat, et bonjour la lumière du jour ! Enfin, plutôt de la fin d’après-midi. Le trajet se fit sans encombre. Hormis bien sûr que je me suis tapé tout les feux rouges sur le trajet, et que les gens n’ont pas arrêté de me regarder comme si j’étais un gros adolescent attardé. Y a-t-il une loi ou un âge limite dans ce pays, au-delà duquel un homme n’a plus le droit de se déplacer en skate ?! 43, 45 … 47 c’est là. Whaaa, vise un peu le gratte-ciel et ces étendards avec le nom et le logo de l’agence. C’est simple à côté de ce building tout de verre et d’acier, la Trump Tower ressemble à un duplex. Les pieds de nouveau sur terre, au sens propre, je contemple l’imposant édifice en inspirant profondément une bouffée de courage. Serviette d’une célèbre marque de maroquinerie dans une main et skateboard dans l’autre, je passe les portes tambour et arrive dans … merda je crois rêver ! Et dire que ce n’est que le hall. J’ai l’impression d’être un muchacho des favelas débarquant au Plaza Athénée. Ok, assez bavé d’admiration et allons plutôt trouver la réceptionniste. Ou la sœur jumelle de Liu Wen, je ne saurais le dire.

Oh meu deus, est-ce que tout et tout le monde ici transpirent la perfection et le succès ? Non mais regardez-moi ; j’ai vraiment l’air d’un infirme ! Ouais, encore heureux que l’infirme soit malgré tout toujours capable d’aligner trois mots, et dire qu’il avait rendez-vous avec Monsieur Kim à dix-huit heures trente. Que je patiente un moment ? De toute façon, je ne vois pas ce que je peux faire d’autre. Oui voilà, c’est exactement cela. Whoo, doucement là ! Salle de réunion du dix-septième étage, pas besoin de frapper, peux directement entrer, Monsieur Kim arriver incessamment sous peu. Tels sont les informations que je parviens à attraper au vol, dans son débit de rappeuse qui ferait passer Eminem pour un avorton. D’accord, mais comment je fais pour … . Ce n’est pas dur, c’est fléché ? Bon, eh bien alors euh ... merci. Enfin, je crois. Et encore navré pour le dérangement. Je prends congé de Lil Kim Jr et me dirige vers l’ascenseur. Aller, je m’envoie au dix-septième ciel ! Cette cabine est à elle seule encore plus grande que mon premier appartement. Sans parler de toutes ces parois vitrées qui … hé, mais c’est que je suis plutôt pas mal sous cet angle. Après un léger ébouriffage de crinière, les portes s’ouvrent. « Salle de réunion : Deuxième porte sur la droite de la troisième à gauche. ». En effet, niveau signalétique : ils sont au top ici ! Ca y est, j’y suis. Pffiou, je n’avais pas ressenti une telle sensation de stress, depuis que Thiago Braz da Silva a repoussé les limites en décrochant la médaille d’or en saut à la perche aux Jeux Olympiques de Rio.

Aller, j’entre. Oh Jeez … c’est absolument grandiose. Puis que dire de cette vue, si ce n’est qu’elle est très … plongeante. En même temps, on est quand même au dix-septième. Dieu tout puissant, matez plutôt les fauteuils. Cuir italien beige : ça coûte une fortune et … hmm … ils sont encore plus confortables que ceux du Country Club. Posant l’attaché-case prêt de l’accoudoir et fourguant le skateboard dessous, l’agitation commence à me gagner tout doucement alors que les secondes se meurent. Raaah, au diable cette fichue cravate, j’étouffe ! Aaaah, voilà qui est mieux. L’accessoire de torture rangée avec agacement dans la petite mallette, je déboutonne les deux premiers boutons de ma chemise, avant de me vautrer et m’avachir comme un pacha dans le fauteuil. Une longue et sonore inspiration. Les paupières qui tirent les rideaux. Hmm ? Oui, entrez … hein, on frappe !? Porra ! Tel un diablotin monté sur ressort et sortant de sa boîte, je me redresse aussitôt puis me rassois convenablement. J’en profite aussi pour réajuster et défroisser à la va-vite ma chemise. Bonjour Monsieur K… ah bah tiens c’est marrant, mais vous ne ressemblez pas du tout aux images que j’ai vu de vous sur le web. A moins que vous n’ayez entre temps mis la main sur un élixir de jouvence, ou fait « quelques petits travaux de rénovation ». Non ? C’est bien ce qui me semblait. Ce fringant jeune homme doit probablement faire partie de son équipe.

D’ailleurs, c’est curieux mais … . Ah non en fait. C’est à dire que je croyais que … cela ne fait rien, laissez tomber. Respectueusement, j’incline à mon tour la tête pour le saluer. Seulement, je commets la bêtise de l’ouvrir : « Bonjour, vous travaillez sûrement avec Monsieur Kim. Je suis le Docteur Rim …. enfin je veux dire Thiago Dos Anjos et … . ». Et je crois que je ferai bien de me taire et de la mettre en veilleuse, afin de ne pas être plus ridicule que je ne le suis déjà. Un sourire des plus embarrassés vient orner mon visage. Tête légèrement baissée pour dissimuler ma gêne et évacuer la tension qui s’est immiscée en moi, mes yeux fixent le teck de la longue table de réunion oblongue. Par chance, ce jeune cadre dynamique, au physique justement dynamique, vole à mon secours, m’empêchant ainsi de sombrer dans des abîmes de honte et de malaise. Oh merci beaucoup ! S’il était resté impassible et muet comme une tombe, je crois que j’aurais fini par disparaître dans ce fauteuil. Il s’installe en face de moi, puis prend la parole de manière nettement plus assurée que je viens de le faire. Désolé. De quoi ? C’est plutôt moi qui devrais l’être. Désolé d’être un bafouilleur pathologique lui faisant perdre son temps. Son père ? Temps mort là ! Ce qui veut dire que cela fait de lui … oh seigneur, c’est le fils de patron ! Alors là, bravo « Kuku » ! Tu viens de te prendre les pieds dans le tapis devant le fils du big boss.

Quelle que soit le projet dont il voulait te parler, désormais c’est mort et enterré ! En l’espace de deux minutes, j’ai tout fait foirer. Somi va me tuer, si elle découvre le fiasco que … me rencontrer ? Oh. Ah bah je me sens soudainement mieux. Oui, je viens de passer de flippé à flatté en un quart de seconde. Rassuré, je trouve la force et le courage de relever la tête. L’expression sur mon visage doit parfaitement illustrer ma surprise et mon relatif étonnement. Tout ce cirque pour me rencontrer ? Il y avait tout de même plus simple comme … m’appeler. Ah ouais non, c’est vrai que je suis sur liste rouge. Bon, j’en déduis que je ne suis pas là pour affaire. Alors de quoi s’agit-il au juste ? Un rancard ? Si tel est le cas, je crois que je ne vais pas tarder de passer de flatté à vexé. Non pas qu’il soit laid, bien au contraire. C’est juste que bon, c’est toujours assez délicat. Cependant … mon petit doigt me dit que je fais fausse route. Un fan dans ce cas ? Hmm, non. Pas assez émotif et démonstratif. Non vraiment, là je sèche. Je n’ai pas la moindre idée de ce que je peux bien faire ici, ni de qui il … attendez un instant. Non en fait toujours pas. C’est dingue, j’ai pourtant l’impression d’avoir déjà croisé ce type. Je noue les doigts, pose les avant-bras sur la table et réponds sur un ton et une voix un peu largué : « Oh, je vois. Ne vous en faîtes pas, je comprends e-et … . Veuillez m’excuser, je suis un peu troublé car … j’ai l’impression de vous avoir déjà rencontré auparavant. ».

Non, ce n’est pas qu’une impression. A mesure que le temps passe, cela devient une certitude. Tout chez cet homme m’évoque quelque chose. Ses yeux, sa bouche, le timbre de sa voix … tout, ou presque, chez lui m’est familier. Je suis convaincu de le connaître. Seulement, je suis incapable de dire où, quand et comment. Le pire, c’est que je n’ai aucune idée du « qui ». Pas moyen de remettre un nom sur ce visage. Ce qui est excessivement harassant. Voyons voir. S’il s’agit du fils de Monsieur Kim, je peux donc en déduire que c’est également son nom. Une chance que ce ne soit pas un nom de famille très répandu … ahem ! Kim, Kim … hmm. Les seuls Kim qui me viennent à l’esprit sont Min Soo et Sun Hi. J’en ai peut-être rencontré d’autres par le passé, mais si tel est le cas, alors ils ne m’ont pas laissé un souvenir impérissable. Alors pourquoi son visage s’incruste-t-il à ce point dans ma rétine ? Pourquoi une déferlante de sentiments contradictoires et chaotiques, me happe sitôt qu’il ouvre la bouche ? L’homme en Converses noires reprend la parole et formule une question. Yu-yun … Ha. Non … oh non, non, non !! Ce n’est pas possible ! Mes lèvres tressaillent et frémissent sans qu’aucun son ne s’en échappe. Le souffle court et la respiration haletante, je plaque une main contre ma bouche tel l’un des trois singes de la sagesse. Comme si je cherchais à garder captif un hurlement douloureux ou un sanglot déchirant.

Je suis incapable de défaire mon regard de lui. Mes yeux pétillent, les larmes commencent à monter et ma vision s’embrume. C’est lui. Mon unique ami. Il est libre. Yun Ha … t-tu … tu es là. D’une main tremblante, je montre deux doigts. L’air de dire : « Deux minutes, s’il vous plaît. ». Déglutissant laborieusement ma salive, je parviens péniblement à ânonner la voix pleine de trémolos : « J-je … je … . U-un instant. ». En toute hâte, je me lève et file vers la baie vitrée, tournant ainsi partiellement le dos à l’homme m’ayant posée une question, à laquelle je n’ai toujours pas répondue. J’enfouis mon visage dans mes mains et essaye autant que faire se peut, de ne pas me rependre en larmes. C’est grotesque. Nous ne sommes plus des gamins maltraités par leurs camarades. Je n’ai plus à jouer le rôle du gros durs. C’est un grand garçon et il doit être en mesure de se défendre tout seul. Pourtant … pourtant j’agis exactement comme si rien n’avait changé ou que le temps avait suspendu son cours. Je n’ai plus besoin de faire cela. De jouer les costauds et les protecteurs. Si je veux craquer, je peux le faire devant lui. Seulement … je n’y arrive pas. Est-ce que tout cela est bien réel ? J’ai tellement rêvé de cet instant durant toutes ces années, que j’ai bien du mal à réaliser. J’écrase à l’aide de mes index les quelques gouttes lacrymales débordant de mes paupières. Mirant les immeubles du centre-ville au loin, j’expire profondément et tente de retrouver un peu de consistance. Ce qui n’arrivera très certainement pas.

Finalement, je finis par me retourner vers le frère que j’ai choisi jadis. L’émotion étrangle le ton de ma voix. La rendant semblable à celle du gamin que j’étais naguère, et qui n’avait aucun secret pour lui. « C-c’est … c’est vraiment toi … ? ». Tel un zombie hagard, j’avance lentement vers lui un sourire béat et incrédule sur le visage. Je … n’y arrive plus. Petit à petit, mon visage grimace et se déforme. Les voila. Les larmes qui coulent, les cris qui raisonnent, les paroles suffocantes. Lamentablement, je rabâche et hurle inlassablement la même chose. Que je suis désolé. Que je regrette de ne pas avoir été là. De ne pas avoir pu le protéger. Que j’aurais dû le rechercher encore et encore. Que c’est de ma faute. Que je l’ai abandonné. Oh Yun Ha … est-ce que tu me pardonneras un jour ? Je finis par me raccrocher au dossier du fauteuil et y implante mes ongles. Tête courbée, je pleure à gros bouillon. Comme je ne l’ai pas fait depuis bien longtemps. Des larmes de joie. De tristesse également. Mais aussi et surtout l’expression de tout mes remords. De ce que je n’ai pas su te dire. De ne pas avoir pu te garder auprès de moi. De ne plus jamais avoir pu dire « nous ».                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                              

©️ FRIMELDA


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Soul Wounds
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Kim Hyun Jun
Âge : 29
Occupation : Entraîneur d'arts martiaux
Situation : Célibataire
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Mer 26 Sep - 17:39

Ku Hwan & Hyun Jun  

True friends are always together in spirit


Tenue | Ku Hwan avait été la première personne à le défendre, à le soutenir mais surtout, il avait été son premier ami, celui qui n’avait pas peur de le protéger des autres, qui n’aurait pas hésité à se sacrifier pour son bien. Il était ce frère que Hyun Jun n’avait jamais eu, cette personne sur qui il pouvait compter et se reposer quoi qu’il puisse se passer. C’étaient eux deux contre le monde entier… Lorsqu’ils étaient ensemble, rien ne semblait pouvoir les séparer ou les toucher. Malgré la souffrance qu’on lui infligeait à l’école, son ami était sa lueur d’espoir, cette once de lumière qui lui permettait de ne pas flancher et de ne pas se laisser abattre par toute la souffrance qu’il suffisait. Evidemment que malgré tout, que malgré leur amitié forte et profonde, le jeune homme en avait gros sur le cœur, qu’il y avait eu ces fois où il avait pensé abandonner et les laisser le frapper jusqu’à ce qu’ils en aient assez, ces fois où il avait prié de ne plus avoir à se réveiller le matin à cause de ce harcèlement qu’il peinait à supporter. Souvent, il se demandait quand tout cela s’arrêterait mais lorsque Ku Hwan était là, lorsqu’ils n’étaient que tous les deux, même si ce n’était que l’espace d’un temps, il en oubliait tout le reste. Parce qu’il n’y avait que lui en qui il avait confiance, il n’y avait que lui qui le comprenait et qui ne le jugeait pas. Hyun Jun avait toujours gardé en lui tous ces précieux souvenirs qui étaient reliés à son camarade. Il se souvenait de ce jour où, alors qu’ils ne se côtoyaient pas encore, son ami était venu prendre sa défense quand des grosses brutes de leur école primaire s’étaient attaquées à lui. Il se souvenait de ces moments passés ensemble à l’abri de tous quand ils étaient au collège, de ces fois où Ku Hwan s’était forcé à jouer aux idiots afin de pouvoir rester à ses côtés. Il se rappelait également de toutes ces fois où son camarade n’avait pas hésité une seconde pour s’en prendre à ceux qui le martyrisaient, ces fois où du mieux qu’il le pouvait il essayait de le rassurer, même de soigner ses blessures à cause d’un don qui l’avait toujours fasciné.

En vérité, il n’y avait pas de mots pour décrire leur amitié. Elle était unique, bien plus que toutes celles qu’on pouvait entrevoir dans les films ou les séries. Elle était indéfinissable et inébranlable… Peu importait le nombre de fois où on essaierait de les séparer, Hyun Jun était certain que sans être à ses côtés, il ne cesserait d’accorder une profonde importance à ce frère qui ne l’avait jamais abandonné. Les circonstances les avaient contraint à se séparer et jamais, ô grand jamais, il n’avait songé à reproché quoi que ce soit à son camarade qui en avait fait bien plus que ce qu’il ne devait imaginer. Sans lui dans sa vie, certainement que l’entraîneur ne serait pas en mesure de se tenir fièrement debout aujourd’hui… Peut-être même aurait-il tenté de mettre fin à ces jours bien avant ce soir où son existence avait basculé et que son âme s’était déchirée. Ku Hwan avait été son rayon de soleil dans ce ciel grisâtre et nuageux qu’était sa vie, il avait été ce zeste de clarté dans ses ténèbres qui le rongeaient, sa force de ne pas flancher, de toujours essayer de se relever même quand on lui donnait toutes les raisons du monde de baisser les bras. Comment aurait-il pu lui en vouloir ? Encore plus alors que d’eux deux, le plus fautif dans l’histoire, c’était lui. C’était lui qui n’avait pas été en mesure d’affronter sa mère et qui n’avait pas su comment faire pour le contacter sans qu’elle le sache. Il n’était qu’un adolescent, il était faible et tétanisé… Et s’il avait essayé malgré tout, il n’en avait pas assez fait. Jusqu’à présent, il n’avait jamais cessé de penser à cet ami d’enfance qu’il adorait, à ce qu’il devenait et espérait que ce dernier était heureux dans la vie qu’il menait désormais. Pas à un seul instant, il n’avait éprouvé le moindre remord à son égard, à la place, il ressentait une immense reconnaissance, un désir fou de le revoir puis de retrouver cet amitié d’antan qui lui manquait énormément.

La raison pour laquelle, même si ce n’était qu’un petit détail, il remuait corps et âme pour rassembler les pièces de puzzle et découvrir si la personne qu’il recherchait n’était pas cachée derrière ces informations qu’il avait trouvées. Ses efforts avaient fini par payer et il n’avait su exactement comment réagir face à l’homme qui lui faisait face. Après toutes ces années sans l’avoir à ses côtés, voilà que son ami se tenait devant lui sans même savoir encore ce à quoi il attendait. Hyun Jun n’avait pas relevé la gêne apparente de son vis-à-vis, se contentant de lui sourire chaleureusement avant de lui donner la raison de sa présence ici et de s’en excuser.
Puis, quand l’écrivain déclara avoir cette impression de déjà vu, son cœur en rata un battement avant que le rythme de ces derniers ne s’intensifie au fur et à mesure des secondes qui s’effaçaient. Cela signifiait bien que Ku Hwan ne l’avait sûrement pas oublié n’est-ce pas ? Une motivation supplémentaire pour l’entraîneur qui n’avait plus hésité pour lui poser cette question fatidique qui mentionnait celui qu’il était autrefois mais qu’il n’était plus aujourd’hui.

En toute honnêteté, lorsqu’il était entré dans cette pièce plus tôt, il s’était imaginé des tas d’hypothèse dans sa tête de comment cela serait leur retrouvaille si cet homme était bien celui qu’il avait cherché depuis des années ; cependant, probablement que même s’il aurait dû s’y attendre, il n’avait pas pensé recevoir une réaction aussi émouvante de la part de son ami d’enfance. Hyun Jun n’était pas en mesure de prononcer le moindre mot, se contentant de l’observer en silence, le laissant assimiler l’information qu’il venait de lui révéler. Doucement, un tendre mais fin sourire étirant ses lèvres, il avait hoché la tête en guise de réponse à la question de l’écrivain qui s’était tourné vers lui de plus bel. « C’est vraiment moi. » Qu’aurait-il pu dire de plus ? Ku Hwan n’avait pas besoin d’un roman pour comprendre la situation puis de toute manière, lui-même avait conscience que dans l’état qu’était son ami actuellement, ce n’était pas le moment pour un long discours.

Son cœur se compressa plus que de raison, comme s’il partageait cette peine atroce qui affligeait son camarade alors que celui-ci n’avait pu contenir ses larmes qui déferlaient le long de ses joues. Ses sentiments le touchaient de plein fouet, souhaitait le réconforter, lui répéter encore et encore de ne pas culpabiliser, que lui ne lui reprochait rien et qu’il était simplement le plus heureux de l’avoir enfin retrouvé. Il ne réfléchit plus, ne supportant pas cette scène qui se dessinait sous ses yeux, il quitta sa chaise pour arriver à sa hauteur. Cela avait été des plus naturels, instinctifs même, ses bras s’étaient enroulés autour de ses épaules, l’obligeant ainsi à se blottir contre lui. Lui qui n’était pas quelqu’un de très tactile à l’origine, il ne s’en était pas soucié en cet instant… Probablement parce que, au contraire de tous les autres, Ku Hwan était la seule personne en qui il avait confiance et dont il était certain qu’il ne lui ferait jamais aucun mal. Ses phalanges se perdirent dans ses cheveux, les choyant avec tendresse sans qu’il ne cherche à se reculer alors que ses lèvres murmuraient de faibles « chut… » espérant adoucir un tant soit peu toutes ces émotions contradictoires qui attaquaient son camarade. « Cesse de t’excuser, ce n’est pas de ta faute. » Sa voix était basse, un chuchotement et tandis qu’il se reculait de quelques centimètres, il lui offrit une nouvelle esquisse pleine de tendresse. « Tu es là maintenant. » Ses doigts se posèrent sur ses joues à ses propos, essuyant suavement les gouttes qui peignaient le visage de son vis-à-vis. « Puis, je vais bien. » Plus que bien même. Il n’était plus autant à plaindre qu’il ne l’était à cette époque. Il avait enfin pu être libérer des griffes de sa mère, être celui qu’il avait toujours voulu être et vivre une vie dont il pourrait être fier.

AVENGEDINCHAINS
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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
Don : Contact Curatif
Niveau : 5
Multicompte : Ong Ki O
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Jeu 27 Sep - 23:50

J’en suis où tu m’as laissé
Feat. Kim Hyun Jun
Suis-je toujours resté optimiste sur le fait d’avoir un jour la chance de revoir mon double ? N’ai-je jamais douté ? Ma confiance et ma foi en l’avenir sont-elles restées intactes ? Non … bien sûr que non. Comment cela aurait-il pu être possible en plus de douze ans ? Prétendre le contraire reviendrait à mentir. De toute manière, personne n’est assez naïf pour le croire. Oui je l’admets, au fil des jours, des semaines, des mois et bientôt des années : mon espoir s’est petit à petit amenuisé. Il est parti en lambeaux et est tombé en déliquescence. Tout comme mon innocence en son temps. Elle qui s’est éteinte un froid matin de Février en cette funeste année de 1996. L’absence faisant son œuvre, j’avais fini en grande partie par me résoudre à l’idée, que jamais plus ces précieux et magiques instants de complicité, qui furent les nôtres, ne se réitéreraient. Qu’ils appartenaient dorénavant au passé, et qu’ils ne prendraient plus qu’uniquement vie et corps, dans le théâtre de mes souvenirs désormais. Difficilement, et au prix de maintes efforts, je me suis résigné et ai accepté l’éventualité que l’amitié était une chose appartenant à présent au passé. Que la revire ou la connaître de nouveau, était un luxe m’étant interdit et inaccessible. « Amitié » … un mot qui me semble bien fade et insipide, pour décrire et désigner cette force qui m’unissait à Yun Ha, ainsi que ce que je ressentais pour lui à l’époque. Il n’existe aucun qualificatif, qui puisse dépeindre convenablement ce que nous avons vécu et ce que nous étions l’un pour l’autre.

Ses joies, ses peurs, ses bonheurs étaient les miens. Mes pleurs, mes succès et mes infortunes étaient également les siens. Nous ne formions qu’un. Qu’importe ce qui a bien pu m’arriver d’heureux ou triste après le lycée ; plus rien n’avait la même saveur. Pour la simple et bonne raison qu’il manquait quelqu’un près de moi. Sans lui, je n’avais personne avec qui partager ce que je vivais. Pendant plus d’une décennie, j’ai avancé de guingois sur une seule jambe. Je sais bien que j’aurais dû insister et me démener davantage pour le retrouver mais … j’étais trop jeune. Je ne savais pas quoi faire ni où chercher. Sa mère purgeait sa peine en prison, puis a séjourné à sa sortie dans l’unité d’isolement d’un hôpital psychiatrique. Les visites lui étaient interdites. De toute manière et étant mineur, je n’aurais pas pu la voir seul. Son père, que je n’avais en tout et pour tout dû voir que deux fois dans ma vie, continuait de sillonner les pays défavorisés du tiers monde en jouant les Superman. Personne au sein de sa famille pouvait me dire ce qui était advenu de lui. Alors, je suis allé à la pêche aux informations, auprès de personnes qui savaient ce qui s’était passé, ou qui avaient été mises au courant. Ses professeurs, les médecins suivant sa mère et des policiers entre autre. Tout ce que j’ai gagné, c’est de me heurter à des montagnes de « Je regrette, mais je ne peux rien dire. ». Tout le monde gardait le secret par mesure de sécurité, et pour la protection de Yun Ha.

Chose qu’aujourd’hui avec le recul, je comprends. Seulement à l’époque, tout cela m’était inconcevable. Les crises de larmes et les « Mais vous ne comprenez pas, il a besoin de moi ! Dîtes-moi où je peux le trouver ! Dîtes le !!! » hurlés tel un enragé, n’y ont rien changé : je n’ai jamais rien su. N’allez pas penser que je me suis habitué à son absence. Je me suis simplement efforcé d’apprendre à vivre avec. Malgré le découragement et le désespoir qui se sont abattus sur moi, je ne l’ai pas oublié pour autant. Yun Ha n’a pas cessé d’être dans mes pensées et dans mon cœur. « Est-ce que tu vas bien ? » ; « Où es-tu désormais ? » ; « Est-ce qu’il t’arrive encore de penser à moi ? » ; « Que fais-tu à présent ? ». Un petit florilège des questions lancinantes qui m’ont assaillies et tourmentées jusqu’à aujourd’hui. Certes, mon esprit scientifique, logique, cartésien et rationnel me disait que les chances et les probabilités que l’on se retrouve un jour, étaient faibles voire proches de zéro. Ai-je pour autant tiré un trait sur ce que nous avons vécu et fait une croix sur lui ? A aucun moment. Impossible de nier son existence, de le faire sortir de ma vie en claquant des doigts ou aussi facilement que l’on quitte une chemise. Il faut être un monstre doublé d’un sérieux sociopathe, pour être capable d’une telle chose. Néanmoins, et même si la raison me disait que nos chemins ne se recroiseraient probablement pas … mon petit côté rêveur et ma fibre artistique continuaient d’y croire.

Des retrouvailles ? Evidemment, que j’y ai déjà songé. Bon nombre de lunes m’ont vu veiller assis à la fenêtre. Rêvant éveillé à des dizaines et des dizaines de scenarii, les yeux perdus au loin sur la ligne d’horizon sertie de l’éclat des feux de la ville. Chaque fois que le sommeil me jouait des tours, je les reprenais, les affinais et les peaufinais dans ma tête jusqu’à ce qu’ils soient parfaits. Honnêtement, j’ignore combien de versions et variantes différentes j’ai fantasmées et idéalisées durant toutes ces années. Il y a la sirupeuse, sucrée et dégoulinante de mièvrerie, comme dans toutes les comédies à l’eau de rose de série B, dans lesquelles a joué Katherine Heigl. La version tragique, dramatique et pleine de pathos, digne d’un film d’auteur oscarisé avec Meryl Streep en tête d’affiche. Ou encore l’option festive, joyeuse, chantante et dansante façon Bollywood. Pfff, c’est grotesque ! Pourquoi ai-je souhaité que cela soit obligatoirement très affecté, théâtralisé et nécessairement grandiose ? La perfection, elle est là. Dans la simplicité, le naturel, la spontanéité, la sincérité et l’authenticité. Pas besoin de faste, de décorum ou d’une ribambelle de témoins. Lui et moi dans la même pièce : cela suffit. Cela nous suffit. Le reste et les autres, on s’en fout. S’il y a bien une chose que j’étais à mille lieues de prévoir ou anticiper, c’est incontestablement ma réaction. Bien sûr, je me doutais que je serai nécessairement ému et touché de revoir Yun Ha.

Cependant, pour rien au monde je n’aurais imaginé me retrouver dans un état aussi pitoyable. C’est bien plus qu’un choc émotionnel. C’est un véritable cataclysme. Un cyclone de force cinq, un séisme de magnitude dix sur l’échelle de Richter, me faisant complètement lâcher prise et perdre toute notion de contrôle. Une attitude honteuse cochant tout les critères de la parfaite hystérique. Entre deux salves de larmes, de cris et de respirations suffocantes ; des kilomètres de remords et de regrets, enrobés dans un amas de culpabilité déferlent et s’exorcisent. Comme tout les maux de la Terre de leur boîte, sitôt que Pandore l’eut ouverte. Tête basse et vision totalement brouillée, je sens le bras de mon alter ego s’enrouler autour de mes épaules. Doucement, il m’oblige à lui faire. Chose qui ne s’avère guère difficile. En effet, mon état de nerf et ma fébrilité, me rendent aussi docile qu’un agneau de six semaines. Ses bras viennent me cueillir et me cajoler. Ils n’ont plus rien à voir avec ceux que j’ai connus. Il sont plus forts, plus puissants, plus développés. Néanmoins, l’émotion que je ressens blotti tout contre eux, n’a pas changée et reste la même. Son corps jadis frêle et menu s’est étoffé, mais sa chaleur et son toucher sont comme dans mon souvenir. Mon cœur n’en fait qu’à sa tête et multiplie les loopings. A l’image de toutes ces fois où j’ai effleuré sa peau, pour tenter de soigner ses blessures. Une entreprise qui n’a pas toujours été couronnée de succès.

Cette hypersensibilité n’est pas non plus sans rappeler celle qui me submergeait, lorsque je l’enveloppais dans mes bras et arrondissais le dos, pour jouer le bouclier humain et encaisser les coups qu’on nous assénait. Oui, c’est bien lui ! Le doute n’est plus permis. La symphonie émotionnelle qui secoue les tréfonds de mon être, ne peut me tromper ni me duper. A mon tour, je passe mes bras autour de son cou et agrippe fermement le col de sa chemise noire. Tempe contre tempe, je ânonne laborieusement en boucle de cette voix blanche, chevrotante et entrecoupée de sanglots les trois mêmes mots. Comme un mantra rabâché ou un leitmotiv constamment seriné. « Je suis désolé, je suis désolé, je suis désolé … . ». Oh Yun Ha … j’ai eu tellement peur de ne plus jamais te revoir. Promet-moi que n-nous … que nous ne laisserons plus rien ni personne nous séparer. Aidé par les paroles rassurantes et lénifiantes dont il m’abreuve, et ses multiples caresses pleines de tendresse, je finis par me calmer et m’apaiser. Le visage enfoui dans son cou, mes doigts qui jusqu’ici mettaient à mal le tissu de sa chemise relâchent leur prise. Une main posée sur sa nuque et l’autre entre ses omoplates, les nerfs retombent progressivement. Mes braillements et le niveau des décibels décroissent. Si je m’écoutais, je crois bien que je m’endormirais dans son étreinte, tant la fatigue et le contre-coup de cet événement, se font ardemment et soudainement sentir.

J’aurais bien voulu que cet instant dure toujours. Le figer pour qu’il puisse durer une éternité. Allons, soyons raisonnable. Déjà, il nous faut nous séparer. Avec toute la douceur et la gentillesse que je lui connais, il appose lentement une main sur ma joue et éponge les coulées de perles lacrymales. Ses quelques mots font se tracer sur mes lèvres un sourire ravi et comblé. Je lève une main tremblotante, qui atterrit sur le dos de la sienne reposant sur ma pommette. Mon pouce roule mollement sur ses phalanges. L’entendre dire qu’il va bien m’emplit de bonheur. Lentement, je fais sinuer sa main en direction de mes lèvres. Subrepticement, un volatile baiser sonne avant que je ne lui rende sa liberté. Le plus discrètement possible, je renifle puis essuie d’un revers les traînées de larmes, sur la joue n’ayant pas eu le privilège de se voir décerner une caresse de Yun Ha. D’une voix toujours étranglée mais plus distincte et compréhensible, je rétorque dans un sourire aux accents béat et me donnant un petit air niais : « Ou-oui, tu en as l’air. Je crois d’ailleurs, que je ne t’ai jamais vu aussi épanoui et rayonnant. ». Il a toute les raisons de l’être, maintenant qu’il est libéré du joug matriarcale. Ses traits sont toujours aussi purs et réguliers. Sa bouche a toujours ce petit air fripon et rieur. Son nez a gardé ces petites notes espiègles et effrontées. Et ses yeux … Ah, que leurs lueurs et leurs éclats sont beaux ! Deux somptueux joyaux d’onyx.

Il brûle toujours au fond d’eux, ce je-ne-sais-quoi de triste et indéfinissable. La baisse subite d’adrénaline rend mes jambes flageolantes. Leur consistance avoisine l’onctuosité de la ouate ou de la guimauve. Afin de ne pas défaillir ni m’effondrer tel un pantin désarticulé, je recule de quelques pas chancelants. Jusqu’à ce que mes reins viennent buter contre le dossier du fauteuil, dans lequel je siégeais un peu plus tôt, afin que ce dernier puisse les soutenir. Nous avons tant de choses à nous dire et tant de temps à rattraper, qu’il se peut qu’une vie ne suffise pas. Yun Ha … tu as l’air si serein et en paix avec toi-même. Que j’aurais voulu être là pour t’aider à te débarrasser des fers à tes chevilles. A te libérer des carcans dans lesquels ont t’a emprisonné. A t’affranchir des diktats et lubies stupides que l’on t’a imposés. Je … j’aurais voulu être avec toi, le jour où tu es devenu celui que tu as toujours voulu être. Rien ne m’aurait fait plus plaisir que d’assister à ta renaissance. Non, à ta véritable naissance devrais-je dire. Ta mue, ton éclosion, ta sortie de la chrysalide. Ne pas avoir été de ceux ayant eu la chance de te voir te réaliser entant qu’individu : voilà un regret que rien n’estompera et qui restera gravé en moi telle une marque indélébile. Comme si je cherchais à m’excuser d’avoir manqué les faits marquants, et surtout heureux de sa vie, je me raccroche à ses iris sombres et déclare sur un ton piteux qui ne me ressemble pas en temps normal : « Je … je pensais que tu étais monté sur Séoul, ou vivais désormais à l’étranger. ». En soi, ce n’était pas impossible. Beaucoup de jeunes de notre génération on fait ce choix là. Je ne sais pas pourquoi, mais une partie de moi a toujours pensé que Yun Ha avait tout plaqué. Tout quitté sans prendre la peine de se retourner. Qu’il avait gagné une grande métropole, s’était mêlé à l’anonymat la foule et menait la vie qu’il avait toujours désiré. Celle de nos rêves utopistes de gamins. Non … . Il a toujours été là. Nous étions si proches. Si proche … .

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Kim Hyun Jun
Âge : 29
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Ven 28 Sep - 17:53

Ku Hwan & Hyun Jun  

True friends are always together in spirit


Tenue | La vie était vraiment mal faite… Ils avaient toujours été près de l’autre sans jamais être en mesure de se revoir. Ce n’était pourtant pas faute d’avoir cherché mais lorsqu’il y réfléchissait Hyun Jun se disait que peut-être, il n’en avait pas assez fait. Ku Hwan avait été ce seul ami qu’il n’aurait jamais pensé avoir, ce frère formidable qui avait tant fait pour lui mais que lui, trop faible, trop misérable, n’avait jamais su lui rendre la pareille. Rien que pour cela, il espérait le retrouver, le soutenir comme son camarade l’avait fait pour lui, l’encourager mais également être en mesure de le protéger de tous ces démons qui pouvaient potentiellement l’attaquer. Il voulait le remercier, lui avouer tout ce qu’il ne lui avait jamais dit, lui décrire ô combien il lui manquait et à quel point il était une personne importante à ses yeux, qu’il n’y avait pas eu un seul jour sans qu’il ne pense à lui ni à ce qu’il devenait. Son passé, le jeune homme n’avait jamais cessé de le maudire, refusant d’y songer et essayant du mieux qu’il le pouvait d’aller de l’avant toutefois Ku Hwan, il n’avait pas été capable de le chasser de son esprit. Il était sincèrement cette once de bonheur, cette force, qui lui permettait de tenir debout et de ne pas vaciller. Une amitié que nombreux étaient ceux à avoir dû jalouser, une amitié qu’on avait longuement critiqué et dont on avait souvent choisi de les juger pour leur proximité. L’être humain était cruel, ne sachant pas comment vivre simplement, il s’en prenait aux plus faibles juste pour se tirer un tant soit peu de cet ennuie qui l’accaparait. Hyun Jun ne pourrait jamais nier du à quel point, il avait souffert à cette époque et certainement que son camarade en avait purement conscience. Sa peine se lisait dans ses prunelles sombres, dans ses faibles sourires qui lui adressaient et même ses marques qui dessinaient sa peau à cause des coups qu’on lui infligeait constamment. Son cœur était imprégné d’une amertume immense pour tous ces gens qui n’avait aucune humanité au fond d’eux. Ils pouvaient avoir changé aujourd’hui, l’entraîneur ne leur pardonnerait jamais. Il ne pardonnerait pas la souffrance virulente qu’on lui avait assénée, les blessures qu’on avait données à ce seul ami qu’il avait, et cette dignité qu’on lui avait sauvagement retirée. Il les détestait tous autant qu’ils étaient et s’il était plus serein désormais, si sa vie n’était plus aussi catastrophique, ses séquelles de cette époque restaient durement marquées sous sa peau et sur son âme qu’elles hantaient encore bien trop souvent son esprit.

Le cœur serré par cette scène qui se jouait devant ses yeux, Hyun Jun n’avait pas résisté longtemps avant de se placer près de lui et l’obliger à se blottir contre lui. Ses gestes avaient été d’un naturel épatant, sans qu’il ne se soucie de la personne qui le touchait, qui l’enlaçait ; son unique pensée était d’espérer pouvoir apaiser un minimum toutes ces émotions qui accablaient l’âme de l’écrivain. Non, il n’avait songé à rien d’autre. A partir de cet instant, à partir de ce moment où Ku Hwan s’était agrippé à lui aussi fermement, telle une bouée de sauvetage qu’il avait attendu depuis si longtemps, il s’était promis de ne plus jamais le laisser et d’être celui qui, désormais, le protègerait de tous ses maux. Ses prunelles noyaient dans les siennes tandis que sa main choyait suavement sa joue, lui essuyant les fines perles qui s’abattaient sur sa figure, une tendre esquisse, rassurante et sincère, étira ses lèvres. Il ne l’avait pas repoussé, pas une seule fois, néanmoins à la sensation de ce baiser contre sa main, lorsque celle-ci fut enfin libre, il ne put s’empêcher de l’abaisser plus rapidement qu’il ne l’aurait souhaité. Les gestes affectueux, si à une époque, cela ne le dérangeait pas réellement, il en éprouvait plus de mal aujourd’hui. Hors, l’éclat qui peignait son visage ne s’était pas éteint, toujours fraîchement présent sur sa bouche, sans que jamais son regard ne se détourne du sien. « C’est le cas. » S’était-il contenté de répondre à la rétorque de son vis-à-vis qui n’avait pas tort dans son interprétation. Hyun Jun était vraiment plus épanoui et plus rayonnant qu’il ne l’était autrefois. Certes, il y avait toujours des zones sombres qu’il n’était pas en mesure d’irradier cependant il essayait de ne pas se laisser abattre par ces dernières et continuer d’aller de l’avant. Son cœur ne pesait plus aussi lourd qu’à cette période et probablement que cela se ressentait dans son comportement actuel.

Sans jamais le quitter des yeux, le voyant vaciller par ce surplus d’émotion, il lui conseilla d’une voix douce de s’asseoir confortablement. Et à l’entente de ses paroles, un sourire plus triste et désolé naquit sur ses lèvres, se doutant pertinemment de ce qu’était en train de penser son vis-à-vis. En guise de réponse, il s’était contenté de secouer doucement la tête. Non, il n’était jamais parti… Il avait toujours été là bien que les premiers temps, il avait complètement disparu de la circulation. La douleur infligée à son âme était trop profonde pour qu’il ne parvienne à se relever avec autant de facilité. Son père adoptif s’était montré extrêmement patient, tentant de le réconforter à sa manière, de le soutenir comme il le pouvait. Il acceptait chacun de ses silences, ne le forçait jamais à parler puis lui raconter des tas d’histoires rien que pour apaiser son cœur lourd de peine. Hyun Jun n’aurait jamais cru parvenir à se relever et quitter ses ténèbres qui l’encombraient cependant, petit à petit, il avait eu la force de faire face. Couper ses longs cheveux à ce moment-là avait été la symbolique d’un nouveau départ, se promettant à lui-même de ne plus jamais laisser quiconque le blesser et de devenir quelqu’un dont on serait fier. Il s’était mis au sport, entretenant avec plus d’intérêt sa musculature qui était la sienne, apprenant les arts martiaux afin de pouvoir se protéger mais aussi de pouvoir protéger les autres, un art qui l’avait toujours fasciné mais dont il n’avait jamais pu pratiquer auparavant. Quand il s’entraînait, les souvenirs de cet ami qu’il n’avait plus à ses côtés venaient souvent le hanter et dans une promesse silencieuse, il s’était fait le serment d’essayer de le retrouver lorsqu’il serait devenu un peu plus fort… Il ne supporterait plus cette idée de le voir souffrir à sa place, rien que pour le protéger. Dès qu’il obtint sa première ceinture noire, il s’en alla effectuer son service militaire avant d’en revenir un peu plus d’un an et demi plus tard… Son physique avait déjà grandement changé, sa corpulence s’étant transformée et son mental renforcé. Décidé, plus rien qui ne le retenait à présent, continuant ses activités, il avait commencé à rechercher ce frère qui lui manquait terriblement, en vain. Et pourtant, ils étaient si proches l’un de l’autre.

Souriant tendrement, il fit signe à son ami qui revenait puis s’échappant de la grande la salle, laissant la porte ouverte, il partit lui servir un verre d’eau. « Tiens. » Lui donna-t-il avec délicatesse, une expression chaleureuse se reflétant sur sa figure. « Ça te fera du bien. » C’était vrai, Hyun Jun n’était certainement pas aussi expressif que son vis-à-vis cependant il était sincèrement heureux de l’avoir enfin retrouvé. Son cœur adoptait une cadence effrénée, chamboulé par tout un tas d’émotions qu’il n’était pas en mesure de décrire tant tout ceci lui semblait encore trop irréel pour être vrai. « Je te promets que je ne partirais plus. » Sa voix était sincère, plus basse avant qu’il n’enchaîne finalement sur un « Je suis désolé… » Trois mots qu’il avait toujours voulu lui dire mais que, ignorant où son camarade se trouvait, il n’avait jamais pu lui rétorquer. Désolé d’avoir été aussi misérable à l’époque, de l’avoir forcé à prendre des coups à sa place. Désolé de ne pas l’avoir assez soutenu, de ne pas avoir été assez fort pour aller vers lui lorsque son monde entier s’était écroulé. Mais surtout… Désolé de l’avoir abandonné. Il aurait pu se rebeller contre sa génitrice, trouver un moyen de le contacter ne serait-ce que pour lui dire qu’il ne l’oubliait pas, qu’il trouverait une solution pour le revoir et ce, même si cela prendrait des années. « J’aurais aimé être là, plus tôt. » Vraiment. Sincèrement. La tête baissée, coupable malgré lui, il y tenait à ses excuses. « Pardon. »

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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
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Dim 30 Sep - 23:31

J’en suis où tu m’as laissé
Feat. Kim Hyun Jun
L’un de mes souhaits le plus chers et le plus secrets vient de se réaliser. Les mots sont totalement inutiles dans un pareil moment. Il fait partie de ces quelques instants rares, uniques et précieux, clairsemant l’existence d’un individu. Vous voyez ce à quoi je fais allusion, n’est-ce pas ? Ces fameux événements qui figurent en gros caractères dans votre autobiographie, et qui se dénombrent sur les doigts d’une seule main. Un de ceux que l’on vit, profite et savoure, en oubliant tout le reste et les autres autour. De fugaces fragments d’exaltation éphémères, qui se passent de commentaires, longs discours, salamalecs, cérémonies et autres chichis. Ceux qui se suffisent à eux-même, et que le moindre petit artifice, la plus infime fioriture ne ferait que dénaturer et déprécier. Des copeaux de vérité, de ravissement et de joie à l’état pur. Fraction de volupté volée. Portion de félicité empruntée. Nuage de paradis accordé. Aucun nom ni adjectif n’existe, pour décrire avec exactitude et justesse le foisonnement qui bouillonne en vous, lorsque se dresse sur votre chemin un de ces petits lopins de grâce. Même pour un écrivain tel que moi, adepte des mots bons et justes : c’est un exercice des plus difficiles et ardus. Oui, il faudrait selon moi inventer un qualificatif, pour dépeindre précisément ce que j’éprouve actuellement. C’est semblable à … une espèce de chatouillis. Non, plutôt une vibration. Oui voilà, c’est cela. Une vibration faisant tressaillir toutes les fibres de votre être. Elle raisonne et se propage partout dans votre organisme.

Un peu comme l’onde sonore qui perdure et s’étend, après que l’on ait fait sonner un gong. C’est un puissant shoot d’euphorie et d’allégresse, ne souffrant d’aucune comparaison. Aussi loin que je puisse m’en rappeler, je n’ai pas souvenir d’avoir déjà un jour vécu, quelque chose de comparable et similaire. Oui, ceci est véritablement inédit et sans précédant en ce qui me concerne. Attention, je ne dis pas que je n’ai jamais eu matière à me réjouir auparavant. Je dis simplement que … que cela n’a jamais battu aussi fort à l’intérieur avant aujourd’hui. Pas même lorsque j’ai obtenu mes doctorats, avec les félicitations des membres du jury. Ni la fois où les résultats de mes travaux de recherches sur la détection des neurotoxines, ont été publiés dans une éminente revue scientifique faisant office de référence. Quand les éditions Park Publishings ont fait l’audacieux pari de miser sur moi, en acceptant de publier mon premier roman, alors que je n’étais absolument personne à l’époque dans l’univers artistique et culturel ? Je ne peux nier que ce fut un élément fondateur dans ma vie, et qui a grandement contribué à l’élaboration de ce que je suis devenu entant qu’homme, mais … là aussi, cela ne m’a pas autant chamboulé et retourné émotionnellement parlant, que ces retrouvailles avec celui qui a été le plus à même de me comprendre. Avoir décroché le poste de Chef Coroner du District de Busan ? Pas mieux. Cela m’a fait ni chaud ni froid.

J’irai même plus loin, en disant que ça a glissé sur moi, tel l’eau sur les plumes d’un canard. La faute à mon sempiternel complexe de supériorité, et mon égo de la taille de l’Amazonie. Ce qui pour autrui équivaut à un motif de célébration et est synonyme de gloire et lauriers, ne fut pour moi que justice et pure logique. « Allons soyons sérieux, qui mieux que moi pour prétendre à de telles responsabilités ? ». Voilà ce que pesait et affirmait tout haut à qui voulait bien l’entendre, le sale petit prétentiard arrogant que j’étais, il y a quelques années de cela seulement. Pas une seule seconde je n’ai ressenti l’envie et le besoin, de m’attarder ou célébrer cette promotion. Vous l’aurez donc compris, cela ne m’a absolument pas ému ni marqué outre mesure. Il est peu probable que cela me laisse un souvenir impérissable dans le futur. A la différence de ce qui se joue en ce moment même, dans cette salle de réunion impersonnelle au sein de ce building défiant les hauteurs. Oui, avoir retrouvé Yun Ha fait indéniablement partie, de cette poignée événements que je ne pourrai oublier. Le voici d’ores et déjà passé à la postérité dans ma petite histoire de vie. A jamais il restera gravé dans mon esprit et mes souvenirs, comme une marque indélébile que rien n’efface ni même estompe. Il rejoint ces trésors de contentement que je garde et chéris jalousement. Ces réminiscences que j’aime me remémorer, et dont je ne me lasse sous aucun prétexte.

J’imagine que comme tous le monde, il a dû avoir de lourdes épreuves à traverser. D’âpres tribulations dans lesquelles j’aurais pu l’aider à faire face. Nous avons toujours été meilleurs dans l’adversité lorsque nous étions ensemble. Pourtant, il émane aujourd’hui de lui de la quiétude et un prodigieux apaisement. Je devine une colossale force sous-jacente tapie en lui. Une force que jusqu’alors, je ne lui connaissais pas. Peut-être que … qu’il n’avait pas, voire n’a jamais eu besoin de moi ? Et si durant toutes ces années, je n’avais été qu’un boulet attaché à sa cheville ? Un boulet qui n’aurait eu de cesse de le freiner, le maintenir au fond et l’empêcher de déployer en grand ses ailes pour prendre son envol. C’est en tout cas ce que je suis en droit de penser, étant donné qu’il a l’air de n’avoir jamais autant été radieux qu’en … qu’en étant loin de moi. Je vais finir par croire que mes détracteurs ont raison. Suis-je vraiment une personne toxique, vampirisant ceux et celles qui ont le malheur de me fréquenter de trop près ? Quoi qu’il en soit, ma moitié spirituelle confirme mes dires. L’entendre de sa bouche me met aux anges. Sur ses mots, ma tête se meut de haut en bas et un nouveau et timide sourire vient habiller mon visage. Tout est exactement comme avant. Sauf que cette fois-ci, et à la lumière de l’éventualité que je viens de soulever, la chaleur qui corsète mon cœur a quelque chose de froid. Tout au long de notre jeunesse, j’ai cru pouvoir être son remède, sa bouffée d’air frais, l’ancre à laquelle il pouvait se raccrocher. Tout comme il l’a l’été pour moi.

Au lieu de cela, il se pourrait que je n’ai été rien d’autre que la source de tout ses maux. La cause de ses ennuis. La raison pour laquelle les autres se complaisaient à le tourmenter. Avec une déférence m’étant familière, il prend brièvement congé de moi et quitte la salle. Aussitôt, l’inquiétude et l’incertitude prennent le pas sur la fièvre occasionnée par cette rencontre, aussi inespérée que merveilleuse. De l’eau a coulé sous les ponts, et pas qu’un peu. Le temps a largement eu tout à loisir de faire son œuvre. Pire encore ; ses ravages. Un hypothèse germe et fait son chemin dans mon esprit, alors que je triture, torture et maltraite mes mains. Est-ce que l’alchimie subsiste en dépit du poids des ans et de l’absence ? Nous ne sommes plus des gamins rêvant d’un ailleurs mirifique, afin d’échapper à la rudesse de la réalité. Il est probable que nous ayons fait des choix de vie radicalement opposés. Que nous ayons développé des opinions complètement aux antipodes. Qui dit que nous regardons toujours dans la même direction désormais ? Qu’adviendra-t-il si d’aventure nous découvrons, que nous nous ne partageons absolument plus rien en commun ? Pourra-t-on encore dire « nous », s’il s’avère que nous ne chassons plus les mêmes étoiles ? Se dire que nous puissions être différents, au point de n’être que deux étrangers n’ayant plus en commun que les mots quotidiens … cette simple pensée me soulève le cœur et me donne des sueurs froides.

Peut-être que je me monte la tête inutilement, mais je ne peux m’empêcher d’appréhender et redouter la possibilité, que quelque chose entre nous se soit délité et ait fini par se briser. Croire que nous pourrons reprendre notre relation là où nous l’avons laissée, me paraît tout de même un tantinet simpliste et niais. Fort heureusement, je n’ai pas le temps de me faire davantage de nœuds au cerveau, ou de m’égarer en conjectures défaitistes. A peine Yun Ha a-t-il franchi le seuil de la porte, que tout mes doutes, mes craintes et mes angoisses infondées, s’évaporent d’un coup d’un seul. L’agitation qui sévissait en moi laisse place au calme. Le calme après la tempête. Il est comme mille soleils, qui déshabilleraient le ciel de son manteau de velours orageux. Hmm, voyons la vérité en face : je suis perdu sans lui. De nous deux, je suis celui étant le plus dépendant de notre amitié. Le moins robuste et le plus friable également. L’ai-je toujours été ? Possible. Sans doute n’était-ce pas aussi flagrant à l’époque. S’il n’a pas besoin de moi … j’ai peur de ne pouvoir en dire autant en ce qui me concerne. Avec une gentillesse et une bienveillance dont il m’a souvent gratifié par le passé, mon frère de sentiments m’offre un verre d’eau, affirmant que cela m’aidera sans doute à me remettre de toutes ces émotions. Ce qui est très certainement vraisemblable. Doucement, je m’en empare tout en levant vers lui mes yeux pétillants de criança fasciné, et murmurant dans un sourire venu d’ailleurs un « Merci ».

Se préoccuper des autres pour détourner l’attention, et ainsi ne pas avoir à parler de ce qu’il éprouve : ça, c’est du Yun Ha tout craché. Il était déjà comme ça quand nous étions plus jeunes. Une véritable éponge. Il ne disait rien sur ce qui le préoccupait ou le rongeait de l’intérieur. Il intériorisait, laissait couler, emmagasinait. Encore et encore. Jusqu’à ce qu’il n’en puisse plus. Jusqu’à ce que tout ce qu’il a contenu avec une volonté de fer et une force mentale colossale, ne s’extériorise et n’explose en une véritable bombe de rage, de douleur et de rancœur. J’ai déjà été témoin de ce genre … d’épisode. Croyez-moi, en plus d’être impressionnant, c’était également effroyablement violent. Dans ces moments, il devenait dangereux aussi bien pour les autres que pour lui-même. Je me suis cassé une côte un fois en essayant de le raisonner, le rassurer et le calmer. J’ignore ce qu’il en est aujourd’hui. Peut-être a-t-il réussi à trouver une façon de mettre des mots sur ce qui l’indispose ? Une sorte de défouloir ou de moyen d’expression quelconque. Comme l’écriture pour moi, par exemple. En tout cas, je lui souhaite. Si ça se trouve, c’est déjà fait. Ce qui expliquerait pas mal de choses. Comme le fait qu’il embaume la sérénité et la tranquillité, pour ne citer que cela. Apparemment, je n’avais absolument pas de raison de me faire du souci pour toi. Tu sembles avoir plutôt bien tourné et trouvé un certain équilibre. Tant mieux.

J’ai toujours su que de nous deux, tu étais celui qui réussirait entant qu’homme et qui deviendrait quelqu’un de bien. Ma seconde main vient elle aussi s’enrouler autour du gobelet. De temps à autres et par à-coups, je m’abreuve de petites lapées. A l’image de ces personnes ayant réchappé in-extremis à un accident, et vite prises en charge par les secours. Celles que l’on voit assises à l’arrière des ambulances, le regard vitreux et perdu dans le vide. Une couverture de survive sur les épaules et une tasse d’un quelconque breuvage chaud entre les mains. Une accolade, une caresse, un geste de gentillesse et à présent une promesse. Tout y est, je n’ai besoin de rien d’autre. « Et moi, je te jure de dorénavant tout mettre en œuvre pour te retrouver, si nous sommes de nouveau séparés. ». Ces mots, je ne peux hélas que les penser. Ma gorge est encore bien trop nouée, pour être en mesure de les formuler. Je me contente donc de sourire d’un air candide, qui à mon âge n’a plus grande chose de mignon. Le tout en me frottant l’œil gauche, rougi et irrité par mes récents et abondants pleurs. Non, non promis, les écluses resteront fermées à présent. Le choc et l’émotion des retrouvailles passés ; vient à présent l’heure des remords et des regrets. Un rite de passage inévitable. Le dénominateur commun à toutes les scenarii que j’ai échafaudé. Seulement, j’ai toujours cru que je serai celui ayant « mauvaise conscience » dans cette histoire.

Je n’ai jamais aimé le voir ainsi. Déconfit, penaud et s’attribuant la responsabilité de torts qui ne sont pas les siens. Cette fois, c’est à mon tour. C’est à moi de lui prouver que je suis là pour lui. Qu’il n’a pas à s’en vouloir. Jamais, à aucun moment. J’ingurgite une bonne lampée d’eau, puis repose le gobelet en plastique sur le teck de la grande table de réunion. Quelques pas dans sa direction. Un petit moment d’hésitation. Finalement, je me décide à délicatement poser mes mains sur ses épaules. Massant et caressant tendrement ses biceps, je finis par mettre l’index et le majeur de ma main droite sous son menton afin de lui faire relever la tête. Dans un sourire empli de bienveillance, je reprends la main : « Tu n’a pas à te sentir coupable ou t’en vouloir pour quoi que ce soit. Tu es parvenu à nous réunir, et c’est tout ce qui compte. Le plus dur est à présent derrière nous. On a vécu l’enfer, on a survécu : le meilleur est a venir désormais. J’aurais aimé être plus costaud à l’époque pour … pour pouvoir encaisser encore plus de coups et t’en épargner quelques uns. ». Oh Yun Ha par pitié … ne sois pas si dur envers toi-même. S’il y a quelqu’un à blâmer dans toutes cette histoire, c’est moi et uniquement moi. Si je n’avais pas été un incorrigible nombriliste, doublé d’un chevronné carriériste … peut-être que j’aurais alors mis plus de zèle et d’effort pour te retrouver. Même si j’ai toujours fait chou blanc, je n’aurais pas dû laisser tomber mes recherches aussi vite.

Non, je n’ai pas été récompensé dans mon travail d’enquêteur. J’ai trouvé en tout et pour tout trois Park Yun Ha. Evidemment, que des femmes. Une octogénaire de Incheon décédée en 2014. Un mère de famille séoulite de quarante ans. Et enfin, une fillette de six ans scolarisée ici même à Busan. Je ne savais pas quoi faire d’autre, ni où chercher et encore moins auprès de qui demander de l’aide. Quelle ironie de se dire que depuis tout ce temps : il était là. Peut-être même que nous nous sommes déjà croisés dans la rue sans faire attention ? Après l’avoir lâché, je recule quelque peu afin de ne pas parasiter sa sphère d’intimité. En passant machinalement une main dans mes cheveux, j’ajoute sur un ton mal assuré : « Alors … ton père dirige cette agence ? Est-ce que tu travailles avec lui ? ». C’est bizarre. Je pensais que tout serait naturel et spontané entre nous. Comme ce fut le cas quand nous étions indissociables l’un de l’autre. Au lieu de cela, malaise et maladresse prédominent. Je me sens un peu gauche et emprunté. Comme si j’évoluais sur des œufs. Je ne sais pas trop ce que je dois dire, comment je dois le dire, et surtout je me demande si cela sera bien perçu par mon ancien compagnon d’infortune. Chose qui ne m’aurait jamais traversé l’esprit ou préoccupé à l’époque. Quand je vois comment je parle et agis, j’ai l’impression de me comporter comme si je venais tout juste de faire la connaissance d’un parfait inconnu. Pourtant, je le connaissais sur le bout des doigts et mieux que n’importe qui. Je sais quel métier il voulait faire étant petit, son animal préféré, son parfum de glace préféré, le nom de la fille dont il été amoureux au primaire, le pays dans lequel il voulait vivre … . Alors … pourquoi suis-je aussi peu dans mon élément ? Eh bien, tout simplement parce que ce n’est plus un adolescent introverti et renfermé que j’ai devant moi, mais un homme. Un homme accompli et sachant ce qu’est la vie. Un homme qui a considérablement changé en plus d’une décennie. Et c’est bien normal. Mon Yun Ha n’est plus. C’est un tout autre individu qui me fait face. Un individu qu’il me fait redécouvrir.


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Mer 3 Oct - 16:15

Ku Hwan & Hyun Jun  

True friends are always together in spirit


Tenue | Evidemment que plus rien ne serait jamais comme avant. Ils n’étaient plus ces jeunes adolescents d’autrefois… Du temps avait coulé depuis et cela aurait été bien naïf de leur part que de penser que rien n’avait changé. Ils avaient grandi chacun de leur côté, tracé tranquillement leur route pour devenir les personnes qu’ils étaient à présent. Il n’aurait pas pu rester des enfants éternellement et bien que des années les avaient séparé, qu’ils avaient mûri, étaient assurément de vrais hommes désormais, Hyun Jun n’avait jamais douté de leur amitié. Pas une seule fois. Dans son cœur, c’était l’évidence même que celle-ci resterait échangée et ce parce que, malgré ce long temps qui les avait éloigné, il n’avait jamais oublié cet ami qui occupé une place immense dans le creux de son âme. Peu importait qui était devenu Ku Hwan, peu importait à quel point il pouvait s’être transformé en quelqu’un de cruel et d’indifférent, en un garçon qui ne partageait plus les mêmes idéaux et valeurs que lui, il ne l’aimerait pas moins. Puisqu’il l’avait connu à cette époque, puisqu’il savait que s’ils avaient grandi et que les aléas de la vie les avaient aidés à se forger une toute nouvelle personnalité, dans le fond, ils n’étaient pas différents. Les émotions et les sentiments qu’ils avaient éprouvés à une période où personne n’était là pour leur tendre la main, où ils étaient seuls contre le monde entier, ne pouvaient pas avoir disparu si aisément. Ils étaient simplement enfouis dans les profondeurs de leur cœur, caché précieusement pour ressortir peu à peu au moment où ils se reverraient. Peut-être que cette façon de penser était naïve et innocente cependant il avait toujours refusé de visualiser leur amitié qui était si forte et si intense auparavant d’une autre manière. Ku Hwan était ce frère qu’il n’avait jamais eu, son soutien le plus précieux, son unique motivation à se battre et rester envie alors que tout autour de lui l’encourageait à abandonner puis baisser les bras. Pour rien au monde il ne souhaiterait le perdre ou le sortir de son cœur à jamais. Quand il avait pris la décision de le rechercher, il n’avait jamais su à quoi s’attendre, ni comment serait leur retrouvaille, ni quel genre d’homme serait son camarade à l’heure actuelle. Des milliers d’hypothèses avaient traversé son esprit, l’imaginant comme un scientifique de renom avec beaucoup de talent et de passion dans son travail ou encore comme un chirurgien compétent qui soignait les cas les plus rares… Il ne pourrait plus dire le nombre exact de vie qu’il avait inventé à l’écrivain sans jamais avoir la véritable réponse à toutes ses questions qu’il se posait. Hors, non, pas une seule seconde, il ne l’avait imaginé comme une mauvaise personne ni avait remis en doute leur amitié. La valeur de celle-ci était bien trop grande pour qu’il puisse la concevoir autrement.

Le sourire aux lèvres, une fois sûr que les émotions de son ami s’étaient atténuées, l’entraîneur avait quitté la pièce quelques minutes afin de lui ramener un verre d’eau. Au contraire de ce que son camarade pouvait bien penser, il ne se préoccupait pas de lui pour détourner l’attention mais parce qu’il tenait sincèrement à lui et qu’il s’inquiétait. C’était naturel pour lui d’être celui qui passait en second puisque à ses yeux, il ne valait pas grand-chose alors que pour ce qui était de ses proches, c’était différent. Ils étaient tellement formidables qu’ils méritaient tout le bonheur du monde et le droit qu’on se tracasse pour eux. Toutefois, c’était la vérité que Hyun Jun n’était pas quelqu’un qui parlait énormément de lui ni des douleurs lourdes et profondes qui pesaient sur son cœur, aujourd’hui encore. Il était quelqu’un de très secret et mystérieux lorsque cela concernait son passé ou bien même le comment il était devenu celui qu’il était désormais. Si on le questionnait sur ce qu’on lui avait fait subir autrefois, tout ce qu’il se contentait de faire était de se taire ou bien de détourner le sujet. Il s’agissait de cicatrices encore bien trop intenses pour qu’il parvienne à les traiter comme si elles n’étaient pas importantes ni que ça ne lui faisait rien. Il était marqué à l’indélébile et ô grand jamais, il ne serait en mesure d’oublier toutes ces atrocités qu’on lui avait infligé autrefois.  

Bien qu’il aurait aimé parvenir à se maîtriser, il n’avait pu empêcher son corps de se crisper légèrement à la sensation de ses mains posées sur lui. Il n’était pas aussi pointilleux à l’époque et s’il n’aimait pas qu’on s’immisce trop dans son cercle d’intimité, avec Ku Hwan, ça ne l’avait jamais vraiment dérangé. Mais tout ça, c’était avant sa descente aux enfers, avant qu’on détruise tout ce qui lui restait et qu’on le plonge dans une obscurité sans pareille au point où même vivre avait perdu tout son sens. Un passage de sa vie que son vis-à-vis ignorait entièrement et dont lui-même n’était pas certain d’être en mesure de le lui révéler un jour. Une fine esquisse, quelque peu triste de par les souvenirs que tout cela lui rappelait, Hyun Jun secoua faiblement sa tête avant que sa main ne vienne frotter discrètement son bras une fois celui-ci de nouveau libre. Cela avait été machinal, comme si effectuer un tel geste pourrait chasser tous ses démons qui encombraient son cœur. « Tu en as fait plus qu’assez. » Lui avoua-t-il néanmoins dans une profonde douceur et avec sincérité. « Puis, je suis content de te revoir. Vraiment. » Il n’avait pas envie de débattre sur un passé qui n’était plus cependant, selon lui, s’ils désiraient repartir sur de nouvelles bases, il devait s’excuser. Une façon comme une autre de montrer à son ami qu’il n’avait jamais cessé de penser à lui et qu’il avait toujours vécu dans l’espoir de le retrouver un jour.

Ses prunelles se redressèrent en direction de son vis-à-vis qui lui parlait, ses phalanges caressant toujours lentement la peau de son bras, alors qu’un tendre éclat prit forme au coin de ses lèvres. « Oui, c’est le patron. Mais malgré tout, c’est quelqu’un de très simple. » Un homme merveilleux que tous les compliments du monde ne serait jamais suffisant pour décrire ô combien il était formidable et ô combien lui l’aimait énormément. Monsieur Kim n’était pas son père biologique toutefois il le considérait comme tel… Il était celui qui lui avait sauvé la vie, qui lui avait permis de s’épanouir et de pouvoir vivre comme bon l’enchantait sans jamais le freiner. « Et non, je ne travaille pas ici. » Enchaîna-t-il aussitôt dans un léger rire. « Ce n’est pas vraiment pour moi tout ça. » Le monde des paillettes ne l’avait jamais attiré. Lui qui était d’un naturel discret et retiré, ce n’était décidemment pas un domaine dans lequel il aurait désiré exercer. Lorsqu’il n’était qu’un enfant, cela lui était difficile d’avoir une idée en tête du métier qu’il rêverait de faire… En grandissant, ses désirs étaient devenus plus concrets. Il adorait les sciences, la physique et principalement l’astronomie. Ses idéaux étaient souvent liés à ces domaines-là et il se plaisait souvent à imaginer des choses impossibles. Qu’est-ce que cela serait que de toucher une étoile ? Quelle sensation éprouvait-on après avoir marché sur la lune ? Qu’est-ce que ce serait agréable si on pouvait s’asseoir et se prélasser sur un nuage ?! Les temps qu’il avait passé à observer les étoiles au soir étaient assurément ces moments les plus calmes et les plus précieux. Les astres le comprenaient, c’était ainsi qu’il visualisait les choses, s’amusant à penser que ces petites brillances étaient en réalité les âmes des humains qui avaient quitté la Terre pour rejoindre les cieux. Il savait que ce n’était pas vrai néanmoins la symbolique était plus belle si on la concevait de cette façon. Les étoiles le consolaient dans sa solitude, dans son malheur, comme son ami le réconfortait le jour lorsqu’ils étaient ensemble. Passionné et fasciné, assurément que ce dernier connaissait cette facette curieuse et intriguée de l’entraîneur qui au bout du compte n’était malheureusement pas devenu un fervent astronome comme il l’aurait souhaité autrefois.

Probablement que dès le moment où, perché sur ce pont, il n’avait pas hésité à sauter dans cette eau qui coulait à flot, sa vie avait pris un tournement différent. S’il avait repris ses études, si sa passion pour l’astronomie et les sciences ne s’était pas estompée, ses choix de carrière avaient de nouveau changé au fur et à mesure qu’il évoluait. Il apprenait à vivre, il découvrait des choses qu’il n’était pas capable d’avoir auparavant et surtout, son envie la plus profonde était de devenir quelqu’un de fort. Quelqu’un qu’on respecterait, quelqu’un qu’on pourrait craindre mais surtout quelqu’un qui pourrait se protéger autant qu’il pourrait protéger ceux qu’il aime. Les arts martiaux étaient devenus sa deuxième passion, son autre moyen de se changer les idées puis de s’aérer l’esprit. Il aimait ça, plus que tout, puis cela lui permettait en parallèle d’obtenir une certaine satisfaction. Non, il n’avait pas abandonné les étoiles, il les contemplait avec toujours autant d’intérêt toutefois ce n’étaient pas vers elles que son choix d’avenir s’était orienté.

Tandis qu’il s’apprêtait à parler, expliquer à son camarade ce qu’il faisait maintenant, il n’en eut guère le temps que la porte de la salle s’ouvrit sur la secrétaire qu’il connaissait assez bien. « Hey Jun, vous en avez encore pour longtemps ? » L’interrogea-t-elle calmement, avant d’ajouter qu’ils risquaient d’avoir besoin de la pièce pour cause d’un imprévu. Le jeune homme lui demanda quelques minutes encore puis une fois qu’elle fut partie, il reporta aussitôt son attention sur son ami qui lui faisait face. Sa nouvelle identité, il n’avait pas pensé à la lui révéler, c’était devenu tellement habituel pour lui que sur l’instant, il n’avait pas songé à donner des explications à ce propos. « Tu as du temps devant toi ? » Lui demanda-t-il dans un sourire chaleureux et plutôt enthousiaste. « Puisqu’on ne peut pas rester ici, autant aller ailleurs. Il y a un endroit où j’aimerais t’emmener. » Et rien que l’idée d’y penser l’excitait grandement tel un enfant qui allait rencontrer le père noël. C’était parce qu’il savait que Ku Hwan en serait choqué mais très certainement, qu’il en serait également fier et touché. « Je suis sûr que tu seras surpris ! » Il en était même certain. « Et sur la route tu n’auras qu’à me parler un peu de toi. » A l’époque, Hyun Jun était un garçon qui ne parlait pas beaucoup, qui écoutait plus que raconter des histoires hors à présent, il s’agissait d’un autre changement le concernant qu’on pouvait remarquer. Il était bien plus bavard et entreprenant dans sa façon d’être qu’il ne l’était auparavant.

AVENGEDINCHAINS


Dernière édition par Kim Hyun Jun le Mar 9 Oct - 22:37, édité 1 fois
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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
Don : Contact Curatif
Niveau : 5
Multicompte : Ong Ki O
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Dim 7 Oct - 12:34

J’en suis où tu m’as laissé
Feat. Kim Hyun Jun
L’exactitude est une chose à laquelle j’ai toujours été très sensible. Deux et deux qui font quatre, l’eau qui se solidifie en dessous de zéro degré, la Terre qui effectue une rotation sur elle même en vingt-quatre heures … . Bref, tout ce qui peut constituer un fait indéniable et ne pouvant souffrir d’aucune contestation. Cet étrange attrait n’est pas seulement dû à mes accointances pour les sciences dures. Bien que je le reconnais, ces dernières n’y sont pas totalement étrangères. Je n’ai pas toujours été ainsi. Durant les toutes premières années de ma vie, mon goût pour la vérité avec un grand « v », n’était pas aussi prononcé. A vrai dire, il était même inexistant. J’irai même plus loin encore en vous disant que cela me passait totalement au-dessus. Il fut un temps où je ne jurais que par les histoires. Combien de fois ai-je bien pu tanner mes parents à l’épicerie, pour qu’ils me les narrent ? Je n’ai que très peu de souvenirs de cette époque, et ne peux donc me fier qu’à ce que ma mère a bien voulu me dire. Parait-il que j’étais toujours fourré dans leurs pattes. Traînant avec un moi un grand album pour un enfant, marqué par l’usure et le tournage des pages. Je tirais sur le bas de leur tablier, puis brandissais à l’aide de me mes deux mains au niveau de mon visage, la volumineuse couverture chamarrée du livre.

« Raconte-moi encore l’histoire de la princesse endormie, que le prince réveille grâce à un baiser. ». Un exemple parmi tant d’autre, de requête que je formulais à mes chers parents, de cette voix de petit bambin haut comme trois pommes qui découvre le monde. Avec toujours beaucoup de tendresse et d’amour, mes parents s’agenouillaient afin de se mettre à ma hauteur et me gratifiaient d’un « Désolé querido, je ne peux pas. Il faut que je m’occupe des clients, tu comprends ? Mais promis, ce soir avant de t’endormir, je te la lirai. En faisant les gestes et les différentes voix, comme tu aimes ! », qu’ils ponctuaient en m’embrassant sur la joue, le front ou en m’ébouriffant très légèrement les cheveux. Suite à cela, ils retournaient à leurs tâches, tandis que de mon côté, je partais regagner l’arrière-boutique ou ma chambre à l’étage. Tête basse, traînant des pieds et serrant fort contre la poitrine, un livre aussi long que je n’étais grand. Seul, j’en tournais les pages. Encore et encore. Mes petits doigts effleuraient le papier, dessinaient les contours des personnages, essayaient de saisir divers objets présents sur les illustrations. Je scrutais durant de longues minutes ces signes que je ne comprenais pas encore, et tentais de les décrypter pour donner vie aux images, comme mes parents le faisaient. Cela semble bien difficile à croire aujourd’hui, pas vrai ?

Pourtant, c’est la stricte vérité. A cet âge, je n’avais besoin de rien d’autre pour être heureux que d’histoires. Avec des dragons. Des sirènes et des rois. Des îles aux trésors. Des histoires de héros qui volent plus haut que les oiseaux. Les preux et les téméraires qui à cœur vaillant, emportent toujours la victoire. En ce temps, j’avais quelques espoirs qu’en le souhaitant ardemment, mes rêves pourraient être encore plus forts que la réalité et finiraient par s’exhausser. Hélas, à l’image des meilleures choses : les rêves ont une fin. On a beau refuser de le voir en face et se réfugier dans un idéale chimérique ; le réel et sa cruauté finissent tôt ou tard par vous rattraper, et vous frapper de plein fouet. Très vite, trop vite, le désenchantement jette ses voiles sur vous et tord le cou à vos illusions. Ne vous laissant avec rien d’autre que des chutes d’amertume, des cascades d’acariâtreté et des torrents de désappointement. Oui, la chute est sacrément douloureuse, lorsqu’on réalise que les contes de fées et les « ils vécurent heureux », ne sont rien autres qu’un ramassis de fadaises. On se fustige et se maudit pour avoir été aussi niais et crédule. Un alliage de déception et colère nous fait crever les yeux de nos poupées. Ou tuer les cow-boys et les indiens plumés. Avec la force du désespoir, on froisse et broie les desseins enfantins avant de les jeter avec hargne dans la poubelle à passion.

Quand le ciel a rappelé pai auprès de lui, plus rien n’a jamais plus été comme avant. Les princesses sont devenues à mes yeux des bêcheuses capricieuses, ne se préoccupant que de choses futiles et souffrant d’une insatisfaction permanente. Les super-héros n’étaient à présent rien d’autre que des imposteurs et des lâcheurs. Ils ne valaient pas mieux que tout les autres. Ces autres qui sont restés sourds aux appels au secours du petit garçon larmoyant, qui baignait dans le sang de son père et qui est resté là. A regarder la vie doucement le quitter avant de recueillir son dernier souffle. C’est à ce moment qu’elle a commencé. La quête des postulats immuables, que rien ni personne ne peut remettre en cause. Les sciences exactes sont devenues mon refuge. Je voulais savoir. Comprendre. Pour tenter d’expliquer l’inexplicable ? Oui et non. Secrètement, je nourrissais l’espoir de trouver un moyen d’appliquer le caractère invariable et constant de certains aspects de la science, à des éléments de mon quotidien. Comme mon indéfectible et incommensurable amitié envers Yun Ha, par exemple. Pourquoi ? Eh bien, pour que jamais elle ne change, ne s’altère ou disparaisse. Je ne voulais plus avoir à souffrir de la perte d’un être ou d’une chose m’étant cher. Alors, je me suis bêtement raccroché à cette idée stupide. Rendre logique, rationnelle et immobile la seule et unique chose au monde, qui par définition ne l’est pas : la vie.

Cette merveille qui ne dépend d’aucun théorème, qui n’est soumise à aucune loi et qui ne répond à aucun axiome. Ai-je perdu mon temps ? Pas vraiment. Disons qu’un énième rêve s’est éteint et qu’une vocation bien singulière est née. Défier la mort et lui tenir tête, en tentant d’en expliquer les causes, dans le but d’adoucir de manière infime la peine de ceux qui restent et ont aimés. A côté de cela, et paradoxalement, j’abhorre les extrêmes. Le blanc, le noir … enfin vous voyez ce que je veux dire. Je ne comprends pas les gens qui se complaisent dans l’excès. Cela ne peut jamais être totalement comme ci, ou totalement comme cela. Il y a des nuances, des subtilités ou différents échelons et degrés. Certes, cela peut paraître contradictoire, avec l’assommante digression sur les exactitudes que je viens de faire. Mais que voulez-vous, je suis comme ça : compliqué et complexe. C’est comme tout un tas d’autres concepts ou notions non quantifiables, avec lesquels j’ai du mal. L’amour, l’amitié, le bien, le mal … . Comment peut-on penser pouvoir donner une définition universelle et catégorique de ces valeurs ? Chaque individu a la sienne. La conception et la vision qu’il s’en fait, ne seront pas nécessairement les mêmes que celles de son voisin. Si quelqu’un me trouve affable, prévenant et bienveillant : est-ce suffisant pour affirmer que je suis quelqu’un de gentil ? Bien sûr que non.

Quelqu’un d’autre peut très bien considérer que je ne suis qu’un sombre con, un beau salaud et un monstre d’égoïsme : cela ne signifie pas pour autant, que l’on peut m’apposer une étiquette sur le front disant méchant. Nuances, subtilités, mais aussi et surtout subjectivité et interprétation. Voilà ce dont il est question. Pour tout, partout et tout le temps. Y compris en ce moment même, lorsqu’il affirme que je n’en ai que trop fait. Il le pense. Il est sincère. Je le sais. Je le sens. C’est mon seul et unique ami. Celui avec lequel j’ai passé prêt de la moitié de ma vie. Je sais reconnaître quand il ment, feint ou fait semblant. Ce qui n’est clairement pas le cas en ce moment même. Le bon sens voudrait que je me sente touché par une telle déclaration. Seulement, elle me fait l’effet de mille-et-une banderilles pourfendant mon cœur. Non, je ne suis pas spécialement de son avis. Peut-être que je suis trop exigeant envers moi-même, peut-être que j’ai une vision déformé des faits ou peut-être est-ce tout autre chose, mais … dans mon for intérieur, j’ai l’intime conviction de ne pas avoir été à la hauteur et d’avoir fait preuve d’inconséquence. Loin de moi la prétention de m’attribuer l’Oscar du meilleur ami qui soit, mais il me semble avoir plutôt tenu la route dans ce rôle durant notre scolarité. Bien sûr, ce n’était certainement pas parfait, et en cherchant bien ; on trouvait matière à redire.

Cependant, je m’efforçais de toujours être là pour lui. De le défendre et le protéger. Je l’ai soutenu et suis resté à ses côtés. En toute occasion et en toute circonstance. Malheureusement, lorsque les événements se sont ligués contre nous et que les facéties du destin ont joué en notre défaveur : tout est partie à vau-l’eau. La séparation m’a complètement rendu inapte. De là, je n’ai fait qu’une succession de mauvais choix. Non, je n’ai vraiment pas assuré. N’ayons pas peur de le dire, j’ai été en dessous de la suffisance. Indigne de mériter le nom d’ami. Il était seul à un moment de sa vie où il avait sans doute le plus besoin de moi. J’aurais dû m’accrocher. Persévérer. Trouver des moyens détournés pour le voir. Ou à défaut, pour communiquer avec lui. User de ruses, subterfuges et autres astucieux stratagèmes. Au lieu de cela … je n’ai pas insisté outre mesure après m’être fait à plusieurs reprises envoyer sur les roses. Je l’ai laissé en mon âme et conscience. Je l’ai abandonné, alors que je savais pertinemment qu’il n’allait, ou n’irait pas bien. Je … comment ai-je pu faire une chose pareille ? Quel genre d’ami faut-il être pour agir avec autant de désinvolture et d’impudence ? C’est criminel. Je ne vaux pas mieux que tout ces tueurs assoiffés de sang, que les policiers avec lesquels je travaille, finissent par appréhender.

J’en ai déjà fait bien assez ? « Je ne crois pas. ». Des mots que j’aimerais prononcer. Toutefois, il semblerait que mon orgueil et ma fierté mal placée m’en empêchent. Gardant le silence, je me contente de mirer le bout de mes Kickers flashys. Un élément de langage corporel qui me trahi, et s’avère bien plus éloquent que n’importe quelle réponse orale. Cependant, ce n’est rien comparé à ce qui suit. Lorsqu’il affirme être heureux de me revoir. Des mots que j’ai toujours songé entendre de sa bouche. Je pensais qu’ils m’empliraient de joie et de bonheur, mais devant le fait accompli et la prise de conscience de la somme de mes erreurs passées … ils m’assassinent et me crucifient, tant j’ai le sentiment de ne pas avoir été à la hauteur. Peut-être bien que tu ne devrais pas être aussi ravi que cela, meu irmao … . Crois-moi, être ta énième déception, ou rejoindre la longue liste de tes crève-cœurs est bien la dernière chose que je souhaite. Malheureusement, j’ai bien peur que cela puisse être une éventualité des plus sérieuses, qu’il faille prendre en considération. Un sourire emprunt de timidité et de regrets trace ses courbes sur mon visage. Cette fois ma tête ploie et s’incline de façon plus franche. Comme si la honte appuyait de toutes ses forces sur ma nuque, pour m’obliger à baisser les yeux. Laborieusement, je finis par lui répondre que « Moi aussi. ».

D’une voix étouffée et dans un murmure tel, que l’on serait en droit de penser que ces deux mots sont sortis tout seuls. N’allez pas croire que ces retrouvailles, ne me rendent pas extatique ou enchanté. J’ai bien conscience de donner l’impression de noircir le tableau ou d’être contrit par cette réunion, mais il n’en est rien. Bien évidemment que je suis content de le revoir. Qui ne le serait pas, après avoir recroisé au terme de longues années, le chemin d’un être cher qui occupe une place bien singulière dans son cœur ? Ce n’est qu’une infinitésimale et minuscule partie de moi, qui cuit sous les feux de la culpabilité et de tout un tas d’autres émotions négatives. Le seule problème, c’est que c’est précisément cette portion qui prédomine et accapare toutes mes pensées. Au point d’en occulter désormais toutes les fabuleuses et puissantes sensations, qui m’habitaient encore il n’y a pas cinq minutes. Quand je le tenais dans mes bras et le serrais fort tout contre moi. C’est dingue. Comment quelque chose, en apparence minime et insignifiant, peut autant accaparer et oppresser l’esprit ? Hmm, il faut croire que je ne suis sans doute pas tout à fait en paix avec ma conscience, et que j’ai des choses à me faire pardonner. Mais pas maintenant. Ce n’est pas vraiment le lieu, ni le moment opportun. D’ici là, je dois porter mon malaise et mon embarras en bandoulière. Je rêve d’être frappé par un rayon laser qui me rendrait microscopique, tellement je suis mort de honte. Ca, c’est la version « soft ».

Dans la « glauque », je me vois courir comme un dératé vers la baie vitrée, pour me jeter dans le vide et m’écraser dix-sept étages plus bas. Afin d’éradiquer ces élucubrations saugrenues, je décide d’embrayer et de changer de sujet, non sans avoir secoué brièvement la tête dans le but de quitter mes pérégrinations intérieures. Changer de sujet, ou plutôt tenter de noyer grossièrement le poisson. Oui, je dis bien « grossièrement » car la ficelle est tout de même sacrément grosse. Je sais très bien que cela n’a pas échappé à Yun Ha. Il a toujours était quelqu’un de très perspicace et instinctif. Comme moi. Comme toutes celles et ceux qui observent plus qu’ils ne parlent. Si vous saviez comme je me déteste en ce moment même. En particulier pour ce qui est de la formulation de cette question. Elle suppure, suinte et pue l’hésitation ainsi que l’incertitude. Ce n’est tellement pas moi. Quand sa mère a été emprisonnée et que son père a également perdu son droit de garde, il était encore mineur. Plus pour très longtemps ceci-dit, vu que si je ne dis pas de bêtise, il devait avoir seize ou dix-sept ans. J’ai toujours supposé qu’il avait passé quelques temps dans un foyer, puis s’était empressé de regagner sa liberté dont il était éperdument épris, sitôt ses dix-huit ans obtenus. J’avais tout faux. Visiblement, il semblerait qu’il ait été adopté.

Sinon, pourquoi appeler Monsieur Kim « mon père » ? Bien que cela soit parfaitement possible, j’admets que cette éventualité n’a jamais fait partie des différentes hypothèses de vie, que j’ai conjecturé au sujet de mon alter ego. D’ordinaire, les gens préfèrent adopter des nouveaux nés ou des enfants en tout bas-âge. Moins prise de tête et plus facile à élever, qu’un adolescent rebelle, en crise et tourmenté. Aussitôt, mon esprit d’écrivain se met à cogiter à toute allure. Monsieur Kim était jadis un brillant homme d’affaire a qui tout réussissait. Tant sur le plan professionnel que personnel, puisqu’il était marié à une femme dont il était fou amoureux. Une femme douce, d’une grande beauté et … une artiste ! Oui voilà, c’est cela. Une artiste décédée dans un accident ou des circonstances tragiques. Anéanti par le chagrin, il a cadenassé et verrouillé à double tour son cœur, qui n’a plus jamais aimé. Vieillissant, l’idée de trouver un successeur pour reprendre les rennes de l’entreprise, s’est mise à le hanter et l’obséder. N’ayant aucun enfant naturel, il s’est donc tourné vers l’adoption d’un adolescent. Un adolescent qu’il formerait en accéléré dans l’optique de poursuivre son œuvre, à qui il apporterait confort, sécurité, bonheur et bien entendu amour. Ma énième et dernière version en date, de supputations quant à ce qu’à bien pu être la vie de Yun Ha. Livrée en exclusivité pour vous.

Une version avec des airs shakespeariens de déjà vu, et qui ne me satisfait pas complètement. Cependant, et à chaud dans le feu de l’action, je ne peux pas faire mieux. Si j’étais assis à mon bureau et que j’avais tout le temps et le loisir d’y réfléchir, il est probable que ce pitch gagne en qualité et perde en clichés. Le pimpant jeune homme, que je n’aurais certainement jamais reconnu dans un tout autre contexte, confirme ce que j’ai facilement déduit. Le Président Directeur Général de cette entreprise est bel et bien son père adoptif. J’acquiesce du chef et rebondis de-ci de-là sur ses propos, par de laconiques interjections. Quelqu’un de simple, hein ? Hmm, voilà qui bouleverse et met du plomb dans l’aile à ma cynique théorie, selon laquelle avoir un grand cœur et un porte-feuille bien garni, sont deux choses incompatibles. Oui, je suis de ces incorrigibles sceptiques, qui estiment qu’un geste de bonté venant d’un mania : c’est louche. A chaque fois, je ne peux m’empêcher d’y voir un coup de com, une manière de redorer son image ou un abject moyen d’obtenir des déductions fiscales. Altruisme, charité et sincérité sont loin d’être les premiers adjectifs qui me viennent à l’esprit, lorsque je vois ou pense à ce genre de … de personnages à l’abri du besoin. A en croire mon inséparable ami de jadis, la façon dont il en parle, et surtout la manière dont son visage s’illumine et ses yeux pétillent : Monsieur Kim a tout bonnement l’air d’être un homme foncièrement bon et bienveillant.

Ses propos me font sentir d’autant plus bête et moche, pour avoir envisagé qu’il ait pu l’adopter pour d’obscurs motifs intéressés. Qui plus est, il semble être parvenu à lui offrir ce qu’il se fait de meilleur, et lui a laissé la liberté de devenir celui qu’il est. Son petit éclat rire se révèle communicatif. Sur un ton et une voix m’étant déjà plus familiers, je réplique après avoir recouvré mon sérieux : . Et pour cause. Tout ici est à des années lumières du petit garçon que j’ai connu et avec lequel j’ai grandi. De ses goûts, ses aspirations, sa sensibilité, sa personnalité. A aucun moment je n’arrive à me le représenter, en austère et strict costume cravate. Ni à faire du soir au matin et du matin au soir du fric. Le confinement d’un gratte-ciel, d’un poste de travail, d’un bureau et d’un ordinateur … pour reprendre ses mots ; ce n’est pas pour lui. Il s’ennuierait à cent sous de l’heure, si ses journées se résumaient à négocier et signer de juteux contrats avec des acteurs, des chanteurs, des auteurs et autres saltimbanques du domaine artistique. Rester assis, pendu à son smartphone tout en pianotant sur le clavier de son ordinateur ? Impossible ! Il ne tiendrait pas en place et finirait par devenir fou. Du moins, l’adolescent que j’ai connu naguère en aurait été incapable.

Il aurait mille fois préféré être enfermé dans un terrarium géant au milieu des reptiles, plutôt que d’avoir à se frotter de près ou de loin au monde sans-âme ni fantaisie du business. Vous l’aurez donc compris, sa réponse ne m’étonne donc pas plus que cela. Je ne peux en revanche pas en dire autant de l’entrée intempestive qui suivit. Sans aller jusqu’à dire qu’elle me stupéfia au point de me faire sursauter, elle parvint néanmoins à brusquement me faire détourner le regard en direction de la porte. En direction d’une jeune femme. Plutôt grande, un visage de poupon, des yeux rieurs et la bouche semblable à un bouton de rose. Si j’en crois l’étoffe son tailleur griffé, elle doit sans doute être la secrétaire personnelle d’un des cadres supérieurs de cette société. Probablement un membre du Conseil d’Administration. J’ajoute qu’elle vient de s’accorder un furtif coït avec un Monsieur. Son bas filé, son chignon banane réalisé à la va-vite et son chemisier au boutonnage décalé, m’apprennent qu’elle s’est sûrement rhabillée en quatrième vitesse, après avoir profité d’un exquis moment en galante compagnie. Oh, j’allais oublier la preuve la plus irréfutable. La marque violacée au creux de son cou, résultant d’une succion forte, intense et prolongée. Hmm, on dirait bien que ces longues et pénibles heures passées à enquêter sur le terrain et à interroger une kyrielle de suspects en compagnie de l’aigri Agent Min, n’auront finalement pas servi à rien.

Au contraire, on dirait bien qu’elles commencent à porter leur fruits. Mes capacités d’analyse et de raisonnement se sont indéniablement accrues, depuis que Bak a décidé d’unir mon sort professionnel à celui de ce policier. Avant cela, j’aurais très certainement remarqué ces petits détails. Sans doute m’auraient-ils interloqués. Cependant sans l’expérience glanée grâce à cet inattendu partenariat, je doute que serais parvenu à rapprocher ces différents éléments et à faire le lien entre eux, afin d’en arriver à de pareilles conclusions. Il est vrai que si les morts n’ont aucun secret pour moi, je dois reconnaître que ma compréhension des vivants comportent quelques lacunes. Grâce aux quelques facettes du travail d’investigation que j’ai découvert jusque là, j’ai appris à être plus attentif envers autrui. En particulier sur les aspects de sa communication non-verbale. Repérer les anomalies comportementales, et en faire la somme pour en arriver à un résultat frisant l’exactitude. Cette fameuse exactitude qui m’est si chère. Voilà ce que je viens de faire. Et sans vouloir me vanter, je crois être en mesure d’affirmer que je viens de le faire avec brio et maestria. C-comment l’a-t-elle appelé ? Apparemment, cette salle a été réservée. Implicitement et avec beaucoup de tact et de pincettes, cette charmante demoiselle nous prie de bien vouloir débarrasser le plancher.

C’est ce qu’il a y a à comprendre, si l’on se donne la peine de lire entre les lignes. Cela écourte donc l’appesantissement sur la séquence émotion générée par nos retrouvailles. Dans le fond, ce n’est peut-être pas plus mal. Cela m’évitera de tomber dans la sensiblerie à outrance et de me tourner en ridicule. Quelques rapides échanges, et la secrétaire finit par déguerpir presque aussi vite qu’elle est apparue. Si j’ai du … oh oui ! Oui, oui, oui et mille fois oui ! Pour lui, j’en ai profusion : du temps. C’est la première fois que nous sommes de nouveau réunis depuis le lycée. Vous vous doutez bien que je n’ai nullement envie d’écourter ces moments en sa compagnie, bien au contraire. Si je pouvais les rallonger et faire en sorte qu’ils s’éternisent, je le ferai sans la moindre hésitation. Une surprise ? Voilà qui lui ressemble bien. Quand on était plus petits, il adorait m’en faire pour égayer la grisaille de notre quotidien tortueux. Surtout après la mort de pai, où je n’avais pas la tête, et encore moins le cœur, à rire. Si j’ai réussi à surmonter, et ne pas me laisser entraîner vers le fond : je le dois en partie à Yun Ha. Mon cœur se met à pulser un peu plus fort. Des zestes de trépidation, de curiosité et d’impatience commencent à poindre en moi. Exactement comme à l’époque où il me bandait les yeux, pour m’emmener dans un endroit exceptionnel ou me montrer quelque chose l’étant tout autant.

Agréablement surpris et emballé par les plans de mon conscrit, je lui rétorque dans une esquisse de sourire et un haussement de sourcils, illustrant mon mini ébahissement : « Oui, absolument. Je n’ai aucun impératif. Vraiment ? Tu m’intrigues. Hahaha, je n’en doute pas ! Tu as toujours su comment scotcher les gens et les épater. ». Et encore, je suis loin de la vérité. Positivement sidéré, estomaqué ou médusé serait des adjectifs plus adéquats et proches de vérité. J’ignore comment il fait, mais il a toujours eu le chic pour transformer un rien en quelque chose d’absolument merveilleux. C’est son petit « truc » à lui, dira-t-on. Sur ces mots, je récupère mon attaché-case reposant à côté du fauteuil dans lequel j’étais installé tout à l’heure. Je n’oublie pas non plus mon skateboard hors d’âge, que je cale sous mon bras. De ma main libre, j’enserre le gobelet en plastique et en ingurgite d’une traite la fin du contenu. Suivant l’homme vêtu d’une chemise noire flattant sa carrure, je quitte la pièce. Dehors, j’en profite pour jeter le verre dans une poubelle métallique en forme de cylindre, non loin d’une fontaine à eau. Des voix d’hommes parlant de « clause d’exclusivité », de « droits d’auteur » et de « cachet », se font entendre au loin. Hmm, sûrement les personnes devant prendre part à la réunion, se tenant incessamment sous peu dans la salle où nous nous trouvions.

La secrétaire échevelée est toujours là, plusieurs dossiers dans les bras. Dans une moue d’où transparaît la gêne, je rapproche les deux pans de ma chemise, pour lui faire comprendre qu’il serait peut-être judicieux pour elle, d’arranger son chemisier. Visiblement, je suis parvenu à me faire comprendre. En effet, après avoir baissé le nez en direction de sa poitrine, la demoiselle aux joues virant au cramoisi, se hâte de reboutonner correctement sa tenue. Suite à cette B.A, j’allonge les enjambées pour rejoindre au plus vite le fils du propriétaire de ces lieux. Nous empruntons le chemin par lequel je suis arrivé. Après avoir appelé l’ascenseur, Yun Ha m’invite à entrer. Chose que j’effectue sans me faire davantage prier, et en lui adressant un petit signe de tête en guise de remerciement. Le trajet dans cette nacelle spacieuse, se fait dans le plus parfait des silence. Pas de concerto de Vivendi dans les oreilles, pas de mouche qui vole : rien. J’imagine que c’est typiquement le genre de moment propice, où je suis censé parler de moi. Seulement … je ne m’en sens pas le courage. J’ai peur qu’il n’apprécie pas celui que je suis devenu. Que l’image qu’il a conservé de moi se s’écorne ou se ternisse. Je ne veux pas qu’il ait une vision embellie et enjolivée de moi, mais je ne tiens pas non plus à ce qu’il s’imagine, que les années ont fait de moi un être méprisant et haïssable.

Devant cette insoluble dilemme, et ne savant ni quoi dire ni par où commencer, je pourfends le vide sonore. En orientant de nouveau la discussion vers lui, et en le soumettant à une nouvelle question. De manière quelque peu abrupte, maladroite et incertaine : « Jun : c’est ton nom désormais ? Je veux dire … la secrétaire t’a appelé ainsi, alors j’ai … . ». Ne sachant comment me comporter et amener la chose, je préfère me taire afin de ne pas m’enliser et m’embourber dans la balourdise. Ma phrase se perd et reste donc en suspend. Je me contente simplement de lever la tête en direction du cadran numérique au-dessus des portes, et admire les numéros d’étage défilés. Pourquoi suis-je aussi tendu et crispé ? A me voir, et surtout à m’entendre, on croirait que je joue ma vie. Tout était tellement simple et facile avant. Il va encore falloir du temps pour … pour faire tomber les parapets que l’absence a érigé. Combler le fossé que le temps a creusé entre nous. Se réapproprier cette aisance, cette fluidité et cette complicité qui était la nôtre. Y parviendra-t-on ? Aller savoir. En tout cas, c’est tout le mal que je nous souhaite.

©️ FRIMELDA


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Soul Wounds
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Kim Hyun Jun
Âge : 29
Occupation : Entraîneur d'arts martiaux
Situation : Célibataire
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Mer 10 Oct - 19:35

Ku Hwan & Hyun Jun  

True friends are always together in spirit


Tenue | C’était vrai qu’à y réfléchir, c’était assez étrange, comme un rêve éveillé. Après tous les faux espoirs qu’il s’était fait jusqu’à présent, la situation lui semblait comme invraisemblable, comme si Ku Hwan n’était pas réellement là et pourtant… C’était bel et bien son ami qui se tenait devant ses yeux aujourd’hui. Un peu plus et Hyun Jun souhaiterait se pincer pour s’assurer qu’il n’était pas en train de rêver. Il ne le montrait certainement pas autant néanmoins il était sincèrement heureux de retrouver ce frère qui avait été près de lui pendant toute son enfance… Il ne lui reprochait rien, c’était même tout le contraire, il lui était extrêmement redevable d’être resté si longtemps à ses côtés sans jamais l’abandonner. L’écrivain s’était pris tellement coup en le protégeant mais pas que… Des remarques, des moqueries, il y en avait eu des tas et si lui en était énormément blessé, il l’était toujours un peu plus lorsque son camarade était concerné. C’était de sa faute, voilà ce que l’entraîneur n’avait jamais cessé de songer cependant certainement trop égoïste, il n’avait pas pu s’éloigner ni faire en sorte que son compagnon retrouve un peu de tranquillité. Il était tout ce qu’il avait, sa principale source de soutien et s’il ne l’avait plus, qu’adviendrait-il de lui ? Ku Hwan était cette once de lumière dans l’obscurité, ce zeste de bonheur qui lui faisait oublier à quel point sa vie était pitoyable… Il était plus qu’important à ses yeux si bien que non, il n’avait jamais pu l’oublier, se promettant de le retrouver puis de pouvoir à son tour, lui rendre tout ce qu’il avait fait pour lui à une période où il n’avait personne d’autre pour lui tendre la main. Lorsqu’il déclarait que l’écrivain n’avait rien à se reprocher, il le pensait, il était plus que sincère. Sans lui à ses côtés, cela ferait certainement très longtemps que Hyun Jun ne serait plus de ce monde. Il n’aurait pas été en mesure de se battre, abandonnant à la moindre blessure reçue, il n’aurait pas été en mesure de le supporter… C’était certain que si Ku Hwan apprenait ce qui lui était arrivé, ce par quoi le jeune homme avait traversé, il s’en mordrait les doigts de plus. Hors, rien n’était de sa faute… Il n’était pas coupable de ne pas avoir pu être avec lui à ce moment-là, puis si ses vauriens avaient l’intention de lui faire du mal, ils auraient forcément trouvé une autre occasion. Hyun Jun faisait partie de ces personnes qui pensaient que si quelque chose devait arrivée, rien ne pourrait l’en empêcher… C’était ainsi qu’était la vie, et aussi cruel soit-il, aussi désespéré et anéanti qu’il avait pu l’être, s’il avait prié fortement à ce qu’on vienne le tirer de cet horreur qu’il subissait, il ne pouvait pas reprocher son malheur aux autres. C’était lui qui était trop faible, lui qui n’avait pas su se défendre mais également ces garçons qui étaient trop horribles et qui n’avaient honte de rien… Pour sûr que le jeune homme les avait maudit, il les avait tué des milliers de fois dans son esprit et probablement que s’il était amené à les croiser à l’avenir, il ne serait plus en mesure de rester indifférent. Ils étaient la principale source de son mal-être, ils étaient ceux qui avaient brisé chaque parcelle de son corps, qui l’avaient détruit et qui l’empêchait encore aujourd’hui de pouvoir se regarder dans un miroir sans en être écœuré. Au bout du compte, dans cette histoire, les fautifs, ce n’était ni Ku Hwan ni lui-même mais bel et bien ces élèves de l’époque qui s’en prenaient à plus faible qu’eux, par pur plaisir de faire du mal à quelqu’un. Pitoyable.

Le regard posé sur son vis-à-vis, un sourire triste et désolé, discret également se dessinait sur ses lèvres alors qu’il devinait facilement les pensées de ce dernier. Hyun Jun n’en disait rien toutefois, à sa façon, en restant fidèle à lui-même, il lui prouverait que rien ne changerait, que l’écrivain n’avait pas le droit de culpabiliser et que ce qui comptait désormais était de profiter entièrement afin de compenser toutes ces années qu’ils avaient perdues. La raison pour laquelle, d’ailleurs, à peine la secrétaire eut-elle disparu de la pièce qu’il interrogea son ami d’antan sur ses projets futurs de la journée, souhaitant lui révéler quelque chose qu’il espérait lui plaire. Son visage s’illumina aussitôt à sa réponse affirmative et il ne put éteindre cet éclat qui égayait sa figure. « Je ne sais pas si tu seras scotché mais on verra bien ! » Il rit subtilement de plus bel avant de l’inciter à le suivre puis de quitter la pièce. Poliment, il inclina son visage face à la secrétaire en guise de salue, se dirigeant directement jusqu’à l’ascenseur qu’il appela avant que son camarade ne le rejoigne. Les portes une fois ouverte, il l’invita gentiment à pénétrer à l’intérieur de la cabine, le suivant naturellement sur ses talons. Les yeux rivés sur les étages qui défilaient, il se cala confortablement contre la paroi derrière lui sans s’offusquer du silence qui résidait dans l’atmosphère. Il n’était pas stupide et comprenait que malgré l’envie de se retrouver, c’était embarrassant… Des années s’étaient écoulées, tous deux avaient changé et grandi. Leurs centres d’intérêts n’étaient probablement pas les mêmes qu’ils étaient autrefois néanmoins quoi que soit devenu Ku Hwan, Hyun Jun ne le jugerait jamais et l’accepterait toujours tel qu’il était.

Finalement, l’écrivain choisit malgré tout d’interrompre le silence qui s’était installé, lui posant une question tout à fait légitime sur son identité. Une nouvelle esquisse naquit sur ses lèvres en le voyant si mal à l’aise alors que lui songeait ô combien, son camarade n’avait pas à l’être. En guise de réponse, il hocha simplement la tête avant d’égarer ses prunelles en sa direction puis de lui sourire chaleureusement. « Hyun Jun, pour être plus précis. Je préfère ce nom là. » Il sonnait bien moins féminin que le prénom qu’il portait auparavant. Les portes s’ouvrant de plus bel tandis qu’ils arrivaient au rez-de-chaussée, il ne put résister à lui tapoter gentiment l’épaule dans un « Je ne vais pas te manger tu sais ? » avant qu’il ne sorte de la cage d’ascenseur, un doux rire s’échappant de sa bouche. Pour sûr que non, Ku Hwan ne l’avait jamais vu rayonner de cette manière à l’époque. S’il souriait, le garçon ne rigolait pas souvent, voire jamais… Chaque esquisse qu’il arborait reflétait toute la peine et la douleur qu’il ressentait quant à la vie qu’il menait. Aujourd’hui, il paraissait enfin plus libre et épanoui que ce qu’il n’avait jamais été.

Se tournant vers lui, il lui fit signe de le suivre puis se pressa à l’extérieur où le ciel brillait d’un bleu éclatant. C’était vraiment une bonne journée et cela ne faisait qu’accentuer sa bonne humeur. Toujours en silence, ils marchèrent jusqu’au véhicule du jeune homme qui l’invita, une fois à sa voiture, l’invita à monter à l’intérieur. « Et toi alors ? Qu’est-ce que tu deviens ? » L’interrogea-t-il après avoir allumé le contact et pris la route. « Ecrivain, hm ? » Maintenant qu’il avait découvert cela, il se promettait de lire chacun des tomes de son ami. Il voulait connaître son talent de lui-même, s’intéresser à chaque chose que Ku Hwan entreprenait et le soutenir dans chacune de ses décisions.
Arrêté à un feu rouge, il ne put guère détacher son regard de ce garçon qui se tenait à côté de lui, s’interrogeant mentalement sur la vie que celui-ci avait mené en son absence, ce qui l’avait conduit à faire de tels choix et à quel point il était heureux à présent. Le sourire collé au visage, plein de tendresse, il continua de l’observer avant qu’il ne l’interroge de cette question qui lui brûlait les lèvres depuis un long moment. « Tu vas bien ? » Une question qui en sous-entendait tellement d’autres et qui au final était la plus importante de toutes.


AVENGEDINCHAINS
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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
Don : Contact Curatif
Niveau : 5
Multicompte : Ong Ki O
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Jeu 11 Oct - 23:00

J’en suis où tu m’as laissé
Feat. Kim Hyun Jun
Etre différent. Pour notre plus grand malheur, nous l’étions soit-disant. Aux yeux de nos bourreaux et tortionnaires de la cours de récréation, ce que nous n’avions pas choisi et qui ne résultait pas de notre volonté était un crime. Un crime qu’ils jugeaient impardonnable. Un crime pour lequel la peine maximale fut décrétée. Un châtiment de tout les instants. Sous forme d’injures, de quolibets et même de coups. A peine avions-nous panser nos plaies physiques et émotionnelles, que le calvaire reprenait de plus belle. Ils rouvraient les points, incisaient plus profondément dans nos chairs déjà meurtries. Encore et toujours. Cela faisait mal. Tellement mal. En particulier sur le plan mental, en ce qui me concerne. Les mots m’ont mis K.O plus d’une fois. Loin d’exceller dans les joutes verbales, je laissais donc mes poings s’exprimaient. Erreur. Évidement. Répondre de manière aussi primaire, bestiale et si peu évoluée, ne faisait qu’envenimer les choses et mettre de l’huile sur le feu. Inlassablement, nos oppresseurs revenaient à la charge. Avec toujours autant de jubilation et cette étincelle de cruauté incandescente dans les yeux. Pourquoi ? Eh bien, tout simplement parce que je commettais la bêtise, de leur accorder ce qu’ils recherchaient : de l’intérêt et une opposition. J’avais beau être un petit garçon et un adolescent sanguin et volcanique, ma répartie n’était pas du tout ce qu’elle est aujourd’hui. Non, en ce temps je n’avais pas encore ce fameux « Esprit Mortemart ».

C’est l’adjectif sur lequel s’accorde la majeure partie des critiques littéraires, pour qualifier l’ambiance et la tonalité régnant dans mes romans. Apparemment, si j’en crois les commentaires de mes lecteurs, et surtout lectrices, sur les réseaux sociaux, ainsi que tout ce que l’on me dit à l’occasion de séances de dédicaces et d’autres événements en lien avec mon activité d’auteur ; c’est également un élément que recherche et dont est friand une grande partie de mon public. Enfin, de mon lectorat, devrais-je dire. Toutes ces répliques assassines, qui font mouche, désarment et laissent autrui comme deux ronds flans. Avec le temps, j’ai appris à les élaborer et à les assener du tac au tac. A l’oral comme à l’écrit. Mes détracteurs et les personnes avec lesquelles j’ai déjà pu avoir des mots, seront en mesure de vous le confirmer. A force de me réfugier dans la lecture pour m’évader et échapper aux vicissitudes du quotidien, j’ai acquis la plus puissante et efficiente des armes : l’éloquence. Passer tout mon temps le nez dans des bouquins, m’a permis de me familiariser avec l’art de la rhétorique, des effets de manches et la formulation de tournures de phrases grandiloquentes. A quoi cela m’a servi concrètement ? Eh bien, j’ai ainsi pu me forger mon propre style d’écriture. En combinant diverses caractéristiques d’auteurs dont j’admire l’œuvre. Si je devais définir mon style ? Hmm, je dirais qu’il mélange le cynisme de Dos Passos, le mordant de Läckberg et la froideur d’Higashino.

Ah oui, j’oubliais. Cela m’a accessoirement offert la possibilité de me la péter en société. Chose qui n’est pas pour me déplaire. Certes, j’admets qu’en ce moment même cela semble difficile à croire, tant je balbutie et bafouille tel un cancre étant dans l’obligation de réciter au tableau devant toute la classe, une poésie qu’il ne connaît pas. Pourtant, croyez bien qu’en temps normal, l’amoureux des mots rares, précieux, oubliés ou tombant en désuétude que je suis, sait se montrer excellent tribun. Si ma verbe naguère avant été ce qu’elle est désormais … peut-être aurais-je été en mesure de dénoncer les persécutions dont nous étions les cibles, d’élever et surtout réussir à faire entendre ma voix. Dois-je m’en vouloir ? Ma réponse va peut-être vous étonner, mais selon moi, je dirais que non. Avec autant d’années de recul et de maturité engrangée, il est très facile de tenir ce genre de discours. Seulement dans les faits, et lorsque l’on est gosse, le poids et le pouvoir de la dextérité oratoire paraissent dérisoires et insignifiants. Interrogez n’importe quel écolier ; je suis certain que cela ne lui viendrait même pas à l’idée, d’avoir recours à ce genre de ressources pour se défendre. J’ai beau avoir un QI dans la stratosphère, je n’ai pas dérogé à la règle. En outre, j’étais véritablement un va-t-en-guerre, blessé et rebelle après le décès de pai. Je réagissais véritablement de façon épidermique et partais au quart de tour pour un oui ou pour un non.

Rassurez-vous, j’ai depuis appris à canaliser ma colère et mes pulsions belliqueuses. Pour cela, je suppose que je peux dire merci à la Capoeira, au Muay-Thaï, mais aussi au surtout au Yoga. D’ailleurs, je m’évertue à pratiquer quotidiennement une heure de cette discipline. Une demie-heure les fois où je n’ai pas beaucoup de temps, suis pressé ou débordé. C’est en quelque sorte ma soupape de décompression. Sans ces exercices, je pense qu’il y a déjà bien longtemps que je serais parti en vrille ou aurais implosé. Comme dit le proverbe ; « il faut que jeunesse se passe, pour que sagesse se fasse. ». Mouais … dommage que les cons et les imbéciles heureux en soient dépourvus. Si c’était inné chez eux, bon nombre de tourments nous auraient été épargnés à tout les deux. Allons, soyons sérieux un instant. La sagesse comme composante intrinsèque des cons et des imbéciles ? Hahaha, belle ineptie ! C’est comme prétendre qu’un éphémère pourrait bénéficier de la longévité d’une tortue de mer géante des Galápagos. Pure absurdité. Les mini-tyrans qui nous martyrisaient, étaient exempts de toute forme de bon sens, jugeote et tolérance. Je doute qu’ils n’en aient glané ne serait-ce qu’une once, depuis tout ce temps. S’il y a bien une chose qui n’a pas changé, c’est incontestablement le sentiment de colère qui bouillonne en moins, au simple fait de songer au calvaire que nous avons dû endurer.

Oui, je trouve toujours cela cruellement injuste. Surtout pour Yun Ha. S’il faut blâmer ou tenir quelqu’un pour responsable, c’est bien sa mère. Elle et sa lubie aussi obsessionnelle que saugrenue, qui consistait à aller à l’encontre de ce que la nature avait décidée en s’échinant à faire de lui ce qu’il n’était pas : une fille. Pire qu’une lubie, c’était en réalité le caprice d’une femme immature sur le plan émotionnel. Elle faisait payer toutes ses frustrations à son fils. Ainsi, elle le modela et le façonna afin qu’il corresponde à l’image de l’enfant qu’elle s’était idéalisée. Dans sa tête, il était la somme de tout ses malheurs et ses infortunes. Tout ceci, je ne l’ai compris que bien trop tard, hélas. J’en suis venu à cette conclusion, lorsque j’ai bénéficié d’une petite initiation à la Psychologie, lors de mes études en Faculté de Médecine. Malheureusement, Yun Ha avait disparu de la circulation depuis bien longtemps déjà, quand j’eus enfin rassemblé toutes les pièces du puzzle. Fort de cette théorie, je m’en suis alors voulu de n’avoir rien vu. Rien vu et surtout rien fait pour tirer la sonnette d’alarme. Pourtant, il y avait quelques détails troublants. Comme tout ces bleus sur ses bras ou son torse, et qui ne résultaient pas des raclées que l’on se ramassait à la récrée. Il prétextait qu’il était tombé, ou s’était cogné à tel ou tel endroit. Évidemment, je l’ai cru.

Pourquoi aurais-je mis sa parole en doute ? C’était, et c’est toujours mon ami. Je lui faisais, et lui fais toujours confiance. Il n’a jamais rien dit à qui que ce soit, et je n’ai pour ma part jamais cherché à lui tirer les vers du nez. Je n’avais de toute manière pas la bonne grille de lecture et d’interprétation. Certes, je détectais certains signaux, mais j’étais cependant incapable de les décrypter. Son enfance et sa jeunesse ont été brisées, gâchées et ponctuées par la haine ainsi que la violence d’autrui. Il a été sacrifié sur l’autel de la folie, dressait et élevait par la profonde névrose de sa mère. Un femme dotée de toute évidence de troubles mentaux, que l’on a tardé à déceler. Elle aurait sans nul doute dû disposer depuis bien longtemps d’aide, de soutien et de traitement psychiatrique. Qui sait, peut-être que cela aurait dispensé son fils de bien des tourments ? Enfin … . Je suppose que cela ne sert à rien. « On ne refait pas l’histoire », n’est-ce pas ? Que me reprochait-on ? Plus ou moins la même chose. D’être atypique. Le fruit de l’amour entre deux êtres d’origines et d’ethnies totalement différentes. Ce que j’ai vécu, beaucoup de gens issus des minorités ou d’un métissage, en ont sans doute déjà fait l’amère expérience. J’étais l’étranger. Un souffre douleur tout trouvé. Celui dont on ne veut pas, que l’on rejette et parfois même moleste.

Celui dont on abhorre et craint la différence. Je doute être un cas à part. Mon histoire n’a rien de bien sensationnelle, et doit très certainement faire écho chez tout les individus provenant de la diversité, de la mixité et du brassage culturel. Des torts et des défauts ? J’admets en avoir, et pas qu’un peu. Cependant, à aucun moment dans ma vie je ne me suis apitoyé sur mon sort ou posé en victime. Même dans les situations les plus désespérées ou les circonstances les plus compliquées, je suis toujours parvenu à voir le verre à moitié plein, plutôt qu’à moitié vide. Sans cette force, cette fierté et cette détermination à toute épreuve ; je pense qu’il y aurait déjà bien longtemps, que j’aurais baissé les bras et me serais laissé sombrer. Très vite, j’ai compris qu’importe où je me trouve : je ne serai jamais totalement chez moi. Que cela soit ici ou dans les favelas de São Paulo, il y aurait toujours eu des gens pour me montrer du doigt et me dire « tu n’es pas assez ceci », ou « tu es trop cela ». Ayant conscience de cette réalité avec laquelle je devais, et dois toujours, apprendre à conjuguer : à quoi bon alors me morfondre ? Cela ne m’aidera en rien et ne me fera pas avancer d’un iota. Garder la tête haute, se tenir droit, encaisser les coups, tracer son chemin et profiter de ceux et celles que l’on aime. Telle est la philosophie que pai et eomma se sont évertués à m’inculquer.

Les personnes que j’aime … . J’ai bien peur que les doigts d’une seule main suffisent à les dénombrer. Une d’entre elles se trouve en ce moment même avec moi. Ici. Dans cet ascenseur amorçant sa descente. Le seul et unique ami que je n’ai jamais eu est avec moi, et je ne sais ni quoi lui dire, ni comment me comporter. Quelle tristesse, vraiment ! Je ne me berçais pas d’illusions, quant aux éventuels ravages occasionnés par le temps et l’absence sur notre amitié. Cependant, j’étais loin de me douter qu’ils me mettraient dans ce triste et déplorable état. Je devrais être surexcité. Avoir envie de rattraper le temps perdu. Le presser et le noyer de questions. Que fait-il désormais ? A-t-il quelqu’un dans sa vie ? Qu’est-ce qu’il aime à présent ? Quels sont ses projets ? Au lieu de cela, je ne fais que baragouiner maladroitement, en l’interrogeant au sujet de sa nouvelle identité, que je crois avoir deviné. Presque aussitôt, il confirme ce que je supputais. Son nom n’est plus Yun Ha. Logique, maintenant qu’il est libéré du joug de sa despotique mère. Hyun Jun ? Instantanément, un sourire embaumant la nostalgie vient sertir mes lèvres. Alors que nous venons tout juste de passer le huitième étage, et sommes donc plus ou moins à mi-parcours, je réponds d’une voix un peu ailleurs et distraite : « Comme dans le dessin animé. ».

Un vieux dessin animé, dont j’ai oublié le nom exact, très en vogue à la fin de nos années primaires et au tout début du collège. Il s’agissait d’une sorte d’adaptation coréenne et de transposition moderne, des « Malheurs de Sophie » par la Comtesse de Ségur. Le personnage principal était un petit garçon du nom de Hyun Jun, a qui il arrivait toujours tout un tas d’aventures toutes plus incroyables les unes que les autres. Son père était très souvent absent à cause de son travail. Il s’était remarié à une horrible marâtre, qui n’avait de cesse de rudoyer et malmené Hyun Jun. Comment ne pouvait-il pas s’identifier à ce petit garçon ? Sa vie et son histoire avaient à n’en pas douter, une résonance toute particulière pour lui. Quand on était gosses et que l’on rentrait de l’école, il venait régulièrement chez moi, à l’épicerie de mes parents. On filait dans la partie habitation à l’étage, et ma mère nous préparait à goûter. Avec souvent un bon jus à base de fruits franchement pressés et venant du magasin. Papaye du Brésil, mangue d’Equateur, goyave du Pérou. Théoriquement, et lorsqu’elle retournait travailler à la boutique en bas, nous étions censés faire nos devoirs. Dans les faits, on prenait le plateau avec notre collation, le posait sur la table basse, allumait le minuscule téléviseur du salon et se calait devant ce dessin animé.

Bien qu’il pouvait être parfois triste, on adorait ce programme. Et en particulier le héros. Il connaît tout le bien et l’admiration que j’avais pour Hyun Jun. Voilà pourquoi il me semble inutile et superflu, de balancer un prévisible « c’est un joli prénom ». Il sait déjà ce que je pense. La sonnette et la petite secousse caractéristique de l’arrivée à destination d’un ascenseur, m’arrachent à mes souvenirs parsemés de rêveries. Yu… Hyun Jun quitte en premier la cabine, en me gratifiant d’une petite tape amicale sur l’épaule. Un nouveau sourire timoré vient se draper sur ma bouche, tandis que je le regarde s’éloigner en direction de la sortie de cet impressionnant immeuble. Dans le grand hall n’ayant rien à envier au luxe d’un grand hôtel parisien, la réceptionniste est toujours derrière son comptoir richement orné. Bien trop accaparée par son travail pour nous prêter un soupçon d’attention, elle pianote à vive allure sur son clavier. Exactement comme lorsque je suis arrivé. Dehors, le déclin du jour commence tout juste à s’opérer. L’astre solaire, bien que décroissant légèrement et tout doucement, continue de darder ses chauds et agréables rayons. Machinalement, et tel un tournesol attiré par par la lumière du jour, je ferme les yeux et lève la tête, faisant ainsi offrande de mon visage au bleu du ciel.

Cette petite séance de photothérapie achevée, je suis mon très cher ami. Seulement, en le voyant ouvrir la portière d’une voiture, je me fige subitement sur place. Décomposé. Voilà l’adjectif décrivant sans doute le mieux, ma mine soudainement blême et blafarde. N-non … pas ça. Je … je ne peux pas. Je n’ai pas envie de le quitter tout de suite, mais … mon indomptable phobie me hurle que je ne dois pas le suivre. Cala a boca ! Je peux le faire. Je peux surmonter cette peur irrationnelle. C’est exactement comme avant. Aussi longtemps que l’on restera ensemble, il ne pourra jamais rien nous arriver. Il est là. Avec moi. Il … il ne se passera, il ne se passera rien … . Alors que Hyun Jun est déjà installé au volant du véhicule, mes jambes flageolantes menaçant de se dérober sous mon poids, me portent jusqu’à celui-ci. Le souffle court, une force venue des tréfonds de mes entrailles me fait poser une main tremblante sur la poignée de la portière. Un haut de cœur me saisit, quand je pense à l’appellation glauque, que l’on donne parfois au côté passager : la place du mort. Mes doigts gourds finissent par actionner la poignée, au prix de maintes efforts. L’habitacle m’apparaît flou, distendu, mouvant. Un peu comme lorsqu’une personne sujette au vertige regarde dans le vide. Cela vous tétanise, et en même temps, cela vous happe et vous attire.

Je cale maladroitement l’attaché-case et le skateboard sous le siège. Non, je ne tournerai pas de l’œil. Respire. Lentement. Calmement. Après m’être accordé quelques instants pour rassembler mes esprits et tenter de baisser ma fréquence cardiaque, je prends place pour la première fois depuis près d’un quart de siècle dans une voiture. Le souffle coupé, c’est en quasi apnée que je parviens à difficilement attacher ma ceinture de sécurité, tandis que le gardien de mes petits et grands secrets met le contact. La panique influe sur mon audition. La voix de Hyun Jun me semble lointaine. Un peu comme si elle se réverbérait ou faisait écho sous un tunnel. Néanmoins, je crois avoir compris ce qu’il m’a dit, et lui fait donc grâce de bien vouloir se répéter. Mes ongles s’incrustent et se cramponnent au siège, sitôt que la voiture est en mouvement. Dans un débit très rapide trahissant mon extrême tension, je satisfais sa curiosité : « O-oui … enfin non. Je suis avant tout Médecin Légiste. L’écriture est venue bien après. J’ai tenté ma chance en envoyant un manuscrit à plusieurs maisons d’édition, sans attentes particulières. J’étais juste curieux de connaître l’avis des professionnels du livre, au sujet de mes écrits. Jamais je n’aurai pensé rencontrer un pareil engouement et un tel succès auprès du public. ».

Un petit éclat de rire nerveux vient conclure mon propos. On pourrait croire que discuter m’aiderait à me détendre et à recouvrer mon calme : il n’en est rien. Mon corps tout entier se crispe et s’enfonce dans le siège. Les battements de mon cœur font de la concurrence à ceux des tambours de « Ô Fortuna » dans « Carmina Burana » de Carl Orff. La terreur et la panique me font me raccrocher à l’une des choses à laquelle mon esprit rationnel de scientifique, refuse catégoriquement de croire en temps normal : la foi. Le Pai Nosso, l’[i]Ave Maria ainsi que toutes les autres prières que mon père m’a apprises de son vivant, et dont je me souviens se succèdent dans mon esprit. Je les énumère fébrilement et en silence, comme l’on égraine les îlets d’un chapelet. S’il te plaît … ne prend pas à droite. Non … . C-c’est la route qu’empruntait mon père pour m’emmener à l’école. D’ici quelques minutes, on atteindra l’endroit où une petite partie de moi est morte, par une funeste matinée de Février. Rue Hansum. Droit comme un « i » et tendu comme une arbalète armée, mes mains agrippent fermement, serrent et tordent la sangle de la ceinture plaquée contre mon buste. L’atmosphère … il est de plus en plus lourd et étouffant. J-je je n’arrive plus à respirer. L’oxygène s’amenuisent ! Ce n’est pas vrai.

Je sais bien que ce n’est pas vrai, mais la peur me fait totalement déraisonner et délirer. Des brûlures embrasent mon estomac. Ma vision se pare d’une nébuleuse, et un désagréable bourdonnement siffle dans mes tympans. Des vertiges, la tête qui tourne, des tremblements dus à l’état de nerf qui me met à mal. La voiture s’immobilise. Je devine à la tache lumineuse colorée en face de moi, que nous nous trouvons sûrement à un feu rouge. Un bref moment de répit. Cette fois, je n’ai pas compris un traître mot de ce que Hyun Jun m’a dit. Tout ce que j’ai perçu, c’est un son vague et les différentes ondulations de la fréquence de sa voix. Livide et à deux doigts de défaillir, je parviens à babiller d’une voix faiblarde de pauvre petite chose complètement pantelante : « J-je … excuse-moi, il faut que … . ». Je dois m’y reprendre à trois fois pour me libérer de la ceinture de sécurité. Respirant comme un asthmatique qui aurait repoussé les limites et serait allé au bout de l’effort, j’ouvre la portière avec précipitation. Il faut à tout prix que je sorte. De l’air. Vite, donnez-moi de l’air ! Je quitte la voiture en oubliant totalement mes affaires sous le siège. Mon instinct de survie me dit que je dois aller à l’essentiel et sauver ma peau au plus vite. Il s’en faut de peu pour que je ne trébuche, au moment où je monte sur le trottoir.

Mes pas ne peuvent guère me mener bien loin. Je prends appui sur le coin d’un bâtiment vétuste en brique. L’entrée d’une ruelle je présume. Avec … une porte ? Sans doute l’arrière d’un restaurant ou d’un commerce de bouche. Cela expliquerait la présence de la benne à ordure juste sous mon nez. L’avant-bras apposé sur le mur glacé, je me plie en deux et finit par vomir tripes et boyaux. Une flaque maronnasse ruisselle en contre-bas et se faufile sous les roulettes de la pièce de mobilier urbain. Pardonne-moi Hyun Jun mais … je n’y arrive toujours pas. Vingt-deux années se sont écoulées, et je n’ai pas fait le moindre progrès dans le combat qui m’oppose à mes vieux démons, ainsi qu’à mon insensée frayeur des véhicules motorisés. Malade à en vomir à cause d’un trajet en voiture banal et sans risque. Cela paraît invraisemblable, et pourtant … . Lamentable. Voilà ce que je suis. Et encore, le mot est faible. L’acidité de la substance régurgitée brûle et enflamme mon œsophage, m’arrachant au passage de petites larmes qui perlent au coin de mes yeux. Des larmes que je me hâte d’essuyer d’un revers de la main, avant qu’elle ne coule et dégringole le long de mes joues. Des larmes et un arrière-goût bileux en bouche. C’est tout ce qu’il me reste. Tout ce que je mérite.
©️ FRIMELDA


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