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 Enigma - (ft. Kim Il Kwon)

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Ong Ki O
Âge : 34
Occupation : Ancien nageur de combat dans les forces spéciales de l'armée. | Il cherche dorénavant à comprendre ce qui lui est arrivé, et accessoirement à se venger. | Indic pour la police.
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Situation : Cœur comateux qui s'est récemment réveillé au contact d'un homme.
Don : Bouclier Protecteur
Niveau : 1
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Mer 11 Avr - 20:27


"Enigma"


I'M BROKEN. DON'T BREAK ME WHEN I HIT THE GROUND


« Qui suis-je ? » ; « Que m’est-il arrivé ? » ; « Qu’est-ce que je fais ici ? ». Des questions en apparence toutes bêtes et dont les réponses sonnent comme une évidence. Pour le commun des mortels, peut-être, pour moi … c’est une énigme totale. Un casse-tête sans nul autre pareil, et qui me rend un peu plus fou chaque jour. Il n’existe pas un instant, sans que ces innombrables interrogations ne me quittent. Elles sont là. Elles me hantent et m’obsèdent. En permanence. Comme une marque au fer rouge. Je me lève en m’endors avec elles. Aucun élément de réponse ne me permet de dénouer ce gigantesque sac de nœuds. Au contraire, j’ai même plutôt l’impression qu’il ne fait que croître à mesure que les jours s’égrainent et se meurent. C’est un peu comme si je n’avais que les pièces constituant les contours d’un énorme puzzle. Cela fait un peu plus de deux mois que j’ai repris conscience dans cet hôpital des plus étranges, et pour l’instant je suis toujours au point mort. J’ai du mal à croire que j’ai accepté de mon plein gré, de subir cette opération. Une lobotomie partielle, comme ils disent. Officiellement, on m’a fait sous-entendre que c’était pour éradiquer des petits troubles visuels et auditifs constants, mais j’en doute. Quel homme peut-être assez fou au point d’encourir le risque de devenir un légume, uniquement pour annihiler de simples petits problèmes de vue et d’audition ?

Soit j’étais à l’époque une tête brûlée n’ayant aucune conscience du danger, soit on m’a contraint et forcé à endurer cette procédure. Personnellement, je pencherais plus pour la seconde hypothèse. En tout cas, j’ai le sentiment que les médecins se sont efforcés de me cacher quelque chose et de taire la vérité. J’ignore si je vivais déjà à Busan avant ces multiples déboires, mais j’ai l’impression que personne ici ne s’est risqué à jouer franc jeu et cartes sur table avec moi. Avant tout, ce que je dois découvrir c’est pourquoi on a essayé de me tuer. Savais-je quelque que j’aurais mieux fait d’ignorer ? Des informations relevant du secret défense ou classées top secrètes. Qui est derrière tout cela ? L’État Major taïwanais ? Les Services Secrets coréens ? Y-a-il un lien entre cette opération et la tentative d’assassinat ? Constatant que je n’étais pas devenu un être en état végétatif, on aurait alors décidé d’employer les grands moyens ? Non … je ne crois pas. Cela ... cela ressemblait plus à une sorte de règlement de compte ou d’affaire personnelle. J'ai le le pressentiment que cette acte a longuement été mûri, réfléchi et prémédité. Il n'y avait rien de froid, de distant et d’impersonnel, comme lorsqu'un sniper abat une cible qu'on lui a au préalable désigné. Ce que j’ai toutefois du mal à comprendre, c’est pourquoi le tireur a raté son but. Au vu du matériel qu’a utilisé cette personne, j’ai toute les raisons de croire qu’il s’agit d’un tireur d’élite ou de quelque chose dans le genre.

La finalité n’était pas de me descendre ? Etait-ce une mise en garde ou une sorte d’avertissement ? Bref, comme vous pouvez le constater ce ne sont pas les questions qui manquent. Dommage que les réponses en revanche, ne soient pas légion. Vraiment ? Pas si sûr. Depuis mon réveil, et à raison d’une fois par semaine, il est une heure où je me plais à imaginer que des brides, quand bien même minimes, de réponse s’imposeront à moi. Celle de ma séance hebdomadaire chez mon thérapeute : le Docteur Kim Il Kwon. C’est la condition sine qua none que m’a imposé le Docteur Kuhn à l’hôpital, afin que je puisse en sortir et par la même occasion recouvrer ma liberté. Que je sois suivi à l’extérieur par un spécialiste. Spécialiste qui s’avère n’être autre, qu’un éminent confrère avec lequel elle a fait ses études. Enfin, si j’ai bien tout compris. Au départ, je ne vous cache pas que j’ai fait grise mine et n’était pas spécialement emballé par cette idée. Toutefois, et ayant bien conscience que c’était là le sésame qui me permettrait d’enfin quitter cette chambre d’hôpital aseptisé, j’ai fini par accepter, mais de très très TRÈS mauvaises grâces. Si les premières séances se résumaient à un incroyable silence radio, celles de ces derniers temps sont … plus prolixes je dirais. Evidemment, je suis encore bien loin de me raconter à cœur ouvert. Et ce pour deux raisons. La première, et la plus évidente, c’est qu’il n’y a strictement rien qui vaille la peine qu’on s’épanche et s’appesantisse longuement dessus. La seconde est que ce n’est tout simplement pas dans ma nature.

Néanmoins, de toutes les personnes que je côtoie, le Docteur Kim est sans conteste celui avec lequel je me montre le plus disert. Est-ce que nos échanges me font du bien et m’aide à avancer ? Difficile à dire. Si tel est le cas, alors cela relève probablement du domine de l’inconscient, parce que c’est tellement infime et discret que je ne m’en aperçois même pas ! Voilà … un gros quart d’heure maintenant, que je prends mon mal en patience dans la salle d’attente de son cabinet se situant dans l’aile ouest de l’Hôpital Moonhwa. A en juger par le raffut des sanglots provenant de la pièce adjacente, quelque chose me dit que la personne avec laquelle il s’entretient n’a pas l’air au mieux. Argh ! Ces cris ont l’art et la manière pour faire bourdonner mes tympans et réveiller ma migraine latente. La façon dont est aménagée le petit espace, est un peu à l’image de « son propriétaire », si j’ose dire. Carré, stricte, froide, impersonnelle et qui en impose. On est très loin du tapageur, du bling-bling, du m’as-tu vu et du mauvais goût. C’est chic, racé, distingué presque majestueux. L’air apaisant et relaxant d’une balade de piano, s’échappe de deux enceintes rivées au mur. Des volutes de patchouli se dégagent d’un bâtonnet d’encens, qui se consume dans un réceptacle en bronze à l’effigie d’un Bouddha en prière. L’âcreté de la fragrance m’irrite quelque peu les sinus et me pique la gorge. De quoi veiller au bien-être et calmer les patients les plus tourmentés. Soudain, des bruits de portes m’arrachent au fil de mes pensées. Mon regard vitreux quitte le reflet déformé, se réverbérant dans la grande psyché murale. Presque aussitôt, je me lève et me tiens droit comme un « i ». Tel que l’ancien militaire que j’étais, avait probablement pour habitude de faire jadis devant un haut-gradé. Devant le médecin, j’incline la tête sans cérémonie, mais avec respect et déférence. Puis, d’une voix désespérément morne, je le salue modestement : « Docteur Kim. ». A ce qui paraît, les médecins aiment qu’on les appelle par leur titre. Ca flatte leur ego surdimensionné, dit-on. Hum. Après tout, qu’est-ce que ça me coûte de me plier à la convenance ? Sans compter que depuis mon réveil, « mes activités » ne m’ont pas spécialement aidé à me faire des amis. Autant éviter qu’une énième personne m’ait dans le nez, et que mon nom se retrouve en bonne place sur sa liste noire.                                                                          

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Kim Il Kwon
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Sam 14 Avr - 16:40
Enigma




Sur la table, une dizaine de feuilles éparpillées ainsi que trois gros volumes qui avaient pour sujet un type de psychologie bien précis qu'Il Kwon n'avait jamais pris la peine d'étudier plus que ça auparavant. Un verre de scotch à la main, le médecin était penché sur ses notes et la fiche de son patient. Il se mordait l'intérieur des joues, un tic qu'il avait attrapé au fil des années quand la réflexion devenait trop intense. Il se souvenait avoir dû faire de nombreux bain de bouche à l'époque de ses examens tant l'intérieur de sa cavité buccale avait était ravagé par ses dents. Et ce soir, ça recommençait. Ong Ki O était un mystère, une énigme qu'il voulait percer à jour.

Il se souviendrait toujours de l'odeur du café qu'il buvait, un americano sans sucre, sans lait, sans rien. Il se souviendrait toujours du muffin aux fruits rouges posé sur l'assiette à côté de la tasse fumante et de l'odeur de sucre qui s'en dégageait. Il se souviendrait toujours de la fine feuille entre ses mains qu'il lisait pendant que sa collègue d'étude lui racontait tout ce qu'elle pouvait sur le patient qu'elle voulait lui envoyer. Ong Ki O, un patient amnésique au passé mystérieux. Beaucoup de choses étaient passées dans la tête d'Il Kwon à ce moment. C'était un défi à relever, ça c'était certain. Il comprenait mieux maintenant pourquoi sa consœur avait tenu à le rencontrer dans un lieu plus "chaleureux" que son bureau à l'hôpital. Il comprenait mieux pourquoi elle avait tenu à payer sa pâtisserie et son café.

"Je sais que tu peux le faire Kim. Je le sais parce que je sais que tu es le seul psychologue qui pourrait faire parler un muet. Cet homme a besoin de toi." Voilà les mots que Kuhn avait utilisés pour me convaincre. Elle avait toujours été très douée pour flatter l'égo des personnes à qui elle s'adressait. Combien de délai avait-elle obtenu pour rendre ses thèses qu'elle ne finissait jamais à temps ? Elle était admirable de part sa capacité à magner les mots et c'est précisément pour ça que je la déteste.

Pourtant, Il Kwon avait souri, pris une gorgée brûlante de café et avait accepté de prendre en charge ce patient. Il pensait que ça se passerait comme toujours, il laisserait son don faire le travail mais c'était sans compter sur un tout petit détail qu'il avait totalement mis de côté sans trop s'en rendre compte. Comment contraindre quelqu'un à parler de quelque chose dont il ignore tout ? Il Kwon ne pouvait pas faire parler Ki O sur son passé puisque ce dernier n'avait aucune information là-dessus.

Les premières séances avaient donc été bien calmes. Ses feuilles de note étaient restées bien blanches également. Quelques mots y étaient inscrits mais rien de bien concret. Il avait tout essayé, enfin presque tout. Il restait une chose qui lui revenait en tête encore et encore. La psychologie sous hypnose. Il s'était beaucoup documenté à l'époque avant de totalement abandonner l'apprentissage de cette méthode en se rendant compte que son don lui suffirait sans doute largement jusqu'à la fin de sa carrière. Et pourtant, il s'était replongé dans l'étude de cette pratique d'où la présence de ces trois livres imposants et ouverts sur la table de sa salle à manger. Il avait passé toutes ses nuits tout le peu de temps libre qu'il avait depuis deux semaines entières à l'étude de ces ouvrages et d'un millier d'autres pour être fin prêt pour son rendez-vous du lendemain. Il ferait part de son projet à son patient et tenterait enfin quelque chose de nouveau. Un sourire mauvais au coin des lèvres, il s'approchait de la baie vitrée de son salon pour observer Busan endormi. Il portait son verre à sa bouche et prenait une gorgée d'alcool comme pour fêter seul son nouveau projet.

Il avait peu dormi cette nuit-là Peu et la tête dans un bouquin. Il avait eut énormément de mal à redonner une apparence potable à son visage dans la glace de sa salle de bain mais finalement il y était parvenu. Il s'était rendu à l'hôpital, puis dans son bureau. Cette routine, il pouvait la faire les yeux fermé. Quel ennui. Les patients défilaient encore et encore. La dernière avant Ki O était définitivement pénible. Il lui tendait mouchoir sur mouchoir alors que son autre main soutenait sa tête à deux doigts de crouler sous la fatigue. Elle le mettait terriblement en retard et il n'aimait pas ça. C'est donc avec vingt minutes de retard qu'il accueillait enfin l'ancien militaire.

Son salut et sa posture faisaient toujours sourire Il Kwon. Il aimait ce respect, cette façon d'agir si machinale. C'était le genre d'élément qui le faisait prendre son pied. Il inclinait aussi sa tête devant son patient pour lui rendre ce respect qu'il lui accordait. Ong Ki O. Je vous en prie, entrez. Comme à son habitude, il tendait sa main vers son bureau et laissait l'autre homme y pénétrer en premier. Il l'invitait à prendre place avant d'aller lui-même s'asseoir derrière son bureau. Ses doigts s'entremêlaient alors qu'il portait un regard sérieux sur Ki O. Alors, depuis une semaine, comment allez-vous ? Il avait beaucoup de mal à cacher son impatience. S'il obtenait son accord pour l'hypnose, il serait difficile pour lui de ne pas sauter de joie. Allez, un peu de contenance Il Kwon, tu n'es plus un enfant.
lumos maxima
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Ong Ki O
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Sam 14 Avr - 20:33


"Enigma"


I'M BROKEN. DON'T BREAK ME WHEN I HIT THE GROUND


« Qui suis-je ? ». Un étranger. A plus d’un titre. Un taïwanais qu’on a déraciné, puis greffé en Corée du Sud sur un terreau répondant au nom de Busan. Les quelques rares effets personnels, dont des papiers d’identité, que j’avais sur moi à mon réveil m’ont en tout cas amené à cette conclusion. Toutefois, puis-je m’y fier ? Dois-je prendre ces lambeaux d’informations pour argent comptant ? Qui me dit que c’est réellement moi ? Qui me dit qu’ils ne s’évertuent pas, à ce que je me fabrique de nouveaux souvenirs ? Des souvenirs factices, bien évidemment. Il faudrait que je sois fou pour faire confiance, mais … ai-je pour autant besoin d’être méfiant et suspicieux vis-à-vis de tout et tout le monde ? Plus qu’un besoin, c’est une nécessité. Reconnaissez qu’il y a tout de même de quoi être dubitatif et sceptique. Ong Ki O. Pas la peine d’être un grand sinophone, pour constater que les embruns de ce nom exhalent plus du Pays du Matin Calme, que de la Terre du Milieu. Ou devrais-je dire, de « la Belle île », puisque c’est ainsi que les conquistadors portugais surnommèrent Taïwan jadis : Formosa. Suis-je … un « sang mêlé » ? Un détenteur d’une double nationalité ? Possible, allez-savoir. Etranger à moi-même, mais également au monde qui m’entoure. Quand j’observe les gens que je côtoie, et à plus forte raison ceux de ma génération, j’ai l’impression d’être en décalage permanent et de venir d’un autre temps. D’une époque révolue.

Mon comportement, mon phrasé et mon attitude s’apparentent à des espèces de vestiges. Des us et coutumes qui régissaient des civilisations nous ayant précédé des siècles auparavant. Suis-je issu d’une famille aisée et privilégiée ? Une famille de notables ? Après tout, pourquoi pas ? Ces aspects vieux jeu pourraient très bien être les restes tenaces d’une « bonne éducation ». Je ne saurais trop comment l’expliquer mais … . Ce petit côté, nonchalant, flegmatique et dandy n’est pas pour me déplaire. Pour être franc, jouer les Lords anglais pourrait bien être la seule et unique chose que j’apprécie. Peut-être même que j’en joue et qu’inconsciemment, cela me plaît et m’amuse ? En tout cas, j’arrive à faire illusion, puisque plusieurs personnes que j’ai rencontré étaient convaincues que j’étais originaire d’un pays ayant été sous pavillon britannique. Comme Singapour ou Hong-Kong. Hum. Eh bien navré de vous décevoir, mais sauf erreur de ma part, il n’en est rien. Cette attitude un peu sévère, raide et rigide, on la retrouve également plus ou moins chez le Docteur Kim. Son physique et son abord assez froid, lui donnent des faux airs cruels et pernicieux qui doivent sans doute oppresser pas mal de gens. Néanmoins, il ne faut absolument pas y accorder de l’importance, puisqu’au demeurant, c’est un homme tout à fait courtois, affable et avenant. Les apparences sont trompeuses, je ne le sais que trop bien.

Mon allure de colosse et d’ours mal-léché me dessert bien souvent. Pourtant, je sais très bien me tenir en société, ainsi qu’être respectueux et poli envers les gens qui se montrent sympathiques avec moi et qui ne me veulent pas de mal. Si l’on dit de certaines personnes qu’elles sont le feu sous la glace … en ce qui me concerne, cela serait plutôt la glace sous la glace. Quoiqu’il en soit, j’essaye de faire attention et de calquer mon comportement sur celui de mes semblables, afin de pas être en marge du reste de la société. Enfin, encore plus en marge que je ne le suis déjà. Après m’avoir salué avec tout autant d’égard et de civilité, le psychologue m’invite à entrer dans son cabinet. Mon regard éteint suit le mouvement de son long et puissant bras, dont la main désigne l’intérieur de la pièce. Pour toute réponse, et en guise d’approbation à sa requête, je me contente de hocher positivement la tête dans un battement de cils, puis franchis le seuil de la porte. Un « Merci. » vide et relevant de l’automatisme, se faufile entre mes lèvres. A l’image du médecin, son lieu de travail revêt un caractère noble, resplendissant et en même temps solennel. Différents styles se mélangent et s’entremêlent dans une parfaite symbiose, donnant ainsi au lieu une singularité et une certaine unicité. Une petite touche moderne. Un soupçon d’urbain. Un nuage de classique. Un zeste de vintage. Une note de bohème. Une poussière d’ethnique. Une once d’exotisme. Un brin de pop.

Une chef d’œuvre de diversité aménagé de telle façon, qu’il y règne une harmonie sans nulle autre pareille. Chaque item est du meilleur goût et semble avoir été choisi avec grand soin, et dans un incroyable souci de perfection. Un imposant bureau en bois laquais sombre finement sculpté. Probablement du chêne ou de l’ébène. Des casiers métalliques dans les tons anthracites et plus modernes, recelant sans doute les dossiers des différents patients que suit le Docteur. Un divan beige aux lignes douces, épurées. Moelleux et confortable, à n’en pas douter. Des étagères ornées de divers bibelots et objets de curiosité. Une vaste bibliothèque séculaire sur laquelle sont entreposés plusieurs épais ouvrages. Une table basse design où se trouvent un vase dans le style Ming, et une orchidée aux fleurs couleur pêche. Un large tableau trônant telle une gigantesque fresque sur la quasi totalité d’un pan de mur. J’ai … j’ai la sensation d’avoir déjà vu cela. Un Kundelich ? Mes amandes de jais quittent la toile, lorsque le Docteur Kim me montre un fauteuil cabriolet se trouvant devant son bureau, et dans lequel il m’invite à siéger. Chose que je fais avec obéissance, pour ne pas dire docilité. Je suis là. Assis sur le cuir tanné. Le corps probablement trop doit. Les avant-bras reposant sur mes cuisses faisant office d’accoudoirs. Les mains pendantes dans le vide. Un masque de cire à la place du visage. Les mains jointes et les avant-bras posés sur son bureau, le Docteur Kim m’observe de son regard perçant pendant quelques instants.

Puis, il brise finalement le silence en s’enquérant de savoir comment je vais, depuis notre dernière séance sept jours auparavant. Une fugace illusion de sourire passe sur mon visage, lorsque je lui réponds par un laconique : « Très bien. ». Presque aussitôt, le visage du psychologue se pare de suspicion. Ses sourcils se froncent très légèrement, et ses narines frémissent d’une manière infime. D’ordinaire, je ne suis pas un mauvais menteur, mais en présence de cet homme j’ai le sentiment d’être incapable de me complaire dans le mensonge. C’est comme si ses deux orbes d’hématites pouvaient sonder les tréfonds de mon âme. Quand je lui dissimule la vérité, j’ai l’air d’un gamin qui se serait fait surprendre par son père entrain de d’engloutir des cuillères de Nutella, et qui se justifierait par un énorme et grossier bobard. Est-ce … est-ce à cela que ressemble la gêne ? Toujours est-il que je ne peux soutenir son regard plus longtemps. Mes yeux se détournent vers un coupe-papier situé à la gauche du psychologue. Il a l’air d’être d’une excellente facture, et les reflets irisés du manche laisse à penser que ce dernier est probablement en nacre. Pourquoi suis-je incapable de lui cacher quoi que ce soit ? Je suis fatigué de devoir sans arrêt feindre et dissimiler la vérité. J’ai besoin de quelqu’un … quelqu’un en qui je peux avoir confiance, et en présence de qui je peux être moi-même. Est-ce que le Docteur Kim peut être cette personne ? Je l’ignore. Néanmoins, j’ai envie de croire qu’il peut l’être. Je décide de nuancer mes dires, et de révéler ce que j’ai dans un premier temps tenté d’omettre. J’incline légèrement la tête sur le côté et hausse les épaules, avant de reporter mon attention sur l’homme de l’autre côté du bureau, pour finalement ajouter sur un ton placide : « Exceptées quelques insomnies de temps à autre : rien à signaler. ». C’est sans doute la seule chose qui mérite d’être soulignée. Hormis cela, je ne vois pas ce qui sort de l’ordinaire. J’ai bien une vague idée quant au pourquoi du comment de ces troubles du sommeil mais … non, c’est absurde. Dois-je le lui dire ? Il va probablement me poser la question. Attendons. En tout cas cette fois-ci, je ne tenterais pas de le lui dissimuler la vérité. J’ai retenu la leçon et ne tiens pas à ressentir de nouveau cette curieuse impression, lorsqu’il m’a dévisagé pour juger si je disais vrai. C’était … étrange. Etrange et déplaisant. Comme si un serpent entortillait son longiligne corps glacé autour de ma colonne vertébrale.                                                                                                        

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Kim Il Kwon
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Ven 1 Juin - 12:53
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Un menteur. Voilà ce que serait un homme qui jurerais jusqu'à la mort de ne jamais avoir eu le moindre trouble sur son identité. Qui, sur cette terre, ne s'est jamais questionné sur la raison de son existence dans l'espace et le temps ? Qui, sur cette terre, ne s'était jamais remis en question une seule fois quant à la tâche qu'il avait à accomplir ici bas ? Sûrement personne. Ong Ki O baignait dans une toute autre situation bien plus complexe et troublante. Il ne savait rien de son passé, strictement rien. Comment construire un présent solide lorsque l'on est une coquille vide qui évolue dans un monde dont on ignore tout ? Là était le défi de Kim Il Kwon. Comprendre si son expérience passée, sans doute bien enfouie au fond de lui, hors d'atteinte pour sa mémoire, pouvait encore avoir un impact même inconscient sur sa façon de vivre aujourd'hui. "Tu pourrais faire parler un muet", c'était les mots qu'avait utilisés sa consœur pour le convaincre de prendre en charge ce patient et son dossier. Son ego avait été grandement flatté et une pensée furtive était restée gravée quelque par dans sa conscience dérangée ; S'il pouvait faire parler un muet, pourquoi ne pas faire retrouver ses souvenirs à un amnésique ? Il avait conscience des dangers et de la complexité de l'hypnose mais tous ces risques n'étaient que secondaires pour lui. Sans le savoir, Kuhn avait jeté son patient dans la gueule du loup.

Toutes ces questions pouvaient déjà trouver certaines réponses dans le comportement du patient. Il avait un maintien droit et fier, celui d'un soldat. Même si son cerveau était incapable de reconstituer les images de ses précédentes batailles, son corps lui connaissait par cœur les gestes à faire et la posture à adopter. Personne ne pouvait le nier, Ong Ki O devait autrefois être un homme d'une grande prestance sans doute et ça plaisait beaucoup au psychologue qui avait pour habitude de côtoyer des jeunes malpolis qui n'avait en leurs sens rien à faire dans le cabinet d'un escroc. Ils avaient certes quelques troubles du comportement tout à fait normaux à leurs âges, les clients vraiment intéressants, Il Kwon en avait peu et celui-ci entrait facilement dans le top cinq. Beaucoup de choses pouvaient survenir suite à l'hypnose s'il l'acceptait et Il Kwon comptait bien l'exploiter jusqu'à la dernière goutte. L'homme en face de lui était une mine d'or vierge et encore inexplorée. Khun avait déjà fourni un travail impressionnant au vu des moyens qu'elle avait mais c'était loin, très loin d'être suffisant. Elle n'avait fait que gratter légèrement la surface alors qu'Il Kwon comptait réellement plonger au plus profond de son patient. Non pas pour l'aider à se souvenir et retrouver une identité, absolument pas. Les projets du psychologue étaient bien moins rose que ça.

Tout le corps du médecin tremble lorsque l'ancien militaire entre dans son bureau. Sa démarche, son regard, sa posture, son timbre de voix, tout ce vide le rendent complètement dingue. Il doit se retenir pour ne pas défaillir et se jeter immédiatement sur lui pour commencer à trifouiller son inconscient. Un peu de contenance, se dit-il, nous arrivons au but. Patience. Il prend place sur son siège, observe d'un œil gourmand l'homme en face de lui. Commence une lutte intérieure avec son impatience. Un fin sourire trône sur ses lèvres, certains pourraient penser qu'il est amical mais il n'en est rien. Ce sourire traduit sa satisfaction à l'idée de commencer un nouveau projet. Il sort le dossier d'Ong Ki O sur lequel il a gribouillé deux ou trois choses et jubile déjà en imaginant à quel point la feuille va être remplie quand il en aura fini avec lui et son pauvre cerveau. Cependant il y avait tout de même deux éléments en suspend, tout d'abord, Ki O pouvait refuser l'hypnose. Sa conscience de soldat pouvait l'empêcher de vouloir se livrer ainsi sans pouvoir se contrôler. Ensuite, il pouvait ne pas être réceptif à cette pratique ce qui plongerait le psychologue dans une frustration éternelle sans doute. Mais l'excitation était trop grande pour penser à ça.

Il se permit de prendre un temps sans doute un peu trop long pour observer la position assise de son patient. Ce maintient si droit se retrouvait même dans cette situation, c'était ce qu'il avait vu de plus impressionnant jusqu'à aujourd'hui. Une machine, voilà ce qu'il avait en face de lui et ce n'était pas pour lui déplaire bien au contraire. Il avait également remarqué qu'avant de s'asseoir, l'homme-ours avait, pendant quelques secondes, observé la pièce et plus attentivement encore le tableau accroché au mur. Il Kwon faisait autant attention à son aspect physique qu'à celui de son bureau. C'était important que chacun puisse s'accrocher à un élément qui lui plaît ce qui expliquait la diversité des styles qu'il avait choisis. Son sourire devenait un peu plus large tandis qu'il se mettait à pointer l'œuvre d'art du doigt. Vous aimez?, demanda-t-il à son patient. Il voulait le mettre à l'aise et surtout donner l'illusion de s'intéresser à ses goûts. L'identité d'une personne passait aussi par là, par le fait d'aimer ou de détester quelque chose. Le fait que son attention ait été retenue par le tableau voulait sûrement dire quelque chose.

Une fois cette parenthèse passée, Il Kwon s'embarquait sur quelque chose de plus simple. Il lui demandait comment ça allait depuis sa dernière visite qui remontait plus précisément à une semaine. Sa réponse ne convient évidemment pas au psychologue dont le sourire disparaît progressivement.

Très bien ? Est-ce qu'il me prend pour une bille ? On ne peut pas aller "très bien" lorsqu'on ne sait pas d'où l'on vient ni où on va. On ne peut pas aller "très bien" lorsque notre conscience est torturée par un tel vide enfin.

Le psychologue soutenait le regard de son patient alors qu'une de ses mains venaient se glisser sur son menton dénonçant sa perplexité face à ce mensonge rapidement percé à jour grâce au langage corporelle de l'ancien soldat une fois de plus. Il fallait bien avouer que le "petit truc en plus" d'Il Kwon y était sans doute pour quelque chose aussi. Il laissait s'exprimer ce don principalement par l'intimidation dans ce genre de situation et ça semblait plutôt bien fonctionner. Mettre l'individu face à la gêne liée au mensonge était ce qui fonctionnait le mieux. Souvent les gens finissaient simplement par penser que c'était l'expérience qui faisait d'Il Kwon un détecteur de mensonge vivant, il y avait sûrement un peu de vrai là-dedans mais aussi beaucoup de faux. Trouver une explication rationnelle où il n'y en avait pas, une belle capacité de l'Homme qui l'avait sauvé à maintes reprises. D'ailleurs, le discours de l'homme se met à changer. Des insomnies, rien de bien étonnant. Il Kwon note néanmoins ceci sur la feuille dédiée à son patient le plus intéressant. Il approuvait le comportement de Ki O d'un petit signe de tête accentué par un sourire l'air de dire "c'est bien, continu à me donner ce que je veux". Cette situation était comparable à celle d'un adulte récompensant un enfant d'avoir dit la vérité juste avant de le punir sévèrement pour la bêtise faite. Pensez-vous connaître l'origine de ces insomnies ? L’auto-diagnostique. C'était aussi une technique qu'Il Kwon utilisait souvent tout d'abord pour donner à la personne en face de lui l'impression qu'il croit suffisamment en lui pour lui donner la chance de briller quelque secondes. Mais dans un cas comme celui de Ki O, c'était plus pour juger du degré de conscience qu'il pouvait avoir de lui-même.
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Ong Ki O
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Ven 1 Juin - 20:02


"Enigma"


I'M BROKEN. DON'T BREAK ME WHEN I HIT THE GROUND


Pourquoi les gens mentent-ils ? Que peuvent-ils bien avoir de si horrible à cacher, pour se complaire dans les fabulations ? La vérité dans son nu le plus blême est-elle à ce point honteuse, inaudible et insupportable ? Est-ce … est-ce un mécanisme qu’ils mettent en place pour se défendre ? Ou cherchent-ils à protéger un être cher, pour qui le mieux est de rester dans l’ignorance ? Le mensonge : acte purement égoïste, ou tentative désespérée pour sauver la face et la vision qu’autrui se fait de nous ? Vaste question. En tout cas, et au vu de l’insignifiance de leurs problèmes, je doute qu’avoir recours à des boniments les aidera en quoi que ce soit. Cette arme semble à mon humble avis un tantinet disproportionnée. Certes, elle peut s’attaquer directement à la racine du mal, mais il y a également un risque non négligeable de détruire tout ce qui l’entoure. Y compris ce que l’on chérit et affectionne. Trop radicale en somme. En revanche, pour les personnes aux abois, perdues, sans pouvoir, ni relation haut-placé ou moyen de pression … je peux concevoir que cela s’impose comme une nécessité salvatrice. Nous autres êtres traqués, pistés ou pauvres âmes à qui l’on a tout arraché, en sommes très coutumiers. Est-ce que je mens ? Oh que oui, et même plus que de raison. Vous venez d’ailleurs d’en avoir la preuve par trois. Pourquoi je mens ? De toute évidence, pour me prémunir du danger.

Ce danger abyssal que rien n’enraille, et que ma paranoïa ne fait qu’alimenter. Vous n’avez pas idée à quel point, être constamment sur le qui-vive et à l’affût de la moindre menace est éreintant. Tant sur le plan physique que psychique. Chez moi, il n’est absolument pas question de pieux mensonge. La visée de cet acte est totalement autocentrée. A tel point que c’est pour ainsi dire devenu aujourd’hui une seconde nature. Une seconde nature doublée d’une question de survie. Si j’ignore à peu près tout de ce qu’était ma vie « d’avant », celle que je mène dorénavant n’est rien autre qu’une vaste machination. De la poudre aux yeux. Du cache misère. Un camouflet. Une mascarade dont je suis las d’être l’acteur. Un simulacre qui m’étiole et me tue à petit feu. Pourquoi … pourquoi je lui fais ça ? Pourquoi je lui mens ? Lui qui est le seul qui puisse m’aider, à remettre la main sur le premier tome de mon histoire. Je suis grotesque. Pitoyable, même. Le Docteur Kim me tend la main, met tout en œuvre pour m’épauler, et voila comment je lui en sais gré. En l’entravant dans l’exercice de ses fonctions, avec d’affreux mensonges qui lui font perdre son temps. C’est simple, la seule fois où j’ai été honnête et sincère avec lui aujourd’hui, c’est lorsque je l’ai salué et lui ai venté la beauté de son Kundelich. Il … il mérite bien mieux que cela. C’est déjà bien aimable à lui, de prendre en charge mon cas des plus banals.

Un amnésie rétrograde. Je suppose qu’il doit sûrement y avoir des troubles et des pathologies, nettement plus plaisantes à diagnostiquer et traiter, pour un thérapeute émérite et de renom tel que le Docteur Kim. Il est vrai que la réputation de l’homme au visage anguleux et au physique sculptural qui se trouve devant moi le précède. En plus d’être un éminent psychologue reconnu par ses pairs et l’ensemble de sa profession, c’est également un brillant auteur d’ouvrages à succès. Difficile aujourd’hui de passer à côté de son dernier livre, traitant des différents phénomènes d’addictions et des névroses qu’ils engendrent chez les individus. Dans les vitrines de toutes les librairies de la ville, on voit trôner le fruit des recherches du médecin. Ces derniers temps, il n’est pas rare de le voir invité aux journaux télévisés ou sur le plateau d’émissions diverses et variées, pour assurer la promotion de son livre. Bien des hommes auraient pu être grisés par un tel engouement. Pour lui, il n’en est rien. Malgré cette notoriété, il reste humble et continue d’aider sa patientèle en donnant consultation. Ce qui est tout à son honneur. Enfin, je crois. Alors … la moindre des choses que je puisse faire, c’est lui prouver que je suis un minimum digne de lui. Pour cela, il n’y a pas trente-six solutions. Lui dire la vérité afin qu’il puisse travailler dans les meilleures dispositions, me semble être la chose la plus indiquée.

Je crois que … qu’il est temps que j’arrive à me convaincre que c’est un précieux allié, et non un farouche antagoniste. A défaut de totalement y parvenir dans l’immédiat, je m’efforce d’agir entant que tel en lui faisant part d’une petite contrariété, qui a tendance à persister. Sitôt ai-je mentionné la présence de récentes insomnies, que des étincelles d’intérêt jaillissent et scintillent dans son regard de tourmaline. Sa voix grave et chaude s’enquiert de savoir, si j’ai par hasard une quelconque idée quant à l’origine de ces troubles du sommeil. Oui … je crois bien. Je feins de prendre quelques secondes de réflexions en passant les doigts sur ma clavicule. Mon regard se perd et atterrit sur le menton du psychologue. Le dos de son index ainsi que de son majeur en dessinent les pourtours. Mes yeux naviguent et dérivent pour finalement se raccrocher à sa bouche charnue. Un bonbon de guimauve qui se drape d’une moue pensive. Lorsque je retrouve son regard scrutateur, je lui rétorque sur un ton monocorde et dans un coréen hésitant, agrémenté d’un accent mandarin prononcé : « Eh bien, je … je pense que le fait que le service de … de neurochirurgie de d’hôpital se refuse catégoriquement à me … me communiquer mon dossier médical, doit probablement me contrarier. ». Chose qui est on ne peut plus vrai. Je peux difficilement nier que tout le mystère qui plane sur cette opération, me taraude et accapare mes pensées.

Sans compter que les raisons avancées pour justifier ce refus, sont à mon sens infondées et ne tiennent absolument pas debout. Tout les médecins s’accordent à dire, que cette lobotomie était l’unique moyen pour palier des troubles visuels et auditifs, qui grandissaient de façon crescendo. Soit, je veux bien mais dans ce cas … s’il n’y a rien d’extraordinaire, pourquoi me refuser l’accès à mon dossier ? Non. On me cache quelque chose, c’est évidant. Quelque chose de bien plus obscur et louche. Je me demande si des informations que j’ignore, se trouvent dans le dossier que le Docteur Kuhn à transférer à son confrère … . Au mon avis, ce que l’on a bien voulu remettre au Docteur Kim doit être lacunaire. Avouez que devant autant de zones d’ombre, il y a de quoi en perdre le sommeil. Toutefois, et même si c’est une raison tout à fait plausible, je sens et je sais que ce n’est pas la cause de mes problèmes nocturnes. Je me suis dis qu’il était sans doute préférable d’avancer dans un premier temps, une raison qui de prime abord tienne la route et paraisse sensée. Autant éviter de passer d’entrée de jeu pour un cinglé ou quelqu’un de dérangé. Même si j’imagine que le Docteur Kim, a très certainement dû entendre des choses bien plus ahurissantes et absurdes, que ce que je m’apprête à lui confier. C’est juste que … que ce qu’il peut bien penser de moi m’importe. J’ignore totalement pourquoi.

Tout comme j’ignore pourquoi il est la seule personne, en présence de laquelle j’ai ce souci. Mon attention posée en stand-by sur une lampe de bureau tarabiscotée, se reporte sur le psychologue à l’allure athlétique. Dans un haussement des épaules et en arborant une expression faussement dubitative, je prends l’audace d’interférer dans le règne du silence et expose l’éventualité qui me semble pourtant la plus probable : « Et puis … il y a également ce rêve qui … qui revient presque inlassablement, mais … . ». Je m’interromps dans ma lancée de manière quelque peu abrupte. Tête baissée, je détaille mes mains un peu plus hâlées que la normale. Non … c’est complètement irrationnel. Je ne peux décemment pas lui dire cela. Il va sûrement me prendre pour un déséquilibré, un désaxé ou imaginer qu’il y a en moi une pathologie bien plus sévère et préoccupante qui sommeille. Cependant, je sais que si je continue à lui cacher la vérité, elle va revenir. Cette curieuse sensation. Ce serpent qui love ses anneaux gelés autour de mon épine dorsale. D’ailleurs … j’ai l’impression qu’il commence à se réveiller. Un frisson me saisit soudainement, et court sur toute la surface de mon épiderme. Il faut que je lui dise. Je dois lui dire. Il n’y a rien à craindre. Cet homme s’est toujours montré bienveillant et compréhensif envers moi.

Il n’y pas de raison pour que cela change. J’essaye au mieux de me ragaillardir en appliquant la Méthode Coué. Après avoir incliné sur la gauche et hoché légèrement la tête de manière négative, je relève mes prunelles couleur charbon vers le psychologue, et déclare sur un ton toujours aussi hésitant. La faute bien évidemment à la barrière de la langue. Quoi que … . « Je … je ne suis pas sûr qu’il s’agisse uniquement d’un rêve. Cela peut paraître bête mais … j’ai comme une impression de déjà vu. ». Voilà, c’est dit. Impossible de faire machine arrière. Peut-être que c’est moi qui me fais des idées, et qu’il n’y a absolument rien de symptomatique d’un quelconque signe de démence dans mes propos ? Je me demande bien pourquoi je pense cela ? Sans doute parce que l’idée de faire un parallèle entre un rêve et des faits réels, est quelque chose de totalement saugrenue ? Je l’ignore. Ce qui est sûr, c’est que je me sens subitement libéré d’un poids. Le serpent desserre son étreinte et s’évanouit petit à petit. Bientôt, toute la tension emmagasinée sur mes épaules se volatilise. Mon visage se décrispe tout doucement, et mon dos se déraidit progressivement. La revoilà. Ma posture tant caractéristique. Cette droiture, pour ne pas dire raideur, de bon petit soldat de plomb au garde-à-vous.

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Humani Machina
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Kim Il Kwon
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Mer 22 Aoû - 14:37
Enigma




Une page vierge. Voilà ce qu'était Ong Ki O aux yeux de Kim Il Kwon, son psychologue attitré depuis peu de temps. D'ailleurs, l'arrivée du dossier de l'ancien militaire dans ceux du médecin spécialiste avait entraîné plus d'un chamboulement dans sa vie. Il avait ouvert à nouveau ses vieux livres de psychologie sous hypnose, il avait fait des recherches, s'était creusé encore et encore le cerveau jusqu'à trouver le programme idéal ou plutôt le projet idéal pour ce tout nouveau patient bien particulier qui lui donnerait, certes, du fil à retordre mais également un engouement plus qu'inattendu pour cet individu mystérieux.

Assis bien au fond de son siège en cuir, Il Kwon a les mains croisées et le regard centré sur le Taïwanais. Il le toise et l'observe à l'affût du moindre de ses gestes. Pourquoi ? C'est son métier. Il se doit d'interpréter les paroles des gens en face de lui mais également le langage du corps qui, bien souvent, était bien plus explicite que ce qui sortait de leurs bouche. Il n'était pas toujours aisé de mettre des mots sur des émotions précises tandis que le corps lui avait plus de faciliter à exprimer ce genre de chose. De plus, cet individu le fascinait. Il était la preuve même que l'homme avait potentiellement des données inscrites en lui dès la naissance et jusqu'à sa mort. Malgré l'absence de donnée mentale, son enveloppe charnelle elle continuait de travailler comme le commun des mortels. C'était cette donnée qui avait guidé Il Kwon sur le chemin de l'hypnose. Sous ce genre de thérapie, la conscience est mise de côté et le corps parle. Avec de la chance, Ki O serait réceptif et livrerait des informations sur son passé que le psychologue pourrait utiliser à sa guise. Si tout ce qu'il avait lu s'avérait exact, il pourrait peut-être même implanter certaines petites choses dans le cerveau de son patient. Ce projet le rendait fébrile.

L'ambiance dans le cabinet était cependant un peu pesante d'un coup, très contrastée avec ce qu'Il Kwon ressentait au fond de lui à savoir de l'excitation. Son patient semblait loin de ressentir la même chose. Il semblait préoccupé par quelque chose qui fut rapidement contré par le coréen. Un mensonge qui flottait honteusement dans la pièce et qui le torturait doucement, lui, l'homme droit dont le corps n'était sans doute pas habitué au mensonge. Rapidement, il se contredit et annonce un problème qu'il rencontre en ce moment à savoir, des insomnies. L'euphorie d'Il Kwon après avoir obtenu ce qu'il voulait par un simple regard fut rapidement chassée volontairement par ce dernier. Il fallait qu'il se concentre et reste le plus professionnel possible pour ne pas troubler davantage son patient.

Il fallait qu'il le pousse à en dire plus. Il l'invitait donc à continuer en lui demandant s'il pensait avoir une quelconque idée de pourquoi il souffrait d'insomnies. C'était une manière de lui faire croire qu'Il Kwon privilégiait son discours à ses propres théories. Ils partageaient ainsi le rôle du psychologue cherchant à régler les problèmes d'esprit de l'amnésique. Élever son patient à son rang installait un confort non négligeable entre les deux. Il fallait qu'ils soient proches, très proches pour qu'Il Kwon puisse mener à bien ses sombres projets.

L'explication que fournit Ki O est on ne peut plus plausible. Tout le monde serait tout autant troublé que lui à l'idée que quelqu'un lui refuse l'accès à son passé oublié. Dans son cas, tout semblait contre lui. Aussi bien les médecins qui gardaient désespérément le silence que sa propre conscience qui lui bloquait l'accès à ses souvenirs. "Pourquoi?" Cette question était si vaste et pourtant, dans son cas, elle ne trouvait pas la moindre minuscule bribe de réponse. Il y avait de quoi le garder éveiller en effet.

Ong Ki O. Pourquoi t'obstines-tu à me cacher tout ce que ton pauvre esprit a à me révéler ? Je sais qu'il y a encore quelque chose que tu laisses en suspend et tu sais parfaitement que tu vas finir par te livrer à moi sans même que je n'ai besoin de forcer ton esprit. Ne nous fais pas perdre notre temps, reste le bijou que tu es à mes yeux et ne deviens pas ennuyeux.

Le psychologue semblait toujours réfléchir. Les doigts sur le menton, le regard figé sur son interlocuteur, il attendait la suite avec impatience et finissait même par avancer sa main vers lui comme pour l'inciter à parler un peu plus. Quand il se décide enfin à ouvrir de nouveau la bouche, Il Kwon croit rêver sans mauvais jeu de mot. Ki O lui parle d'un songe qui hante ses nuits. L'interprétation des rêves, de loin la discipline préférée d'un bon nombre de psychologues lui compris. Une étincelle de curiosité nouvelle s'allumait dans ses yeux. Son estomac se tordait légèrement et sa pomme d'Adam sautait dans sa gorge après qu'il ait dégluti toute cette salive qui s'était accumulée dans sa bouche.

Non. Hors de question. Ne baisse pas les yeux Ong Ki O ! Continue, dis-m'en plus, ne vois-tu pas que je m'impatiente ? Regarde moi et parle. Raconte moi ce rêve. Ouvre moi ton esprit.

Il ne semblait plus avoir le choix. Il prenait quelques secondes pour se calmer et faisait appel à ce petit truc si spécial qui déliait les langues de ses patients les plus intéressants qui ne voulaient pas se confier. Un nouveau contact visuel se fait entre les deux. La curiosité enflamme le bas du ventre du psychologue. Le plus dur est de cacher cette excitation grandissante qui tiraillait son corps. Si même Ki O était en proie au langage corporelle, Il Kwon l'était aussi. Malgré toutes ces années à s'entraîner à être un autre, il n'avait jamais réussi à maîtriser complétement chacune de ses actions.

C'était encore mieux que ce qu'il pensait. Un sourire mi-satisfait mi-malsain se taillait sur ses lèvres alors qui posait ses mains sur ses jambes croisées sous son bureau. Les rêves ont toujours été un mystère pour les scientifiques, les neurologues, les psychologues, en bref, pour le monde entier. Certains pensent que ce sont simplement des résumés de nos journées plus ou moins métaphoriques, d'autres pensent comme Freud, que les rêves donnent un accès à l'inconscient et aux troubles enfouies des hommes et d'autres encore partent dans des explications bien plus surnaturelles en disant que les rêves seraient des bribes de souvenirs de nos vies antérieures. Le psychologue marquait une pause pour laisser à son patient le temps d'assimiler toutes ces explications. S'il s'étalait autant c'était aussi pour instaurer un sentiment de partage chez Ki O. Renforcer encore un peu cette sensation d'intimité et de proximité entre eux. Quoi qu'il en soit, le souvenir est souvent au centre des théories sur l'existence des rêves qu'ils soient récents ou lointains. Il prenait quelques notes sur son calepin et s'installait de nouveau dans son fauteuil en passant machinalement sa main dans ses cheveux foncés. Toute cette excitation lui donnait l'impression d'être décoiffé et il aimait être relativement propre sur lui. Qu'est-ce qu'il se passe dans ce rêve ? Le regard plongé dans celui de Ki O, Il Kwon attendait avec impatience sa réponse, l'estomac et la mâchoire serrés. Il y avait de l'électricité dans l'air et ce duo venait de passer une étape supplémentaire.
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Ong Ki O
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Jeu 23 Aoû - 17:52


"Enigma"


I'M BROKEN. DON'T BREAK ME WHEN I HIT THE GROUND


Qu’est-ce que je dois croire ? Où commence l’imaginaire ? Où s’arrête le réel ? Il est des fois, où je peine à dissocier le vrai du faux. De plus en plus souvent, à vrai dire. A terme, il se pourrait bien que la distinction entre ces deux concepts, devienne définitivement impossible. Bien que sans doute pas très rassurante et reluisante, cette éventualité ne doit pas être occultée, et être prise en considération. Un professionnel éclairé et averti comme le Docteur Kim, doit certainement garder cette hypothèse dans un coin de son esprit. Si elle devait arriver, alors cela voudra dire que j’aurai définitivement et irrémédiablement basculé dans la folie. En ce qui me concerne, j’admets avoir la fâcheuse tendance à minimiser l’ampleur de cette alternative. A croire que les probabilités qu’elle se produise, soient nulles ou proches de zéro. Comme si compte tenu de mon physique et de mes aptitudes, je m’estimais naïvement, immunisé et prémuni d’une telle dégénérescence psychique. Est-ce que … cela serait de l’arrogance et de la fierté ? Pêcherais-je par orgueil ? Comme vous. Se pourrait-il qu’en dépit du fait que je sois désormais « incomplet et vide », je demeure quoi qu’il en soit l’un des vôtres ? Cela doit sans doute vous arriver, hein ? De vous dire : « Ah non, impossible ! Une telle chose ne se produira jamais, au grand jamais ! Je suis bien trop ci ou bien trop ça, pour que cela puisse m’arriver. ».

Vous vous êtes déjà fait ce genre de réflexion, pas vrai ? Alors … je vous ressemble, n’est-ce pas ? Même si … si je ne brûle pas des feux de la fatuité qui vous consument parfois, ni ne ressens cette gifle envers mon amour-propre. D’ailleurs, en suis-je encore pourvu ? Ils m’ont pris mon passé, ma faculté à éprouver des émotions. Pourquoi donc se seraient-ils arrêtés en si bon chemin ? Je … tsss, je suis grotesque, n’est-il pas ? Me raccrocher à de telles broutilles et tenter de démonter que je suis un homme comme les autres, sont en soi un aveu ainsi que la preuve que je ne le suis pas. Que je ne le suis plus. Si toutefois je l’eusse été un jour. Heureusement, cette heure de thérapie hebdomadaire avec le Docteur Kim, en plus de m’aider, est là pour me rappeler toutes les différentes issues qui peuvent résulter de mon analyse. Y compris les plus désastreuses, comme par exemple la démence, pour ne citer qu’elle. Oui, cette piqûre de rappel ne peut pas me faire de mal. Porter des œillères, et refuser de voir les choses dans leur ensemble ne servira à rien. Implicitement et sans dire un mot, le psychologue s’échine à me les retirer. Par son attitude et son comportement, il me fait comprendre qu’il n’y a rien de bon que je puisse espérer, en ayant recours au mensonge et au silence. Je crois comprendre qu’en persistant à adopter cette posture défensive, seul le pire est à prévoir. Je … ne veux pas du pire. Du moins, je crois. En tout cas personne ne le souhaite, c’est humain. Il n’y a pas des mille et des cents pour l’éviter.

Jouer le jeu, coopérer, travailler main dans la main avec l’homme aux larges épaules, à la bouche gourmande et aux oreilles un tantinet décollées. Voilà ce que j’ai de mieux à faire. Pour être en partie accepté par la population et … à défaut d’aller bien, aller mieux. Ce n’est pas la fin. Juste le début d’autre chose. Quelque chose d’autre, et de tout aussi inconnu et incertain, que ce qui demeure endormi dans les méandres de mon subconscient. Mais comment faire ? Comment puis-je y parvenir, sans que le Docteur Kim ne me voit comme un taré, tout juste bon pour l’internement et la camisole de force ? Comment lui dire que … que ce qui habille mes songes semble parfois tout aussi, si ce n’est plus, tangible et palpable que la réalité elle-même ? Cette même réalité dont je ne me sens que trop souvent déconnecté, à l’écart, et qui s’apparente justement à un rêve, tant les éléments ainsi que les êtres de chair et de sang la constituant, me paraissent étrangers. Je ne tiens pas particulièrement à voir luire dans le regard de cet homme, en qui je pourrais facilement avoir confiance, ce que je peux lire dans les yeux de l’homme ou la femme de la rue. Cette insistance inquisitrice. Tout ces jugements formulés en silence et à l’emporte-pièce, que me lancent à la figure les fenêtres de leur âme, tels des couteaux de boucher aiguisés. « Tu n’es pas aux normes ; tu n’as rien à faire ici. ». Ce n’est pas là un énième délire, découlant de mon inexorable paranoïa.

Non, croyez-moi cette impression est bel et bien fondée et légitime. Si cela arrive … si je perçois cette étincelle de haine scintiller dans les orbes de cet homme, dont le costume épouse et flatte joliment la carrure … . Si ce jour arrive, alors je serais définitivement seul. Il n’y a que lui, qui se soit donné la peine de s’intéresser à moi. A l’homme. Quand je suis avec lui, je n’ai pas le sentiment d’être un cobaye, une expérimentation ou un numéro de dossier. Il ne m’utilise pas comme un pion, pouvant lui apporter telle ou telle information au sujet de criminels. Ni comme un bouche-trou à sa botte, et dont il disposerait où et quand il le désire, pour réaliser de basses-œuvres illicites. Il est le premier à m’avoir ramené au statut d’Homme. A me traiter comme un égal, et non comme un être inférieur et indigne d’intérêt ou de considération. J’imagine guère me trouver bien haut dans son estime, mais je ne tiens pas pour autant à y chuter. Je ne veux pas que l’opinion qu’il s’est faite de moi devienne mauvaise. Ou plus mauvaise qu’elle ne l’est déjà. Ni voir le reflet dépréciée et rabaissée de mon image, se miroiter dans l’obscurité éclatante de ses iris. J’ignore qui je suis, d’où je viens, où je vais ainsi que ce que veux. Cependant, je sais ce que je ne veux pas : perdre l’infime parcelle d’importance, que je peux avoir aux yeux du Docteur Kim. Pourtant, j’agis comme un parfait idiot voulant la saborder et la réduire à néant. En déblatérant des sornettes, lui faisant perdre son temps, son calme et l’entravant dans son travail.

Je m’excuse, c’est … la force de l’habitude. A tout le temps être aux aguets et sur mes gardes. N-non Docteur, s’il vous plaît, ne m’en voulez pas. Pardonnez-moi, je n’avais pas sciemment l’intention vous mentir. Je tenais seulement à ce que vous me voyez comme un homme « normal ». Pitié je vous en conjure, ne me regardez pas comme tout les autres … . Mon attitude retranscrit parfaitement le fil de mes pensées. On croirait voir un gamin se jetant en larmes aux pieds de son papa, s’agrippant à ses jambes et le suppliant, afin d’échapper à une correction qu’il n’aurait pourtant pas volée. Le regard fuyant, la tête basse et le silence pour seul refuge. Si je savais encore détecter et éprouver la gêne ainsi que la honte, je suis certain que mes joues s’empourpreraient. Il faut que j’arrive à purger ces derniers relents de crainte et de méfiance. Je n’ai que trop abusé de la patience et de la gentillesse du thérapeute. Afin de ne pas perdre la fraction d’égard qu’il me témoigne, je dois le laisser exercer librement en répondant en toute honnêteté et sincérité à ses questions. En prenant garde, bien sûr, aux paroles que j’emploie afin de ne pas passer un dingue mûr pour l’asile. Les mains posées l’une sur l’autre et trônant sur mes genoux, le dos droit comme un étendard levé, mon regard livide trouve la force d’accrocher à nouveau les yeux ténébreux et circonspects du médecin. Cette fois, je cesse de me cacher derrière des faux-semblants ou de l’hypocrisie.

Il n’y a plus que la vérité, et rien que la vérité. Servie avec mes propres mots dans une certaine maladresse. Amenée de manière hachée, et dans un coréen laborieux. Parasité par un effroyable accent mandarin de Taïwan. Une voix dépourvue d’intonation particulière, ou de fluctuation dans son volume. C’est tristement et misérablement la même chose. Froid, presque mécanique et robotique. Sans fantaisie, diversité, ni empreinte vocale d’aucune sorte. Comme si quelqu’un maintenait le bouton du sonnette enfoncé. Les paroles arrivent au compte goutte, avant que je ne me taise. Que je ne m’éteigne tel un automate nécessitant que l’on remonte sa clef, pour qu’il puisse s’animer de nouveau. Une fois encore, mon regard sombre et ma tête s’arc-boute en direction de mes longues et larges mains. Cet homme tente de me donner un cap, de me montrer et m’éclairer la voie. Voyez comment je le remercie. Certes, je lui livre la vérité, mais ce n’est là qu’un infinitésimal et minuscule fragment de la réponse à sa question. Arrête ! Arrête de vouloir garder immergé le plus gros de l’iceberg. Si je ne peux partager cela avec mon psychologue, avec ce confesseur des temps modernes … alors avec qui d’autre puis-je le faire ? Cette attitude, en plus d’être stupide, est totalement contre-productive. C’est comme si je m’aventurais sur un sentier escarpé, et que je rechignais à me servir de la boussole ou de la lampe torche pourtant à ma disposition.

Aussi crédible soit-il, cet argument est loin d’être suffisant. Je ne peux pas laisser les choses en état. Qui plus est, je me trouve tout sauf convaincant. Si je n’arrive même pas à me persuader moi-même de ce que je dis, il est évident que cela ne trompera pas et ne fera pas illusion auprès du Docteur Kim. Même si ce n’est pas un sujet facile à aborder sans prendre le risque de passer pour un illuminé, il faut néanmoins que je lui parle de ce rêve. La main fine et longue de l’homme au visage bien singulier et ne souffrant d’aucun égal, glisse légèrement dans ma direction sur le bois minutieusement sculpté de son bureau. Aussi anodin ce geste puisse-il être, il suffit néanmoins pour me donner le déclic. Un petit coup de pouce. L’inspiration et l’élan qui me manquait, afin que je puisse me jeter à l’eau et partager avec le thérapeute aux airs de dandy du XXIème siècle, ce que je suppose être la véritable cause des mes récents et récurrents troubles du sommeil. Fort d’un petit shoot d’assurance et de confiance, je trouve la force pour relever la tête et retrouver le regard chaleureux et rassurant du psychologue. Bien que les traits de son visage laissent transparaître une certaine austérité et sévérité, ses yeux, bien que sombres, demeurent doux en toute situation. Impatience, agacement et fatigue, n’entament en rien leur onctuosité et leur caractère suave. Leur forme, leur expressivité et leur éloquence, n’ont rien à envier à une sculpture de Degas ou un toile de Renoir. Au contraire, elles arriveraient presque à les rendre ternes, fades et insipides.

La gorge largement tarie, j’avale le peu de salive qui me reste pour me donner un surplus de courage. L’extrémité de mes doigts se rétractent très légèrement sur mes cuisses, faisant ainsi crisser mes ongles ras et courts, sur le tissu gris anthracite de mon jean délavé par endroits. Sans doute la manifestation extérieure, de l’appréhension que je suis théoriquement censé ressentir, à l’idée que mes propos puissent faire de moi un barge, et que le médecin estime que mon cas est du ressort du psychiatre. Médecin envers lequel j’ai, si toutefois il est encore nécessaire de le préciser, une profonde admiration ainsi qu’un grand respect. Je cherche les bons mots. Ceux étant compliqués et difficiles à prononcer pour un non coréen. Ceux qui « font bien ». Probablement pour soigner les apparences, et pitoyablement tenter de prouver que je suis sain d’esprit et équilibré. Le tout en frottant par moments ma barbe naissante de trois jours. Toutefois … il est possible que cela me desserve plus qu’autre chose au final. En effet, j’apprends à l’élancé et très chic analyste l’existence de ce rêve ainsi que la sensation frappante et criante de réalité qu’il me procure, de manière plus déstructurée, saccadée et morcelée que jamais. Les mots sont maltraités, malmenés, écorchés. Entrecoupés par des silences et des soupirs étouffés. Lorsque je me tais, j’ai le sentiment d’avoir échoué. D’avoir perdu la petite flamme de considération, que le Docteur Kim pouvait avoir envers moi.

De n’être désormais pour lui rien d’autre, qu’un grand malade ayant perdu le sens commun. Un être déraisonnant, avec lequel il est impossible d’avoir une conversation cohérente ou sensée. Un de ceux pour qui l’unique remède qui prévaut et qui soit susceptible d’apaiser les tourments, n’est autre qu’un traitement de cheval à grand renfort de puissants neuroleptiques. Finalement, et contre toute attente, un sourire que je suis bien en peine à interpréter, vient bourgeonner sur les lèvres de l’homme à la mâchoire plus saillante et dessinée, que la majeure partie de ses compatriotes. Avec patience et professionnalisme, il m’expose de sa voix grave et chaude les diverses manières dont sont perçues le rêve, dans les différentes strates du corps médical. Je ne suis pas certain de tout suivre et bien comprendre. Les paroles de l’homme aux habits sombres, renforçant son élégance intrinsèque, me paraissent de temps à autres lointaines. Presque effacées. Comme lorsque le Docteur Kuhn m’a révélé la nature de l’opération que l’on avait pratiqué sur moi, ainsi que ses conséquences à l’avenir. Seulement cette fois-ci, mon regard n’est pas perdu dans le vague et le vide. Non, présentement, l’orateur a mon entière attention. L’homme d’une petite trentaine d’années assis en face de moi, détient un charisme, une prestance et une autorité naturelle qui sont tels, que lorsqu’il parle les gens se taisent. Ils se taisent et surtout l’écoutent. Est-ce un fait ou une impression m’étant propre, et due au fait que je sois un ancien militaire, rompu à l’art d’écouter ce l’on me dit et d’obéir ? Allez savoir.

Mes yeux sont incapables de se défaire de ses lèvres idéalement rebondies. Ils sont comme un couple de papillons de nuit, attirés par une flamme autour de laquelle ils tournoieraient et danseraient dangereusement. Ils leur arrivent de temps à autres de remonter vers ces deux diamants noirs, mais c’est toujours et inlassablement sur elle qu’ils se posent. Sur cette bouche attrayante qui se meut gracieusement. Cette même bouche dont les sonorités suaves qui s’en échappent, semblent avoir sur moi de curieuses vertus apaisantes. Littéralement pendu à elle, je m’abreuve des paroles du médecin, me laissant porter et bercer par ce timbre de basse unique. Lorsqu’elle finit par s’immobiliser, la sensation qui secoue les tréfonds de mon être est en tout point comparable à l’atterrissage en catastrophe et chaotique sur la piste, d’un avion qui serait à court de kérosène. Constatant que je me suis malgré moi avachi et affalé sur mon siège, je me redresse et me rigidifie de nouveau tel un arc. Bien que je n’ai pas assimilé chacun de ses mots, je crois cependant avoir saisi l’essentiel des explications du Docteur Kim. Que dois-je dire en réponse à quelque chose d’aussi brillant et éclairé ? Rien, probablement. Oui, cela vaut sans doute mieux. Dans un mouvement somme toute lent, je me contente donc de hocher de bas en haut la tête à une reprise. A l’image d’un docile et discipliné soldat, qui recevrait un ordre lui étant aboyé et qui s’empresserait de l’exécuter.

Le thérapeute au physique très occidental, et qui a de quoi faire pâlir bon nombre d’asiatiques, consigne par écrit quelques notes et observations sur l’une des feuilles d’un dossier. Mes yeux s’agitent et tentent de suivre les ondulations du stylo, dont la mine court sur le papier. Sa danse terminée, je relève alors aussitôt le regard vers le psychologue aux traits d’une harmonieuse complexité. Par correction, savoir-vivre et politesse. Et aussi pour ne pas passer pour quelqu’un d’inconditionnellement suspicieux et méfiant. La nouvelle question que formule l’homme me faisant face, suit et s’inscrit dans l’enchaînement logique de notre discussion. Il veut savoir quelle était la teneur, ainsi que le contenu de ce rêve. Ce qui est normal et totalement justifié. Pour poser un diagnostic et tiré des conclusions, il a besoin d’un maximum de détails. Même ceux qui me paraissent insignifiants. Voilà, nous y sommes. L’heure est venue pour moi de déballer et faire part au professionnel de la santé, ce que je redoutais et appréhendais d’aborder, probablement plus que tout. Pas de mensonge, pas d’omission ou d’euphémisme. C’est fini. Je ne le fuis et ne l’évite plus. Je l’ai promis. La pointe de ma longue vient furtivement darder, humidifier et humecter mes lèvres sèches et gercées. Les images entachant mes nuits et me valant des insomnies, se bousculent dans ma tête. Elles sortent le serpent au filiforme corps gelé de sa torpeur.

Une profonde inspiration pour me donner un élan de courage. Les poings serrés et ruinant l’ourlet de ma chemise, je parviens non sans mal à retracer le fil de mon songe, de cette sempiternelle voix grise que rien n’égaye : « Eh bien à vrai dire … c’est plus un cauchemar qu’un rêve. Je suis en haute mer, sans la moindre portion de rivage à l’horizon. L’eau a une couleur hérém… hémoglobine. Je lutte et me débats pour rester à flot, mais … les éléments sont trop forts et n’ont de cesse de me ballotter et me brimbaler. ». Je ne peux en dire davantage pour l’instant. J’ai beau me convaincre que ce n’est rien d’autre qu’une terreur nocturne … tout est pourtant si hurlant de réalisme. Pouvant difficilement masquer le mal qui me ronge, j’essaye au mieux de sauver la face en fermant les yeux et expirant longuement de manière chevrotante. Il faut que je me calme. Ce n’est pas arrivé, ce n’est jamais arrivé, cela n’arrivera jamais … . Alors pourquoi je ressens avec autant de vérité, l’impact des lames de fond déferlant et fouettant mon visage ? Pourquoi la saveur de l’iode sur mes lèvres pique à ce point ma bouche ? Pourquoi le goût ferreux, désagréable, et déplaisant du sang vient tapisser mon palais, à chaque fois que je me revois entrain de boire la tasse ? Ma tête s’articule de manière affirmative. Un peu comme si je voulais signifier à mon interlocuteur, que je ne le laisse pas en suspend. Veillez me pardonner Docteur, la suite arrive, ne vous en faîtes pas. Je vous prie simplement de bien vouloir m’accorder quelques instants, afin que je m’extirpe de ces visions pour le moins oppressantes.

Dès que c’est choses faîte, je rouvre les yeux et reprends une grande bouffée d’air. Tout en torturant mes mains, je livre la suite et fin du mauvais tour que me joue quasiment chaque nuit mon inconscient. Ânonné, balbutié et à l’occasion avec un accent chinois plus marqué qu’à l’accoutumé  : « Il y a également … comme des mains décharnées qui m’agrippent par les chai… les chevilles, et qui s’efforcent de m’entraîner au fond de l’eau. Elles y parviennent, lorsque je n’ai plus de force ni d’énergie, pour me maintenir à la surface. Je … je finis par sombrer, me noyer et les fonds sont … sont tapissés de cadavres. Des centaines de corps de femmes, d’enfants et d’hommes qui s’ava… s’amoncellent. Un gigantesque charnier humain. ». Qu’est-ce qui est le plus effrayant ? Ma narration, ou le ton exempt de panique et de terreur que j’emploie ? Ce ton d’une neutralité, d’un détachement ainsi que d’une désinvolture déconcertante. Je suis sûr que si je lui récitais le bottin téléphonique, ce serait exactement de la même façon. Est-ce qu’un jour, j’arriverai de nouveau à prouver qu’une chose m’atteint, me touche et m’émeut ? A le prouver aux autres certes, mais aussi et surtout à le ressentir. Peut-être. D’ici là, je suis condamné à vivre avec cette sensation d’asphyxie et d’étouffement. A humer cette odeur de souffre toujours plus forte, à mesure que je me rapproche du fond. La putréfaction, la pestilence nauséabonde des corps en décomposition.

Les têtes décapitées, qui roulent jusqu’à se retrouver emprisonnées dans un filet d’algues visqueuses. Les troncs démembrés à l’épiderme blafard et flétri. Les bras et les jambes disloqués, dont se régalent les petits charognards marins. Un spasme vient faire tressaillir le muscle de mon bras gauche. Machinalement, je regarde alors ce dernier, comme si cela pouvait miraculeusement faire passer cette sensation d’engourdissement. Pourtant, cela finit par être plus ou moins le cas au bout d’une poignée de secondes. Sans pour autant quitter sa désormais caractéristique droiture, mon corps se détend petit à petit. Mes mains cessent de s’agiter et mes trapèzes se relâchent au fur et à mesure. Néanmoins, je garde la tête basse. Je crains d’avoir à affronter de nouveau le regard et les yeux foncièrement doux du Docteur Kim. Pour être franc, j’ai surtout peur de ce que je vais y trouver. Oui, je redoute de voir flamboyer dans ses prunelles, cette étincelle que je vois chez Monsieur et Madame-Tout-Le-Monde. Celle qui me donne l’impression de n’être rien d’autre qu’un marginal. Un rebu de la société. Une abominable erreur de la nature. Une anomalie n’ayant pas sa place au sein du système. Avec la force du désespoir, je me risque cependant à relever la tête vers le médecin. Il n’y a rien dans son expression, qui soit en rapport de près ou de loin avec ce que je pressentais. En revanche, elle demeure et reste pour moi insaisissable.

Probablement heureux de ne pas détecter le regard acerbe que je ne connais que trop bien, mes lèvres s’étirent en un fin sourire qui se meurt presque instantanément. Mes iris choient en direction du dossier, sur lequel le longiligne coréen prend quelques notes épars. Cet objet qui me ramène au statut de numéro, et qui ne fait de moi rien d’autre qu’un patient parmi tant d’autres. A voix basse et d’un ton mal assuré, sur lequel on pourrait apposer adjectif de honteux, je déclare maladroitement : « P-ardonnez-moi je … je dois sûrement vous paraître fou, pour croire qu’un… qu’une chose semblable et similaire, ait déjà pu m’arriver. ». Mais que puis-je faire d’autre, à part me raccrocher à tout ce qui peut s’offrir à moi et y chercher une signification ? Quelque chose qui fait sens. Qui peut redonner vie et corps à un passé m’ayant été arraché. A force de voir dans tout et n’importe quoi, un témoignage et une preuve de que j’ai pu vivre jadis, il se pourrait bien que je finisse par le devenir : fou. Il est grand temps que je fasse le trie. Pour cela, je dois accepter la main que me tend le Docteur Kim. Il est le seul qui puisse m’aider à repérer et analyser les signaux. M’apprendre à être à l’écoute de ce que mon inconscient a à me dire. Eprouver, ressentir, vivre : je ne pourrais y parvenir de nouveau que, et uniquement, grâce à lui.


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Humani Machina
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Kim Il Kwon
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Ven 5 Oct - 1:19
Enigma




Le cerveau, de loin la partie la plus complexe de l'homme, était à bien des égards sous ou sur estimé par le commun des mortels. La juste balance était rarement trouvée pour ne pas dire jamais. N'était-ce pas quelque chose d'on ne peut plus effrayant ? Le fait que tout ce que nous faisons, tout ce que nous savons, tout ce que nous vivons arrive uniquement grâce à cet organe sur le lequel nous ne savons que très peu de chose finalement ? L'homme est un animal complexe et finalement ce n'est pas si surprenant lorsque l'on se rend compte que son ordinateur central l'est tout autant.

Cependant, comme pour tout, des anomalies se forment parfois. Troubles mentaux, anomalies psychiques, court-circuit, appelez ça comme vous voulez, l'appellation de ce genre de problème ne changera en rien le résultat final : un dysfonctionnement bien souvent difficile à résoudre. Le trouble qui hantait les nuit d'Il Kwon en ce moment était celui qui s'attaquait à la mémoire. Perte totale ou amnésie temporaire, l'Homme sujet à ce genre de cas se retrouve sans passé et sans fondation ce qui peut le conduire à penser qu'il est aussi sans avenir. Comment retrouver une vie quand tout à été effacé ? Comment être sûr de la réalité qui nous entoure lorsque tout est étranger ? Beaucoup de question qui, jusqu'à aujourd'hui demeuraient sans réponse sans doute pour son patient, Ong Ki O.

Le corps et le cerveau, aussi complexes soient-ils étaient drôlement bien fait. Nous pouvions prouver ceci ne serait-ce qu'en citant la magie de la cicatrisation. Une quantité innombrable de cellule qui s'active pour que le corps cesse de perdre son précieux sang tout en formant un petit quelque chose qui empêche les bactéries de pénétrer dans le corps pour que la plaie ne s'infecte pas. Il y avait aussi l'incroyable mécanisme du système immunitaire, celui du système digestif, le système nerveux et tout le reste qui nous permettait de vivre sans faire le moindre effort et sans risquer de mourir à la moindre petite entaille dans la chair. Enfin, tout ceci pour ne parler que du corps. Plus haut, dans le cerveau il y avait toutes ces zones qui avaient un rôle bien précis, un nombre de données incalculable stockées dans un simple organe comme les autres et, comme pour le corps, un petit truc qui faisait office de parachute de secours juste au cas où.

L'inconscient. Cette immense réserve sombre bien cachée et gardée sous clef par notre conscience. Là où toutes les mauvaises idées, les pulsions, les choses inadmissibles sont stockées. Cependant, le travail de l'inconscient ne s'arrêtait pas à être une simple poubelle de l'esprit, non. C'était aussi un genre de disque dur pour toutes les choses oubliées, les pensées et les projets laissés pour compte, les traumatismes bien réels jugés trop destructeur par la conscience elle-même. Une mine d'or dans le cas du Taïwanais. Une terre jamais explorée qui ne demandait qu'à s'ouvrir au machiavélique thérapeute envers qui il avait tant confiance. Malgré le risque, malgré la peur et l'angoisse et surtout malgré le pourcentage d'échec, il était prêt à prendre le risque quitte à faire perdre à Ki O le peu de santé mentale qui lui restait. Ses souvenirs étaient piégés dans une tonne de choses plus ou moins sombres qu'il avait accumulé pendant les trente-quatre années de sa vie et les récupérer sans toucher à tout ça relevait presque de l'intervention chirurgicale.

Et alors ? Je suis bien assez compétant pour le faire. De plus cet homme est tellement au fond du gouffre et tout est tellement simple ! Comment je pourrais échouer ? Je ne baisserai jamais les bras. Au mieux il retrouvera la mémoire, au pire il enfilera une camisole. La belle affaire, ce n'est pas mon problème. Falsifier un dossier est l'une de mes capacité. Dire que ce mec est devenu fou après quelques questions sera cohérent. Il doit y avoir bon nombre de traumatismes dans sa tête, des traumatismes exploitables pour le meilleur et pour le pire.

Jusqu'à présent, Il Kwon n'avait pas eu trop de mal à obtenir ce qu'il voulait du brun. Il mettait en pratique tout ce qu'il avait appris, toutes les choses comportementales qu'il maîtrisait sur le bout et doigt et surtout cette petite touche de magie dont il avait le secret. Une pleine confiance semblait régner entre les deux cependant dans la tête du plus jeune, des projets bien macabres s'étaient mis en place. Sous ses airs de gentil médecin à l'écoute se cachait, bien tapis dans l'ombre, un rat sale aux dents longues qui n'attendait que le bon moment pour sauter sur sa proie et déchiqueter un morceau de sa chair dans le but de le contaminer d'une maladie bien purulente telle que la peste bubonique par exemple. Petit à petit, son poison se répandait et il adorait ça. Il adorait être celui qui détruisait le moral des autres en les faisant se sentir comme ce qu'ils n'étaient pas et tout ceci sans qu'ils ne se doutent jamais que ce n'est que lui qui souffle ces idées à leurs cerveaux.

Le corps est bien fait, le cerveau fonctionne bien mais il est si fragile. Petit être complexe qui se croit supérieur à tout le reste. Une petite idée implantée au fond de la dite précieuse conscience peut rendre fou le plus sain des hommes. Chaque mot et chaque parole compte. L'homme obsédé par quelque chose de faux est comme l'homme qui souhaite marcher sur le soleil, un homme perdu qui ne cesse de courir après quelque chose d'impossible.

Imaginons maintenant que cette toute petite idée implantée dans la tête du sujet soit celle d'une certaine égalité entre lui et son interlocuteur. D'une réelles confiance, d'une certaine intimité, d'un respect sans faille. Comment avec cette conviction bien encrée en lui un homme droit et franc comme celui qu'était Ong Ki O pouvait mentir ? Il Kwon n'avait même pas besoin de montrer son mécontentement ou de lui dire que ce n'était pas bien. Il savait au fond de lui que sa morale et sa conscience ferait une bonne partie du travail. Cependant, le coréen était gourmand, bien trop gourmand. Regard appuyé et suspicieux, main sous le menton, lèvres pincées, il donnait l'impression de dire "je sais et vous savez que je sais". Tout se passait dans le silence le plus complet, un silence mortel et des non-dits pesants pour Ki O qui finissait par enfin passer aux aveux. De fil en aiguille, la conversation se faisait plus intéressante et bientôt ils se retrouvaient à parler des rêves du patient. Enfin, d'un rêve en particulier qui semblait, pour lui, être plus qu'un rêve.

Nous pourrions attendre d'Il Kwon qu'il le rabaisse dans une de ses tirades mentales mais cette fois ça n'en était rien. En fait, contre toute attente, il était bien plus emballé par cette révélation qu'autre chose. Il voyait des nouvelles portes s'ouvrir, son plan se concrétiser. Il savait que si Ki O faisait le lien sommeil/souvenirs il ne serait pas contre le fait d'être conduit volontairement dans un sommeil plus particulier qui portait le nom de l'hypnose. Quelle opportunité incroyable pour Il Kwon et quelle proposition alléchante n'est-ce pas ? Qu'avait-il de plus à faire que se détendre et s'endormir ? Rien. Il serait entièrement absent pendant que le psychologue ferait tout le travail et sûrement bien plus que ça.

C'est ainsi qu'il se retrouve à me rassurer et lui expliquer en quelques mots simples ce que les rêves inspirent aux hommes. Il sait et sent que Ki O est mal à l'aise et se sent idiot de penser que son rêve ressemble à un souvenir mais, en réalité, où était le mal ? Après tout "l'interprétation des rêves est la voie royale qui mène à la connaissance de l'inconscient dans la vie psychique" selon Freud -père de la psychanalyse et figure adorée d'un bon nombre de psychologues et de philosophes-. Fort bien ! Si interpréter un rêve mène directement à une partie de l'inconscient alors il pouvait sans doute aussi mener à une partie de la mémoire. Dans le cas de Ki O, rien qui ne valait visiblement le coup d'être analysé. Juste un rêve on ne peut plus normal avec une situation normale dans un cadre normal il n'était donc pas insensé ni idiot de penser que ce rêve pouvait être un souvenir.

Quelque chose le frappe de plein fouet à la fin de son explication. L'attitude du soldat lui colle un frisson qui pourrait refaire partir les battements cardiaques d'un mort, il en est convaincu. Pourquoi tant d'enthousiasme d'un coup ? Pour une raison toute aussi simple et claire que celle-ci : malgré le fait qu'il était certain à plus de cent pourcent que Ki O n'avait pas pigé un traitre mot de ce qu'il avait dit, il approuvait en silence. Il venait de boire des paroles qu'il ne comprenait pas sans doute juste parce que c'était le docteur Kim Il Kwon qui les avait prononcées. Il y avait de quoi être fébrile non ? Cet homme, sans vraiment s'en rendre compte était déjà plus ou moins soumis à lui et sa voix. Il aurait pu l'interrompre, dire qu'il n'avait rien compris mais au lieu de ça il se contentait, dans le plus grand des respects d'approuver ses mots. Idiotie, politesse ou autre chose, peu importe. Tout ceci plaisait au psychologue qui se retrouvait à trembler légèrement de nouveau. Ni une ni deux, il saisit son stylo et prend des notes sur ce qu'il vient de constater. Il fait vite, le temps presse, les mots défilent dans sa tête et surtout ça le calme de coucher tout ceci par écrit.

Il fallait cependant qu'il se calme. Une fois le climat de confiance et de sérieux réinstallé, Il Kwon pouvait inviter son patient à en dire un peu plus. Son bloc-note en main, son stylo entre les doigts et son regard figé sur l'imposant homme en face de lui, il était prêt à prendre en note le moindre détail qui voudrait bien s'échapper de ses lèvres. Pas d'interprétation freudienne pour aujourd'hui, il voulait surtout voir si ce rêve avait vraiment le potentiel d'un souvenir même si, de toute façon, le coréen lui assurerait que c'est le cas juste pour pouvoir introduire son idée : l'hypnose.

Il avalait chacune des paroles de Ki O, analysait chacun de ses mots, notait en abrégé chacune de ses phrases. Il voulait pouvoir consulter ça encore et encore comme bon lui semblait et surtout pouvoir citer ses mots exacts lors d'une analyse potentielle du rêve au sens descriptif de la chose. Ce n'était pas vraiment difficile de tout écrire. Il s'était déjà retrouvé à devoir noter beaucoup plus vite que ça pendant ses études. Ses professeurs étaient coréens et avaient un débit bien plus rapide et moins saccadé et incertain que son patient présentement donc aucun problème avec ça. Maintenant, il fallait qu'il conserve son statu d'homme qui en savait assez pour le tirer de ce pétrin.

Il finit par marquer une pause. Le pauvre Ki O semble dans tous ses états tandis que la gorge de l'autre se serre de le voir ainsi. N'est-ce pas horrible qu'un homme puisse prendre du plaisir à voire un autre homme en proie à quelque chose d'aussi incontrôlable que la panique ou toute autre émotion destructrice ? Sans doute. Cependant une petite part d'humanité fait bouger le bras et les doigts du médecin de sorte à ce qu'il attrape un mouchoir et le tende à son interlocuteur au front trempé de sueur. Quelques mots gentils auraient pu sortir de sa bouche, il aurait pu l'inviter à s'arrêter là si ça n'allait pas mais au lieu de ça il retournait à sa position initiale lui ordonnant clairement et silencieusement à la fois de continuer à parler de ce rêve qui semblait pourtant le retourner totalement émotionnellement parlant. Une torture psychique, voilà ce qu'il était en train de faire et pourtant il avait ce don de camoufler cette horreur en simple thérapie, tout ce qu'il y a de plus normal.

Le langage du corps semble bien marché puisqu'un peu avant de fermer les yeux pour terminer de calmer son corps, KI O, d'un hochement de tête indique clairement qu'il compte poursuivre son récit. Excité et fébrile face à tout ça, Il Kwon reste silencieux. Heureusement que son massif bureau n'est pas fait de verre. Ses jambes croisées sont bien trop serrées pour quelqu'un parfaitement neutre et il le sait. Il aurait pu craindre que son patient le remarque aussi si ce dernier avait le pouvoir de voir à travers la matière mais ceci était sans doute plus qu'improbable.

Nous y voilà. Le discours reprenait enfin après plusieurs longues, très longues, infiniment longues secondes d'attente. Quelques secondes ce n'était pourtant rien dans une vie mais là, pour le docteur, ça avait vraiment été bien trop long. Étrangement, il se sentait bien plus torturé que celui qui l'était véritablement. Enfin bon, maintenant il pouvait se délecter du reste de ses mots et continuer à prendre ses notes toujours cet air très sérieux collé sur la figure alors que dans son corps il se sentait comme un enfant sur le point de déballer ses cadeaux de Noël. Son cadeau, là, c'était la clef pour l'inconscient de Ki O. Le plus beau des cadeaux.

Il sent que c'est la fin. Que le récit du rêve et terminé. Le calepin posé sur sa cuisse, il se concentre un instant sur ce qu'il a écrit et entoure deux ou trois mots qu'il trouve important avant de tapoter la gomme du crayon contre ses lèvres. Il fait tourner ses méninges à fond, tellement à fond qu'on pourrait presque voir de la vapeur sortir de ses oreilles. Qu'est-ce qu'il peut faire ? De toute évidence ce rêve semble être un souvenir. Sans doute aggravé et blindé d'image et de métaphores mais c'était sans aucun doute un souvenir. Certains éléments étaient plus que susceptible de s'être déjà produits, d'autres un peu moins. Comment pouvait-il expliquer tout cela sans braquer KI O ? Sans qu'il finisse par se dire qu'il le prend pour un malade mental ? C'était délicat et maintenant c'était lui qui se retrouvait à faire attendre son patient. D'ailleurs, l'attente s'annonça encore plus éprouvante lorsque le médecin décidait de remonter son regard vers lui et donc de le scruter avec attention.

Quelle complexité, un véritable casse-tête ce type. À chaque fois que je pense le percer à jour une nouvelle zone d'ombre se forme me forçant toujours à creuser et creuser encore. Je pourrais écrire toute une thèse sur son rêve et ce qu'il pourrait dire. Je pourrais le décortiquer pour savoir exactement quelles images ont déjà été potentiellement son champ de vision avant que tout ceci n'arrive. Pourquoi ne pouvions-nous pas sauvegarder nos rêves et les montrer réellement aux autres ? Tout serait si simple.

Il finit par se rendre compte que ce silence ne peut plus durer aussi bien pour la santé mentale de son patient que pour la sienne. Il boit donc une gorgée d'eau d'une bouteille tout juste sortie d'un tiroir de son bureau et s'éclaircit un peu la voix. Voilà ce que je pense de tout ça, Ki O, ce rêve est sûrement composé d'images et choses que vous avez déjà vécues ou vues mais également de quelques métaphores dont vous pouvez sans aucun doute trouver le sens. Tout ceci est un souvenir, oui sûrement mais il est maquillé et censuré par quelque chose en vous qui semble vous bloquer l'accès à son sens profond. "Un sens profond", présentement il ne savait même pas si ses paroles en avaient un. C'était tellement compliqué de devoir toujours mettre des mots sur ce qu'on pensait. Un soupir s'échappait de ses lèvres et il prenait quelques notes supplémentaires.

Il fut finalement interrompu par Ki O qui finissait par sortir des excuses d'il ne savait trop où de pouvoir penser que quelque chose de la sorte avait pu arriver dans un quelconque plan de l'existence. Un sourire qui se voulait réconfortant se taillait sur les lèvres du jeune psychologue. Allons allons monsieur Ong, comment pouvait vous assurer avec autant de sûreté que quelque chose comme ça n'ait jamais pu se produire ? Pour être tout à fait franc, les choses que les combattant voient dépassent l'entendement. Certains témoignages de ces hommes qui ont pourtant leurs mémoires intactes on l'air tout autant irréaliste que votre rêve peut sembler l'être et pourtant ils décrivent bien l'horrible vérité.

Il range son stylo et son bloc-note dans un tiroir et se penche en avant, les coudes sur le bureau, un air un peu plus grave au visage. Son regard se perd quelques instants sur ses doigts croisés ensemble tandis que ses dents commencent à attaquer sa lèvre inférieure. Je pourrais en savoir plus mais pour ça il faudrait que j'ai un accès plus ouvert à votre esprit et ce qu'il renferme. Ses pupilles se raccrochaient à celle de Ki O. Cet échange de regard était intense et on ne peut plus pesant sans doute pour l'étranger. Je pourrais "voir" votre rêve en direct et sans problème et questionner votre vous intérieur et votre inconscient directement pour potentiellement trouver les réponses que vous cherchez Ki O. Il adoptait à présent une posture bien plus décontractée tandis que ses doigts allaient explorer son menton. Son regard, en revanche, était toujours bien accroché à celui de l'autre homme. Avez-vous déjà entendu parler de la thérapie sous hypnose monsieur Ong ?

Les choses sérieuses peuvent dès à présent commencer, Ki O.
lumos maxima
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Ong Ki O
Âge : 34
Occupation : Ancien nageur de combat dans les forces spéciales de l'armée. | Il cherche dorénavant à comprendre ce qui lui est arrivé, et accessoirement à se venger. | Indic pour la police.
Quartier : Ailleurs
Situation : Cœur comateux qui s'est récemment réveillé au contact d'un homme.
Don : Bouclier Protecteur
Niveau : 1
Multicompte : Rim Ku Hwan & Nō Qiang
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Dim 7 Oct - 12:31


"Enigma"


I'M BROKEN. DON'T BREAK ME WHEN I HIT THE GROUND


En bon cyclothymique et versatile que je suis devenu, il est des jours où la remise en question de l’unique raison, qui me laisse dire que cette seconde vie vaut quand même le coup d’être vécue, est plus forte que tout. Pourquoi ? Pourquoi s’évertuer à jouer les fossoyeurs du passé exhumant leur œuvre ? Pourquoi ne pas simplement procéder à la mise en bière et à ensevelissement des restes de l’ancien Ki O ? Il n’est plus. Il a fait son temps. Le bon sens voudrait que je le laisse partir et qu’il trouve définitivement le repos. Le bon sens, ou à défaut la facilité et la simplicité. Cela serait dans la droite lignée des choses. Ce besoin, presque malsain, que j’ai de vouloir me raccrocher à lui … pourquoi l’emporte-t-il finalement sur tout le reste ? Quand bien même je parviens à recoller les morceaux de cette gigantesque mosaïque : qu’est-ce que cela changera concrètement ? A quoi bon s’obstiner, puisque de toute manière je serais incapable d’en apprécier le rendu. Il n’y aura pas de place pour une quelconque nostalgie ou des regrets. Est-ce que le fait de savoir influencera, même de façon minime, mon existence d’aujourd’hui ? Honnêtement, j’en doute. La seule satisfaction que je pourrais à la rigueur tirer de cette exploration des vestiges d’une vie à présent décimée, c’est celle d’obtenir des réponses. Alors oui, ces fameux jours où mon ciel s’habille d’orage, je me demande si cela vaut vraiment la peine d’encourir autant de risques pour un gain aussi dérisoire. J’ai bien conscience que savoir pour savoir n’est pas une fin en soi.

Remonter le fil de trente-quatre années passées sur cette Terre m’occupe et me tient en haleine pour l’instant. C’est un fait que je peux difficilement nier et contester. Seulement, lorsque cette partie de cache-cache avec mes souvenirs sera terminée, que se passera-t-il après ? Qu’est-ce qui me retiendra encore ici bas ? L’avenir ? Ah, belle ironie ! Comment échafauder des plans à moyen et long terme sans désir ? Comment aller de l’avant, sans avoir quelque chose qui vous tient à cœur et vous fait vibrer ? Les rêves, les projets, les ambitions … ils sont beaux, mais pas pour moi. Rien ne peut pousser et s’épanouir sur un tapis de cendres. Quant à l’image et au vœu pieux du Phoenix renaissant des siennes : je n’ai pas la naïveté d’y croire. L’avenir, je le vois comme une impasse. Un sol aride et dévasté condamné à l’abandon. Vivre au jour le jour et s’en remettre au carpe diem, n’est pas vraiment un programme qui me branche. Je suis surtout et avant tout un militaire, ne l’oublions pas. Un esprit cartésien, rationnel et carrée. Certains dirons strict, sévère et rigide. Peut-être. Sans être pour autant un homme de pouvoir, je reconnais néanmoins avoir un certain goût pour le contrôle. Le hasard, l’improvisation et l’inattendu sont tout autant de choses que je m’efforce de bannir au quotidien. Prendre une décision, s’y tenir et s’y conformer sans faire d’écart ou de sortie de piste : telle serait ma vie dans le meilleur des mondes.

Pour l’heure, l’idéal n’est pas vraiment à l’ordre du jour. A mon grand désarroi. Pas besoin que je vous assomme d’un long discours ou que je fasse un dessin, pour vous en convaincre. Aucune feuille de route. Pas l’ombre d’un plan, ou presque. Juste de l’incertitude et du pur freestyle. S’acclimater. S’adapter encore et encore. Tenter d’être au diapason selon les situations, et en fonction des personnes que je peux avoir en face de moi, pour ne pas apeurer ou donner encore davantage l’impression d’être un alien venu d’ailleurs. Il n’y a guère pléthore de moyens pour y parvenir. Mentir. Minimiser et atténuer les choses. Enjoliver la réalité, afin de la rendre plus vraisemblable. Prendre quelques libertés avec le déroulement chronologique, peut s’avérer être une possibilité également. Un exercice complexe qui s’apparente à une insoluble quadrature du cercle. Autant dire qu’un aficionado, voire un maniaque, du contrôle et de la maîtrise tel que moi, est loin d’être dans son élément. Ce n’est un secret pour personne, je suis loin d’exceller lorsqu’il s’agit de jouer la partition d’un homme que je prétends être. Toutes ces séances passées avec le Docteur Kim en sont la preuve par trois. Ces dites séances qui sont d’ailleurs comme une sorte de placebo. Sur le coup j’ai l’impression de me sentir bien, puis à mesure que le temps passe je constate avec amertume que rien n’a changé. Pas d’embellie ou d’amélioration.

Un zeste de paradis avant de regagner les tréfonds de l’enfer. Toujours plus irrespirables et invivables. Un enfer dont je commence à connaître les moindres recoins, et où chaque seconde passée à l’arpenter m’éloigne toujours un peu plus dans ma quête du « vrai Ki O ». Qui est-il ? Cela ne devait sûrement pas être un saint ou un ange mais … était-il pour autant un pourri, un salaud ou un barbare ? N’y avait-il donc aucune autre manière pour moi, de purger la peine de la faute ou du crime que l’on me reprochait ? Était-ce à point impardonnable ? Tuer quelqu’un de l’intérieur. Pire que la prison à vie, ou la mort par je ne sais quel biais. Il y a des jours où je maudis de ne pas avoir passer l’arme à gauche. De ne pas avoir clamsé sur cette table d’opération. Vivre dans de telles conditions … franchement, je ne le souhaite à personne. Pas même à mon pire ennemi. Hormis le fait que mon corps fonctionne toujours sur un plan physiologique, il n’y a strictement rien qui me différencie d’un macchabée. Je ne suis plus qu’un cadavre ambulant. Une carcasse qui se traîne et erre sans but au hasard. Raconter ce rêve ? Non, ce n’est pas des plus évidant. Ceci dit, une torture de plus, une torture de moins … qu’est-ce que cela change ? Sans dire un mot ni bouger une oreille, j’écoute bien sagement ce que le psychologue pense de tout ceci. Mes mains broient et écrasent le mouchoir en papier qu’il m’a offert, et avec lequel je me suis épongé l’arcade sourcilière.

Après les multiples mésaventures qui me sont arrivées, inutile de vous dire que je ne suis pas très fan de la médecine. Et encore moins de ces praticiens. La tournure que prend les explications de l’homme me faisant face, me tend et me crispe. Même si c’est au sens métaphorique du terme, et que cela sera parfaitement indolore, l’idée de laisser quelqu’un d’autre « entrer dans ma tête » ne m’emballe pas plus que cela. Les dernières personnes qui se sont essayés à la chose ont causé des dommages irrémédiables, qui ont fait de moi la loque humaine que je suis aujourd’hui. Un être éteint, et apathique. Un mort en sursis. Seulement … c’est la personne en laquelle j’ai le plus confiance qui me le propose. Il n’y a aucune raison que je m’en fasse ou sois réticent. Je serai entre de bonnes mains. Je lève une main, pour interrompre poliment mon interlocuteur, et lui réponds de cette voix plate : « Je vais vous faire gagner du temps, et éclo… économiser beaucoup de salive, en vous donnant ce que vous cherchez à oub… obtenir : mon consentement. Oui, c’est d’accord. ». J’ignore si c’est une procédure longue et lourde, mais les minutes défilent et la séance se rapproche de son terme. Alors, autant faire vite, simplifier les choses et faire l’impasse sur les formalités et autres étapes transitoires. S’il en arrive à me proposer ce genre de méthode alternative, c’est qu’il n’y a aucune autre solution. Je me suis juré de tout essayer pour redevenir un homme comme tout les autres. Si je n’expérimente pas l’hypnose … alors je n’essaye pas tout. Je m’apprête à perdre le si peu de contrôle que j’ai encore sur ma vie, en le remettant entre les mains d’une autre personne. Le tout dans une stoïcisme et une impassibilité prodigieuse. Aucune once d’émotions, d’agitation ou de fébrilité. De légers accents de résignation, de nonchalance et de désinvolture. Oui, je m’en fous. Le navire que je pourchasse a fait naufrage depuis longtemps, et n’est plus qu’un vaisseau fantôme. C’est terminé. Tout est terminé.                                                                                

                                                                                                                                                             

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