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 I just can be sorry - (ft. Kim Sun Hi)

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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
Don : Contact Curatif
Niveau : 4
Multicompte : Ong Ki O
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Mer 13 Juin - 0:37


"I just can be sorry"


FORGIVE ME. I DIDN'T WANT TO HURT YOU.


En presque six ans de bons et loyaux services dans le domaine de la Médecine Légale, j’en ai réalisé des autopsies. On ne s’habitue jamais à la mort. On apprend simplement à vivre avec. Le jour où ça sera le cas ... le jour où la vue d’un corps inerte et sans vie ne m’émouvra plus : je saurais qu’il est alors temps pour moi d’arrêter. De changer de métier, et peut-être même de vie aussi. Exercer cette activité sans y mettre de l’affect, est pour moi quelque chose de totalement inconcevable et inenvisageable. Je ne corresponds pas à l’image d’Epinal que l’on se fait du médecin légiste. Bon nombre de mes confrères s’évertuent à mettre de la distance, entre eux et la personne qui leur fait face sur la table. Personnellement, j’en suis absolument incapable. Je n’y arrive pas. Je n’arrive pas à me dire que ce n’est plus que de la viande, et que je peux donc allégrement tailler dans le tas sans risquer de nuire au patient. Rien que d’y penser, cela me rend malade et me flanque la nausée. Les coroners qui raisonnent de la sorte mériteraient, à mon sens, d’être radiés de l’ordre des médecins. Quand un collègue s’adonne à de l’humour noir, ou manque de respect à un défunt, je n’ai qu’une envie : lui couper la langue à grands coups de bistouri. Cela peut paraître étrange, mais pour bien faire mon travail, j’ai besoin de créer un lien avec la personne que j’autopsie. Alors je lui parle. Je me plais à imaginer ce que pouvait être sa vie.

Dès fois, il m’arrive même de faire part à cet individu, mes soucis du moment ou les petites contrariétés qui me tracassent. Se comporter comme le dernier des salauds ou être aussi froid et distant qu’un bloc de glace, ne sont en rien des critères indispensables pour réaliser ce boulot. Oui, je suis quelqu’un d’hypersensible. Une hypersensibilité exacerbée et à fleur de peau. Elle s’incorpore par petite touche dans chacune de mes paroles, et dans le moindre de mes agissements au quotidien. Le surplus, je l’expie en jetant l’encre sur le papier. En écrivant mes romans. Je crois que sans cela, je serais devenu fou depuis bien longtemps. Cette profession est tellement rude et éprouvante sur le plan psychique, qu’il est strictement impossible de tenir le coup sans avoir un dérivatif. Un moyen de s’extérioriser. Quand j’étais à l’université, mes professeurs me reprochaient cette empathie. Ils affirmaient que je ne ferais pas long feu, si je m’entêtais à autant m’impliquer. Aujourd’hui, je suis la preuve vivante qu’ils avaient tort. Dissection et humanité ne sont pas antinomiques. Cela ne m’a jamais desservi. Hmm, si une fois peut-être. C’était sur une enquête en lien avec des trafiquants de drogue. Un gang venait de réaliser une descente sur le territoire d’une bande rivale. Parmi les victimes, il y avait une femme enceinte. Ce jour là, je n’ai pas pu. Ce fœtus mort, complètement recroquevillé et livide … c’était trop. A tel point, que j’ai pris à la suite de cette affaire un mois de congés.

C’était nécessaire. Un break. Une parenthèse durant laquelle je pouvais me ressourcer, et où les morts ne peuplaient plus mon quotidien. Il n’y a pas d’autopsie plus facile ou difficile qu’une autre. Néanmoins, j’admets que lorsque la personne présente sur la table est affreusement jeune : c’est toujours un déchirement. Lorsque le corps de Ryu Lucas est arrivé à la morgue, il m’a fallu un certain temps pour accepter. Accepter que c’était la fin pour lui. Qu’il ne rira plus. Qu’il ne rêvera plus. Qu’il n’aimera plus. Qu’il ne sera plus jamais Ryu Lucas. Oui, j’ai véritablement eu un mal de chien à me faire à cette idée. Ce « gamin » avait toute la vie devant lui. Il avait l’air paisible. Tellement paisible, que l’on aurait juré qu’il était simplement endormi. J’ai rarement vu une telle expression de sérénité dans la mort, chez un défunt aussi jeune. C’est comme si … comme s’il était reconnaissant envers la grande faucheuse, d’avoir mis un terme à ses souffrances. Lorsqu’une personne est retrouvée sans vie à son domicile, la procédure veut qu’une autopsie soit réalisée. A plus forte raison, lorsque les causes de la mort ne sont pas flagrantes. J’ai tout fait pour repousser le plus possible, l’heure où je devrais pratiquer la première incision. J’ai pris mon temps pour faire les premières constations, ai épluché à maintes reprises son dossier médical. Les radios ont révélé qu’il souffrait de plusieurs fractures ante-mortem.

Principalement aux côtes, aux avant-bras et aux tibias. Leur remodelage me font penser, qu’elles remontent à deux ou trois mois maximum avant son décès. Ce gamin a certainement dû être battu avec une arme, avant d’être laissé pour mort. Une batte de base-ball peut-être. Sa peau était par endroit encore constellée d’hématomes violacés. Aucune autre trace de sévices ou de mauvais traitements sur le long terme. Toutes ces blessures semblent donc être le fruit d’une mauvaise rencontre. N’ayant aucun autre stigmate sur le corps prouvant qu’il y avait eu récemment lutte ou agression, je me suis donc concentré sur la toxicologie. Quand les résultats sont revenus du labo, il n’y avait plus doute possible. Overdose de Buprénorphine. Un anti-douleur trente fois plus puissant que la Morphine. Son sang en contenait dix fois la dose préconisée. Les chirurgiens l’ayant opéré, ont sans doute dû lui en prescrire à sa sortie de l’hôpital. Au vu de ses blessures, cela semble logique. Toutefois, il y a matière à débattre sur cette prescription. Je n’aime pas tellement remettre en cause les décisions de mes confrères, mais il y avait d’autres alternatives à cette puissante substance. L’Oxycodone et le Fentanyl, pour ne citer que ces deux là. Les risques de décès par overdose, auraient été nettement moins conséquents avec ces produits. Je n’ose imaginer le calvaire et le martyr quotidien que devait endurer « ce gamin ». La douleur était tellement cuisante, que l’envie d’en finir l’a emporté sur la force de vivre.

Je tenais ma cause du décès. J’en étais sûr. Malheureusement, mon travail n’était pas terminé. Le moment que j’ai tant voulu éviter était arrivé. Il me fallait à présent laisser courir le scalpel le long du torse de Ryu Lucas. Si cela ne tenait qu’à moi, jamais je n’aurais fait un chose pareille. Hélas, il y a un protocole et je ne peux y déroger. Comme d’habitude, j’ai fait preuve d’égard et de respect envers le défunt, en me montrant le moins invasif possible. Sans surprise, il n’y avait rien. Rien en dehors des défaillances multi-viscérales, engendrées par les ravages d’une sur-dose de Buprénorphine. Je ne me suis pas senti la force de refermer le corps du jeune garçon, en le bardant d’agrafes. J’ai donc pris le temps de le recoudre, comme les chirurgiens ont coutume de le faire avec leurs patients. Cela m’a pris la nuit toute entière. Mais je ne regrette pas. Jamais je ne pourrais regretter d’apporter à un « gamin », un peu de dignité dans sa quête du repos éternel. C’est le cœur gros que je rédige les dernières lignes de mon rapport d’autopsie. Mes yeux fusent et relisent à plusieurs reprises mon écriture illisible de médecin. Un coup de tampon encreur, puis je me résous finalement à parapher le document en déglutissant laborieusement ma salive. Etant gaucher, je regarde mon poignet droit pour m’informer de l’heure qu’affiche ma montre. Presque quinze heures. La personne devant confirmer l’identité du défunt ne devrait pas tarder à arriver.

Compte tenu que personne ne s’est inquiété ou à signaler une éventuelle disparition du jeune homme, la police a dû fouiller dans ses affaires pour trouver le nom d’une personne de son entourage. Son téléphone portable regorgeait de textos d’une certaine Kim Sun Hi. C’est donc à elle que reviendra la douloureuse tâche, de confirmer que le jeune homme décédé est bien Ryu Lucas. Après avoir refermé le dossier, je me lève, retire ma blouse, et m’empresse de l’accrocher à la paterne rivée à la porte de mon bureau. Quand je rencontre les familles des victimes, je ne tiens pas à renvoyer l’image du médecin froid et distant, dissimilé derrière son armure blanche. Je mets un point d’honneur à prouver aux personnes que je rencontre, que je me sens concerné par ce qui leur arrive. Que je suis à leur écoute. Qu’elles peuvent s’épancher et laisser libre cours à leur chagrin. Quoi de mieux pour cela que de faire tomber la blouse, afin de leur signifier qu’elles ont avant tout en face d’elles un homme doué de sensibilité, et non un médecin bourreau de travail. Pour beaucoup de mes collègues, cette partie du métier est la plus ennuyante et contraignante. A mes yeux, c’est de loin la plus importante. Celle qui fait le lien entre ceux qui s’en sont allés et ceux qui restent. Savoir que j’ai pu apporter des réponses et un peu de réconfort à une personne endeuillée, est de loin la plus grande satisfaction que je retire de mon travail. Afin de paraître encore moins strict et solennel, je dénoue ma cravate et défais le premier bouton de ma chemise.

Je quitte le peu de chaleur de mon bureau, pour trouver le froid mordant de la salle d’autopsie. La fraîcheur piquant ma nuque, dévale mon épine dorsale et m’arrache un frisson. J’ouvre le casier réfrigéré numéro sept, et rabats sur la poitrine du jeune homme le linceul recouvrant son visage. La zénitude des traits de son ultime expression, créé un nœud au creux de mon estomac. Je tente de regagner un semblant de consistance, en mirant le plafond et expirant lentement. En m’approchant du petit hublot de la porte d’entrée de la morgue, je constate qu’une jeune femme attend dans le couloir assise dans un fauteuil. Elle triture nerveusement le tissu de sa robe noire, tête baissée. Ses yeux, sans doute rougis par les larmes, sont cachés par d’épaisses lunettes de soleil. Elle a l’air légèrement plus âgée que la victime. Sa grande sœur peut-être ? En tout cas, l’air de famille n’est pas flagrant. Je m’efforce de faire le vide dans ma tête, et ouvre la porte. D’une voix suave et sur un ton apaisant, je dis alors : « Bonjour. Mademoiselle Kim ? ». La jeune femme à la longue chevelure brune lève aussitôt la tête. On pourrait presque croire qu’elle sursaute. Son regard fuit légèrement sur la droite, et s’échoue au niveau de mon épaule. Aurait-elle des problèmes de vue ? Cela voudrait dire qu’elle va devoir … oh non mon Dieu. Pas ça. Tout mais pas ça. Non, on ne peut pas lui demander une chose pareille. C’est trop … trop cruel. Ma gorge s’assèche et se noue. Afin de l’aider à mieux me situer dans l’espace, je décide de m’avancer vers elle. Mince, qu’est-ce que je fais maintenant ? Je n’ose pas la toucher, de peur de l’effrayer ou l’épouvanter. Finalement, je décide de m’accroupir légèrement afin que mon visage soit à hauteur du sien. Un fin sourire nerveux s’étire sur mon visage, lorsque je déclare un peu hésitant : « Je suis le Docteur Rim, j-je … je tenais à vous remercier d’avoir eu l’amabilité de vous libérer, et de bien vouloir venir jusqu’ici. ». Qu’est-ce qui m’arrive ? Pourquoi suis-je anormalement nerveux et tendu ? Ce n’est pourtant pas la première fois que je vais accompagner une personne, pour qu’elle authentifie un cadavre. Certes, cette fois-ci risque d’être assez particulière et singulière, mais … je ne sais pas. J’ai le pressentiment qu’il y a autre chose. Autre chose que je suis incapable de formellement décrire, et qui m’échappe totalement.

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@Kim Sun Hi
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Kim Sun Hi
Âge : 28
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Mer 13 Juin - 16:35
Une fois de plus, elle avait écouté la messagerie vocale de son téléphone, dans l'espoir que ce dernier lui annonce qu'il lui a laissé un message. Mais rien, la voix froide et robotique de l'appareil dit une fois de plus la même phrase, celle l'informant qu'elle n'avait aucune nouveau message, que ce soit vocal ou par texte. Ceci la rendit triste, ça faisait déjà plusieurs jours qu'elle n'avait aucune nouvelle. Ce n'était pas normale. Sun Hi n'est pas le genre de personne à harceler les gens et jamais elle ne demandera à quelqu'un de lui répondre dans la minute. Tout le monde à une vie, elle en est consciente. Parfois, il lui faut du temps pour répondre, mais ce n'est que quelques heures ou en fin de journée quand elle a par exemple finit sa journée de travail. Lucas a l'habitude de lui répondre, ceci n'est jamais arrivé qui l'oublie et après tout un tas de sms envoyés, elle ne comprend pas pourquoi ils restent tous sans réponse. La jeune femme commençait sérieusement à s'inquiéter. Ce n'était pas normal et ses entrailles commençaient à la torturer. Cette histoire, sa la stresse, c'est à peine si elle arrive à dormir et le peu qu'elle ferme les yeux, elle fait des cauchemars, s'imaginant tout et n'importe quoi. Son appétit a même décidé de la laisser. Est-ce qu'elle a fait quelque chose de mal ? Est-ce qu'il a décidé de la repousser de cette manière pour s'éviter la corvée de lui faire comprendre que finalement entre eux ce n'est pas possible ? La différence d'age est peut être un problème, finalement ? Elle ne sait pas à quoi s'attendre, du moins elle ne le savait pas jusqu'à ce que son téléphone sonne.

La voix au bout du fil lui était parfaitement inconnue. Celle d'un homme, un âge avancé, la quarantaine peut être, mais elle n'en était pas certaine. Il disait travailler à l’hôpital. Jusque là, elle ne comprenait pas. La suite allait être terrible. En fait, tout est confus, c'est à peine si elle avait comprit ou du moins son cerveau était resté sous le choc, se stoppant, refusant de fonctionnant après l'annonce principale de cet appel. Une identification... elle devait venir pour identifier le corps de quelqu'un, un jeune homme du nom de... Non ! Elle ne pouvait pas accepter, elle ne pouvait pas croire ça. Du mieux qu'elle put, après un blanc d'au moins trois minutes ou sa gorge restée sèche et refusant de lui obéir, elle parvint à balbutier quelques mots, comme quoi elle viendrait le jour et l'heure prévu. Après cette instant, elle tomba sur son canapé, toujours sous le choc, rongé par l'émotion, ne sachant pas si elle devait pleure ou crier.

Pourquoi ? C'est la question qui raisonna pendant des heures dans sa tête. Pourquoi est-ce que son ami était soit disant mort ? Pourquoi lui ? Pourquoi il faut que ce soit l'homme dont elle était amoureuse ? Et puis... pourquoi elle ? Pourquoi cette sombre histoire lui tombe dessus ? Certes, elle ne veut pas souhaiter ça à quelqu'un d'autre, mais elle a déjà vécu tellement de choses horribles. Elle a perdu des gens de sa famille, elle est a deux doigts de perdre la vue... Alors pourquoi la seule personne qui parvenait à ramener un merveilleux rayon de soleil dans sa vie doit-elle partir ? Tout ceci est incompréhensible ! La pauvre aveugle voulait comprendre, mais comment ? Est-ce simplement le destin qui s'acharne sur elle ? Si ça continue, elle va finir par croire qu'elle n'a pas le droit d'être heureuse, que c'est impossible pour elle d'avoir une vie normale.

Le jour J, elle s'habilla sobrement, une robe, d'après l'endroit ou elle était placé, elle devait être de couleur sombre. De toute manière, elle n'avait pas le goût de porter des couleurs joyeuses. Elle cacha ses yeux gonflés et rougeoyant derrière des lunettes de soleil. Puis sa canne d'aveugle en main, elle se dirigea vers l'entrée et quitta l'immeuble. Ayant toujours aussi peur des véhicules, c'est à pied qu'elle se rendit à l’hôpital. A chaque pas, son cœur se faisait plus lourd et douloureux. Les larmes, elle les sentaient venir, elles étaient là, prête à se déverser sur son visage une fois de plus, mais elle ne voulait pas pleurer. Pas maintenant, pas dans la rue. Le fait qu'elle de devoir authentifier le corps de cette personne, ça lui laisse un infime espoir. Un espoir de croire que ce n'est pas Lucas. Alors, tant qu'elle ne sera pas sûre, elle ne veut pas pleurer, elle veut se raccrocher à cette espoir et repousser sa peur.

A l'accueil de l’hôpital, elle demanda à ce qu'on lui indique le chemin de la morgue, une infirmière eu la bonté de la mener là ou s'était. Est-ce de la pitié ? Elle n'en sait rien et son cerveau n'était pas en état de fonctionner de toute manière. La femme lui indiqua de s'asseoir et d'attendre jusqu'à ce qu'on vienne la chercher. D'un hochement de tête, sûrement dans la mauvaise direction, elle remercia la jeune femme et s'installa après avoir plié sa canne. Le temps lui sembla s'écouler si lentement, c'était une véritable éternité qui s’effritait sous son nez. Chaque secondes, elle avait le temps de repenser aux moment passé avec le jeune homme. Tout ceci commençait à la torturer, jusqu'à ce qu'une voix d'homme la sorte de sa tourmente. Sun Hi leva la tête, elle n'avait pas eu le temps de bien déterminer la direction, finalement, elle n'était pas vraiment certaine que quelqu'un lui ait parlé. Quelques secondes après, des bruits des pas s'approchèrent d'elle et une odeur de désinfectant se mêla à l'air. Cette personne se trouvait juste devant elle. C'était le docteur, il la remerciait de sa présence. Une de ses épaules se haussa, montrant que c'était normal, parce qu'elle n'avait pas la force d'émettre le moindre son.

Ne voulant pas que tout ceci s'éternise, elle se leva pour montrer qu'elle était prête. Cela faisait déjà bien trop longtemps qu'elle attendait, ses nerfs étaient sur le points de craquer, autant en finir vite. Sa canne se déplia pour lui permettre de se déplacer en toute sécurité et elle se laissa guider par le docteur. Quand elle franchit les portes de ce qui devait être la morgue, l'odeur de la mort la submergea. C'était la première fois qu'elle sentait ça, c'était particulier et désagréable. Ça lui donna la nausée, mais elle ne fit rien paraître, elle devait rester forte pour le moment. "Qu'est-ce...que je dois faire ?" demande t-elle d'une voix semi-tremblotante. La malvoyante savait qu'elle se trouvait devant une table, elle aurait pu retirer ses lunettes de soleil pour voir plus distinctement la forme, mais c'était bien trop dur pour elle. Elle se sentait protégée de la réalité grâce aux verres noirs teintés. Le docteur savait à la vue de sa canne qu'elle était malvoyante, alors elle redoutait clairement ce qu'elle devrait faire pour devoir identifier le corps ? Au fond d'elle, elle connaît la réponse et elle sait qu'elle serait parfaitement capable d'identifier Lucas. Il est l'un des rares visages qu'elle a touché. D'ailleurs, sans savoir pourquoi, elle se souvient du jour, ou elle lui a fait cette demande bizarre, celle de toucher son visage pour savoir à quoi il ressemblait. "Est-ce qu'on peut faire vite, s'il vous plaît !" demande t-elle a voix basse, elle ne cherche qu'une chose à présent, sortir de se calvaire, faire en sorte que son espoir soit vrai pour être soulagé et repartir le cœur léger. Si seulement... Si seulement ce corps pouvait ne pas être le sien. S'il y a un quelconque dieu en ce monde, elle est prête à prier, à se convertir à n'importe qu'elle religion pour que ce ne soit pas Lucas. Elle serait même prête à vendre son âme au diable si ceci était possible...
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Mer 13 Juin - 21:02


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FORGIVE ME. I DIDN'T WANT TO HURT YOU.


Lorsqu’un être cher disparaît de cette façon ... lorsqu’il est si violemment arraché à vous, c’est tout un cataclysme d’émotions chaotiques et insupportables qui s’abat sur vous. La colère irradie de ses feux dans votre corps. L’incompréhension saisit toutes les fibres de votre être. Dès lors, c’est une douleur lancinante et sans égal, qui s’insinue dans la plus infime parcelle de votre chair. Elle vous happe et vous broie avec autant de force qu’un rouleau compresseur. C’est une innommable injustice. Comme si le choc et le traumatisme n’étaient à eux seuls déjà pas suffisant, c’est alors qu’il arrive. Cet oppressant cortège de « pourquoi ? », qui vous hante et vous assaille en permanence. Pourquoi lui ? Pourquoi maintenant ? Pourquoi, pourquoi … . On cherche une raison. Un début d’explication. Quelque chose à quoi se raccrocher. Quelque chose qui … qui a défaut de rendre l’inadmissible acceptable, aide au moins à atténuer et étancher la peine. On en arrive parfois à vouloir échanger sa place avec celui qui est parti, tant le fait de ne plus jamais étendre le timbre de sa voix ou son rire qui fend la brise, semble invraisemblable. Croyez-moi, je suis passé par là, et parle en connaissance de cause. Vingt-deux après, il m’arrive de penser encore de la sorte. On ne peut pas se résoudre à accepter une chose aussi effroyable. D’autant plus quand la personne n’était pas âgée ou atteinte d’une grave maladie.

Voir un proche fauché de la sorte alors qu’il avait encore de longs et beaux jours devant lui, c’est … atroce. Oui, il n’y a pas d’autre mot. Compte tenu qu’il n’y avait aucune indication laissant présager que l’irrémédiable arriverait, ce que l’on a pour habitude d’appeler « les sept étapes du deuil », se vivent de manière exacerbée. Le choc vous heurte de plein de fouet, et fait s’ériger des remparts de déni dans lesquels vous vous murez. Douleur et culpabilité se mêlent, créant dans votre cœur une béance que rien ne pourra jamais combler. Oui, on vous arrache une partie de vous. Une partie qui meurt, s’éteint et part rejoindre pour l’éternité, cette personne que l’on a tant aimée. Les brasiers de la colère, vous poussent à chercher des responsables à blâmer, pour cette incommensurable perte. On serait prêt à donner tout ce que l’on possède, pour pouvoir renverser le cours du temps, et changer l’issue des choses. Viennent ensuite les affres de la dépression. La perte totale d’envie de vivre, d’énergie et le règne de la passivité. Puis petit à petit, on tente progressivement de se reconstruire. De trouver quelque chose, qui continue de donner du sens à notre existence. Une manière d’honorer, même de façon ténue, la mémoire et le souvenir de celui qui nous a laissé. Pour ma part, ce fut en faisant médecine et en devenant Médecin Légiste. Quid de l’acceptation ? Eh bien … lorsqu’un décès survient de façon aussi soudaine qu’inattendue, c’est un long chemin.

Moi ? Je … je pense qu’au fond je n’ai jamais totalement accepté. Je ne connais donc que trop bien, l’épreuve que s’apprête à endurer la jeune femme qui me fait face. J’ignore tout de la nature de la relation, qui l’unissait à ce jeune garçon. Ce dont je suis certain en revanche, c’est qu’il était très important et comptait énormément pour elle. Une simple amie ne serait pas à ce point ravagée. Sa détresse me fend littéralement le cœur et m’anéantit. Elle trouve une raisonnasse toute particulière chez moi. S’immisce jusque dans la moelle de mes os. Je … je crois bien n’avoir encore jamais été à ce point navré et attristé pour quelqu’un. Et Dieu sait pourtant, que j’ai pour habitude de faire preuve de compassion. Parfois même plus que de raison. Malgré tout, j’ai confiance et garde espoir. En dépit de son petit gabarit et de sa corpulence fluette, j’ai la conviction que cette jeune femme a du caractère. Oui, je suis persuadé qu’elle a du tempérament. Qu’elle est forte. Suffisamment pour ne pas partir à la dérive et ne pas sombrer. Ce sera long et difficile. Il y aura des moments où l’envie de baisser les bras, sera plus forte que tout mais, … je sais qu’avec le temps, elle finira par se relever et sera en mesure de poursuivre le chemin. Elle s’en sortira. Bien mieux que moi en tout cas. J’étais sur le point de lui dire que si elle ne s’en sentait pas la force pour le moment, on pouvait très bien reporter l’authentification à plus tard.

Seulement, et après un succinct haussement de l’épaule, Mademoiselle Kim s’empare de sa canne blanche et se lève, bien décidée à mettre un terme au cauchemar éveillé qu’elle doit vivre, depuis qu’on l’a contacté pour lui faire part de la triste nouvelle. Pendant un bref instant, je baisse la tête et clos fermement les paupières. Au fond de moi, je crois que j’aurais tant préféré qu’elle refuse. Je ne me sens pas le cœur de lui infliger ça. Je… je voudrais tellement pouvoir lui épargner ce terrible moment. Pourquoi personne ne s’est inquiété de la disparition de ce gamin ? Pourquoi personne ne s’est manifesté ? Si seulement cela avait pu être le cas, jamais la police n’aurait à eu à lui demander de passer à la morgue. Plus par mimétisme et synchronisation que par réelle envie, je me redresse à mon tour. La peau au niveau de sa clavicule se pare d’un collier frissons. En voyant cela, je déclare de façon avenante, mais d’une voix quelque peu pincée par l’émotion : « Oh, tenez. Il risque de faire un peu frais. Pardon, je me permets. ». En disant cela, j’ôte mon blazer bleu marine et m’empresse de couvrir délicatement ses épaules et ses bras nus. Une salle d’autopsie n’est en rien comparable a une chambre froide, mais pour des soucis de conservation des corps, il est vrai que la température du lieu est relativement basse. Etant donné la rudesse de la tâche qui l’attend, autant faire en sorte qu’elle se sente le mieux possible. A défaut de pouvoir se sentir bien.

Une nouvelle fois, je ne sais que faire. Dois-je l’aider et la guider, ou non ? Je n’ai nullement envie de l’offenser, ou de lui donner l’impression que j’ai pitié d’elle. Encore moins, renvoyer l’image d’un homme totalement imperméable et hermétique à son sort. Tout ce que je souhaite c’est … lui être agréable dans ce bien sinistre moment. Finalement, je décide d’ouvrir la marche. Doucement, et en marquant un peu plus que d’habitude chacun de mes pas, afin qu’elle puisse s’orienter grâce au son. Je la mets en garde, en l’informant que le pas de la porte est quelque peu saillant par rapport au reste du sol, au moment où je le franchis. La chair de poule gambade sur mes avant-bras découverts. Tout en m’avançant vers le corps du jeune garçon, j’informe Sun Hi de la présence des éventuels obstacles sur sa route afin de la guider, et détrousse les manches de ma chemise afin d’essayer un tant soit peu de me réchauffer. Arrivé devant le corps blême du jeune homme, je sens mon rythme cardiaque considérablement et anormalement s’accélérer. Le sang pulse et afflue à vive allure dans ma jugulaire. A force de serrer les dents, un spasme vient tétaniser les muscles de ma mâchoire. Le cliquetis de la canne de la jeune femme se meurt lorsqu’elle s’immobilise à côté de moi. D’une voix frêle et menaçant de rompre à toute instant, elle me demande ce qu’elle doit à présent faire. En réalité, j’ignore si cette question m’est destinée ou si elle la pose à elle même.

Dans l’embarras du doute, je préfère lui répondre sur un ton trahissant mon affliction : « I-il … il faudrait que vous arriviez à déterminer si cet homme est bien celui que vous connaissez. En ... tâtonnant son visage par exemple. Je suis … je suis sincèrement navré d’avoir à vous demander une telle chose. S-si cela peut vous aider, je peux allumer toute les lumières et tenter d’orienter les lampes vers la table. ». Pour être franc, cette seconde hypothèse ne m’avait pas effleuré l’esprit jusqu’à présent. Toutefois, elle peut très bien marcher. J’ignore l’étendue de sa cécité, mais peut-être qu’avec un éclairage adéquat, elle est capable de distinguer plus ou moins les formes et les couleurs ? Si tel est le cas, j’ose espérer que ça puisse être suffisant. L’idée qu’elle n’est d’autre solution que de toucher le défunt, pour être mesure de dire si la personne en face d’elle est bien l’homme dont elle est si proche … cette idée m’est tout bonnement insoutenable. S’il existe une quelconque autre alternative à cet ultime recours, croyez-moi que je la lui suggérerais. Malheureusement, hormis celle que je viens d’énoncer un peu plus tôt, je n’en vois aucune. Pour les gens qui doivent réaliser ce même exercice, la simple vue du défunt gisant et de sa carnation diaphane, est tout bonnement déchirante. Ce qui se comprend totalement. Néanmoins, je pense que le contact physique avec un être cher ayant rendu l’âme, doit certainement être pire que tout.

Sentir son épiderme glacée sous ses doigts, ses muscles faciaux complètement raidis … absolument personne ne devrait avoir à vivre cela. Se tenant droite comme un « i » et fixant le mur en face d’elle, Mademoiselle Kim pose ses doigts sur le rebord en métal du casier coulissant réfrigéré, sur lequel repose le corps de celui supposé être Ryu Lucas. Mon idée ne lui étant probablement d’aucune aide, elle me prie poliment d’une voix drapée de sanglots, que l’on en finisse une bonne fois pour toute. Je hoche la tête, et plisse mes lèvres qui disparaissent en un maigre filet. Avec beaucoup de bienveillance et de solennité, je lui rétorque après avoir lutté pour avaler ma salive : « O-oui, je vous demande pardon. Si vous vous sentez prête … faîtes selon votre convenance, et quand vous le souhaitez. ». Loin de moi l’idée de la presser, le brusquer ou de lui mettre le couteau sous la gorge. Pour être franc, je n’ai qu’une seule envie : qu’elle me supplie de ne pas avoir à faire ça, et que je l’emmène loin d’ici. Très loin d’ici. Quelque part où elle se sentira bien. Où elle sera heureuse, en sécurité et entourée des gens qu’elle aime. Je recule d’un pas afin qu’elle ne se sente pas oppresser par ma présence. Son espace vital. De l’air. Elle en a plus que jamais besoin en ce moment. Je joins les mains et incline légèrement la tête. De temps à autres, je lève les yeux dans sa direction. Dans mon for intérieur, je prie. Pour que l’homme étendu en face d’elle, ne soit pas celui qu’elle affectionne tant. Oui, je prie. Pour que les larmes ne viennent plus souiller ses yeux, qui n’ont que trop pleurés.

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Kim Sun Hi
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Sam 16 Juin - 19:55

C'était l'Enfer... Oui, elle avait grandement l'impression que l'Enfer avait fait place sur terre en ce moment. Pourtant, rien n'avait vraiment changer. Le soleil continuait de se lever et de se coucher. La terre n'avait pas cessé de tourner. Les gens continuaient de se lever pour aller travailler et gagner de l'argent... Le monde était exactement le même qu'avant. Pourtant, aux yeux de la jeune femme, en ce moment même, elle était en Enfer. Depuis ce fameux coup de téléphone et cette horrible demande, sa vie venait de s'écrouler. On venait de lui faire que son ami, son meilleur ami... qui n'était autre que l'homme dont elle était amoureuse était peut-être mort. Comment est-ce qu'on est censé gérer ça ?  Pire encore quand on vous demande de venir pour l'identifier. Pour l'instant, elle ignorait tout de l'histoire. Qu'est-ce qui a bien pu arriver à Lu... non à cette personne ? Un accident ? Un meurtre ? Une maladie ? Un suicide ? C'était le flou total, elle ne pouvait pas savoir et ça la rongeait. Pour qu'elle mystérieuse raison son précieux ami serait-il à présent hors de ce monde ? Sincèrement, elle n'en voyait aucune raison et ça la torturait. Cette histoire au complet la mettait très mal à l'aise. Son corps, elle avait l'impression que ses intestins s'entortillaient encore et encore jusqu'à faire des nœuds. La pauvre se sentait si mal, mais elle n'avait pas le choix. C'était le seul moyen d'en avoir le cœur net et d'être sûre qu'il allait bien.

Accompagné par le Docteur Rim, elle entra dans cette pièce bien plus froide que le couloir. Malgré le pull qui lui avait mit sur les épaules, elle pouvait sentir clairement que la température était différente. Étant mal voyante, sa sensibilité et bien plus forte que les autres. Devant ce qui devait être une sorte de table en métal, elle attendait. Elle ne savait pas trop quoi faire, si elle devait "toucher" ce corps maintenant ou pas. Le médecin lui indiqua qu'elle pouvait le faire quand elle voulait et surtout il n'avait pas l'intention de la forcer. Il recula, sûrement pour lui laisser un moment et de l'espace. Derrière ses lunettes noires, elle ferma les yeux, se demandant ou elle allait pouvoir trouver le courage pour faire ça. Sa main droite glissa sur la table froide jusqu'à heurter quelque chose, elle supposa que c'était le corps de l'inconnu. A ce moment là, elle s'arrête, elle ne bougea plus, c'était comme un choc et surtout c'était réel à présent. Sur cette table, dans cette pièce froide se trouvait bien le cadavre de quelqu'un. Jusqu'à aujourd'hui, elle n'a jamais touché un mort et elle aurait préféré ne jamais avoir à le faire. Sa main venait de rencontrer une épaule, c'est ce qui lui semblait le plus probable. Tremblante, sa main continua son chemin quelques secondes après, longeant cette épaule pour rencontre le cou qui la mènera bien plus facile à son visage. Là encore, elle se stoppa, le doute s'empara d'elle. Est-ce qu'elle aura la force de le faire ? Et si s'était vraiment lui, allongé sur cette table ? L'idée la terrorisa pendant de longues secondes qui semblaient être une éternité. Afin de trouver le courage, elle prit une profonde inspiration et fit glisser ses doigts sur le menton glacial du corps inerte. Avec une attention particulière, les yeux toujours fermés pour en distinguer plus précisément les formes, elle caressa ses joues, son front, ses sourcils et s'attarda sur la courbe de son nez. Sa deuxième main vint se joindre à la première pour explorer les traits de l'individu sans vie. Petit à petit, les courbes et contours se dessinaient dans sa tête et celles-ci correspondaient à quatre vingt dix neuf pour cent à ceux de Lucas. Son corps ressentit un énorme choc, non, elle refusait de croire que c'était lui, elle s'était sûrement trompée ! Mais elle savait que c'était vrai, elle ne pouvait pas oublier un visage qu'elle avait touché, c'était impossible. Tout correspondait, ses doigts ne lui mentaient pas. Ses mains se mirent à trembler dangereusement au fur et a mesure qu'elle les éloigna du défunt. C'était lui ! C'était bien Lucas, allongé sur cette table, ayant perdu son dernier souffle de vie.

La jeune femme recula d'un pas légèrement chancelant. De sa vie, c'est l'une des choses le plus terrible qui lui arrive après son accident quand elle était jeune. Son estomac la fit se sentir mal, une nausée violente semblant l'envahir. Échappant sa canne et prit la fuite vers la porte de là ou elle était venue. Elle se prit quelque chose contre sa hanche, elle ne savait pas quoi et ça lui importait peu, la douleur c'est à peine si elle la sentait en ce moment. Arrivée à la porte, elle la poussa et continua jusqu'au mur se trouvant juste en face qui la stoppa. Ses jambes cessèrent de la porter et elle s'effondra au sol, ses genoux heurtant avec violence le carrelage. Sa respiration était coupée, elle avait l'impression de suffoquer. Elle finit par pouvoir respirer de nouveau et là des sanglots vinrent la secouer de tout part. La vérité était finalement révélée. Tout ça été vrai. Lucas est mort. Cette simple idée était en train de l’abattre, elle aurait voulu hurler mais sa voix ne sortie pas le moindre son, elle ne pouvait que pleurer, à genou sur le sol, son corps face à ce mur qui ne lui était d'aucun secours, hélas.
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Rim Ku Hwan
Âge : 29
Occupation : Médecin Légiste & Auteur de Thrillers Erotico-Policiers à succès.
Quartier : Haeundae
Situation : Marié à son travail, et donc célibataire.
Don : Contact Curatif
Niveau : 4
Multicompte : Ong Ki O
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Dim 17 Juin - 1:02


"I just can be sorry"


FORGIVE ME. I DIDN'T WANT TO HURT YOU.


Gaieté est loin d’être le terme qui correspond le mieux, pour décrire mon travail. Bien au contraire. Si on fait les comptes, je pense que cela n’étonnera personne si à l’arrivée, le nombre de côtés pénibles, l’emporte largement sur celui des facettes plaisantes et agréables. Deux qualificatifs que de toute manière, aucun être humain sain d’esprit n’associerait d’emblée avec la profession que j’exerce. D’ailleurs, pourquoi est-ce que je persiste à réaliser cette activité, si les occasions de se réjouir et s’épanouir ne sont pas légion, me direz vous. Eh bien, comme je le dis souvent, les médecins légistes c’est comme les éboueurs : personne ne veut l’être, mais il en faut néanmoins. Ca, c’est la raison basique je dirais. La raison principale est beaucoup plus personnelle. Je suis quelqu’un qui a une sainte horreur des questions sans réponse. Depuis que je suis tout petit, les points d’interrogation me révulsent et m’horripilent. J’irai même jusqu’à dire que cela m’angoisse et me tétanise. Analyser, décrypter, comprendre. Des choses que je réalise en permanence au quotidien. Partout, pour tout et constamment. Seconde nature ? Toc ? Obsession ? Chacun se fera son opinion. S’il y a bien une chose avec laquelle je n’admets pas les zones d’ombres et de flottements, c’est incontestablement la mort. Je ne conçois pas qu’un fait aussi … aussi intolérable, aussi cruel et injuste, puisse être sujet à de l’incertitude et de l’approximation dans ses causes.

A plus forte raison encore, lorsque c’est un être cher qui disparaît. Quand on perd un parent, un frère ou un conjoint, la première chose que l’on souhaite savoir, une fois le choc de la nouvelle encaissé, c’est « pourquoi ? ». Ou plutôt, « de quoi est-il mort ? ». C’est quelque chose d’humain. Sans pour autant être avide de détails, on a besoin de savoir. Tout comme l’on a besoin d’avoir la dépouille du défunt, pour entamer son processus de deuil. J’imagine que connaître les causes nous aide à resituer les conditions, dans lesquelles une personne s’en est allée. On peut ainsi se faire une idée, de ce à quoi ressemblait ses derniers instants. Est-ce qu’il a souffert ? Est-ce qu’il a longuement agonisé ? Est-ce qu’il s’est vu partir ? Est-ce qu’il a lutté et a tenté de se raccrocher à la vie ? Savoir. Se rapprocher une ultime fois de cet individu. Comme si compatir et endurer à notre tour, pouvaient permettre de le ramener à nous. Accompagner quelqu’un procéder à l’authentification d’un corps, ou avoir à annoncer le décès d’un défunt à ses proches. Le parfait exemple de la dimension pénible faisant partie de mon travail. Pénible, mais néanmoins nécessaire et indispensable. Ces situations, je suis malheureusement amené à les vivre tout les jours. Chaque fois, cela m’est toujours plus douloureux et difficile. Les cris poignants qui vrillent mes tympans, les pleurs déchirants qui me font l’effet d’un coup de poing dans le ventre … .

Parfois, je me demande si je parviendrais à faire ce job jusqu’à l’âge supposé de la retraite. Je ne sais pas. En tout cas, je ne me vois pas faire ça toute ma vie. Viendra un jour où toutes ces vies qui chavirent et ces yeux mouillés, me seront définitivement insupportables. Un jour où je dirais stop et me tournerais vers autre chose. Ce jour n’est toutefois pas encore arrivé. Pour l’instant, ça va. Mon travail fait encore sens chez moi. Je n’en retire pas de gratification, ni de valorisation particulière, mais il m’apporte une satisfaction personnelle. Celle d’être par moments, la première figure extérieure à l’entourage d’une personne, lui redonnant un peu de baume au cœur. Oui, je préfère de loin l’aspect social et humain de mon activité, plutôt que sa dimension scientifique. La science est quelque chose de figé, immuable et constant. L’Homme est lui animé, d’humeur changeante et doué de sensibilité. C’est en me disant qu’il y a forcément quelqu’un quelque part, qui souhaite savoir ce qui est arrivé à la personne atterrissant sur ma table d’autopsie, que je trouve la force et le courage de faire mon travail. Je le fais pour eux. Pour ceux qui restent. Pour qu’ils aient des réponses, et soient le moins possible dans la tourmente. Si je parviens à retirer chez les vivants que je suis amené à rencontrer une petite couche de tristesse, cela est pour moi la preuve que mon labeur n’a pas été vain. Que je peux être utile. Si ce n’était pas le cas … si mon job ne se résumait qu’à tailler dans la chair au seul nom de la science, je pense qu’il y a déjà bien longtemps que je serais devenu fou ou que j’aurais donné ma démission.

Alors pourquoi ? Pourquoi j’appréhende à ce point cette reconnaissance funèbre, comme si c’était la toute première de ma carrière ? Pourquoi ça m’atteint tant ? Bien plus qu’en temps normal. Bien plus qu’il ne le faudrait. Tête basse et doigts entrelacés, j’égraine le Pai Nasso et tout un chapelet d’autres prières en portugais, que mon papa m’a appris et mettait un point d’honneur de son vivant à me faire réciter. Je ne suis pas quelqu’un de croyant, encore moins de pratiquant, mais que puis-je faire d’autre dans un tel moment ? Le temps passe. Les psaumes se succèdent dans ma tête. Est-ce que ça marche ? Suis-je entendu ? Se pourrait-il contre toute attente, que cet homme ne soit pas Ryu Lucas ? Un souffle d’espoir s’empare soudain de moi. Un espoir teinté d’une part de stress, qui me fait remuer nerveusement et presque sans m’en rendre compte le genou. Une espoir qui croît petit à petit, alors que je fixe le bout de mes chaussures. Ils ne viennent pas. Les cris et les larmes. Le silence s’étend et ils n’éclatent pas. Ce n’est pas lui. Les policiers se sont trompés. Alors que je commençais de plus en plus à me faire à cette idée, Mademoiselle Kim effectue un pas en arrière. Aussitôt, je redresse la tête et la tourne dans sa direction. Elle se tient droite comme un arc, la tête haute et son fin cou tendu. Son teint pale fait vaciller mes espérances. Sa main tremblante tenant le pommeau de sa canne, achève de les enterrer.

Soudain, elle fait brusquement demi-tour et se hâte vers la sortie. En dépit d’un obstacle percuté, elle a admirablement bien, et en un court laps de temps, mémorisé l’aménagement de la pièce. Je fais un pas en avant, et tends une main dans sa direction qui ne fait que caresser le vide, lorsqu’elle heurte un chariot métallique sur lequel se trouve un plateau d’instruments à disséquer qui viennent tout juste d’être stérilisés. Comme si je voulais et tentais pitoyablement de l’aider. Lorsqu’elle quitte la salle d’autopsie, mes mains se joignent en prière et gagnent ma bouche. Paupières closes, je pousse une profonde expiration et lutte pour réfréner une montée de perles lacrymales. Cette fois, le doute n’est plus permis. L’homme sur la table est bien Ryu Lucas. Je me retourne et agrippe les extrémités du linceul sur sa poitrine, afin de le remonter et couvrir son visage. Toutefois, je m’arrête dans mon élan en contemplant le visage paisible du jeune homme. Non. Pas maintenant. Il faut que je lui demande avant. Je repose donc le tissu, cette fois au niveau de la gorge du défunt, puis quitte la pièce. Mademoiselle Kim est dans le couloir. Assise par terre face au mur. Probablement prostrée et en état de choc. La tempe appuyée contre le revêtement peint en blanc, les mains se cramponnant à sa robe sombre et fluide. La respiration saccadée, chevrotante et entrecoupée de minis-apnées. Je frotte mes mains partiellement moites sur mon jean, prends une grande inspiration et m’approche de la jeune femme, afin de réaliser ce qui est sans doute l’une des parties les plus difficiles de mon activité de légiste.

Accroupi à ses côtés, je me risque après quelques instants d’hésitation à poser une main sur son épaule et à l’effleurer doucement, afin de tenter un minimum de la réconforter. Ou à défaut de la calmer. Sur un ton défait et emplit de compassion, je dis alors : « Je suis vraiment désolé Mademoiselle Kim. Si … si vous voulez un peu d’intimité pour être seule avec Lucas, et prendre le temps de lui dire au revoir : sachez que c’est tout à fait possible. ». Faire ses adieux à quelqu’un. Un autre point incontournable dans le processus de deuil. D’autant plus lorsqu’il s’agit d’une mort soudaine et violente comme celle-ci. Cela peut se faire à voix haute, à côté du corps du défunt ou à l’occasion de la mise en bière. Ou en silence, par la prière, n’importe où, n’importe quand. Chacun fait comme bon lui semble. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise méthode. Tout est une question de sensibilité, de feeling et de singularité. Personne ne gère la tristesse et le chagrin de la même façon. Peut-être qu’elle préfère garder le souvenir d’un Lucas heureux, riant et épanoui. Le Lucas qu’elle a connu. Avoir à toucher son visage de glace, criblé par la rigidité cadavérique a dû être une tel choc. En tout cas, c’est une raison qui justifierait totalement qu’elle refuse ma proposition. Toutefois, je préfère tout de même demander. Au cas où par exemple, elle aurait quelque chose à lui dire, qu’elle aurait voulu qu’il sache de son vivant. Même si cela ne nécessite pas forcément, qu’elle soit en présence de son corps. Je retire doucement ma main de l’épaule de Mademoiselle Kim, et lui laisse quelques instants. De longs instants. Pour que le rythme cardiaque redescende et le nœud à la gorge se délace un petit peu. De mon côté, mon petit cœur de légiste scribouillard se sent de plus en plus comprimé. Comme pris en tenaille ou broyé par un étau. Sur un ton toujours aussi avenant, voire lénifiant, j’ajoute en me frottant le coin de l’œil : « Vous ne vous êtes pas faite mal en sortant tout à l'heure au moins ? Désirez-vous un verre d’eau, ou quoi que ce soit d’autre ? ». Dans l’absolu, c’est sans doute tout ce que je peux lui proposer pour l’aider à retrouver un petit peu d’allant et de consistance. Tout ces évènements ont dû considérablement l’épuiser. Oui, ils lui ont probablement ponctionné toute son énergie. Maintenant que les nerfs lâchent, elle doit certainement aspirer à être seule et se reposer. Chérir le souvenir de cet homme qui comptait tant pour elle, et qu’elle aimait de manière à n’en pas douter inconditionnelle.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                          

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I just can be sorry - (ft. Kim Sun Hi)
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