AccueilAccueil  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

 

 Under the stone ( Alexouchounet ♥)

avatar
Min Kyo Ji
Âge : 27
Occupation : fonctionnaire de police & bénévole au refuge pour animaux
Quartier : Gangseo
Situation : éternellement célibataire
Don : Médiuminité. Je vois et parle aux morts
Niveau : 4
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1356-min-kyo-ji-i-believe-in-nothing
Ven 10 Nov - 19:18
 

Under the stone



C'était une véritable terre de désolation qui était apparu devant mes yeux. Quelques jours après le tsunami et les tremblements de terre, il ne restait plus rien de la plage et c'était étrange de la voir déserte, elle qui d'habitude était toujours foulé par des habitants ou des touristes. La mer n'avait pas non plus épargné les habitations qui se trouvaient au plus près de la plage. Hôtels, supermarchés, envolé. C'était simplement plus que des bâtiments délabrés. Des lieux que moi et mes collègues devons sécuriser pour empêcher des jeunes de venir et d'avoir un malheureux accident. Il y avait toujours de personnes qui ne réfléchissaient pas suffisamment et pouvant avoir l'idée de se promener dans des endroits dangereux. Alors que j'aidais un collègue à mettre en place les bandes un fantôme était apparu. Jusque là, rien de très anormal pour moi. Mais sa tête me disait quelque chose. Il s'agissait d'un adolescent et il avait l'air paniqué. Je sortais mon portable, me connectant sur le serveur de la police pour voir les avis de recherche. C'était donc bien là que je l'avais vu. Après la catastrophe il y avait eu pleins de disparus, de corps non retrouvés. Les familles incertaines de revoir ou non l'un des leurs. Dire que j'allai devoir annoncer aux parents de cet ado qu'il ne pourront plus serrer leur fils dans leur bras. Le mieux que je pouvais espérer pour eux c'était que son corps soit encore présentable.
Le fantôme partait et j'indiquais à mon collègue que je revenais avant de suivre l'âme. Pour une fois, je ne partais pas comme un voleur. Peut être que le garçon allait revenir sur l'emplacement où il était mort. Sous des gravas, ou que sais je encore. Je longeais la plage, passant à côté du casino pour arriver devant une discothèque. Le club Flux, bien connu des jeunes. Qui ne ressemblait plus à grand chose. Le fantôme s'était pourtant envolé à l'intérieur et je soupirais avant de le suivre à nouveau. Les fenêtres ne s'étaient pas simplement cassés avec l'impact de l'eau mais les murs aussi. Ils étaient fissurés, et l'humidité s'y étaient infiltré. Le plafond s'était à moitié écroulé. Le matériel technologique était fichue. Il n'y avait aucune trace de l'adolescent. J'apercevais une porte au fond et essayait de l'ouvrir. Evidemment, elle était fermé à clé. Je reculai, sortant mon arme à feu, ne réfléchissant pas plus avant de tirer sur la serrure. Elle était un peu coincé et je poussai - tirai de toutes mes forces avant de me retrouver ventre à terre de l'autre côté. C'était un petit local, faiblement éclairé par des petites fenêtres. Mais aucune trace du mort. J'éclairai la pièce à l'aide de mon téléphone. Découvrant que les poutres s'étaient écroulés et que miraculeusement leurs chutes avaient permis de soutenir le toit. Et au milieu de tout ça je voyais une main. Oh. Je m'avançais, étudiant la sculpture qui le coinçait. Peut être que si je bougeais ça...Mauvaise idée. Avant que je n'ai eu le temps de dire ouf, le ciel me tombait sur la tête. Je fermai les yeux, m'accroupissant en me protégeant la tête avec mes bras. Je sentais des pierres me tomber dessus et alors que je pensais que c'était la fin de ma vie ce fut le silence. Je rouvrais les yeux, manquant de peu de me prendre une poutre en me redressant. Ah. Ridiculement, j'avais créé un petit placard de 3m². Et stupidement, j'avais laissé tomber mon portable lors de la chute. Il était tout cassé.
J'essayais de bouger une pierre mais arrêtait tout de suite en voyant le reste trembler. Avec un peu de chance, une équipe passerait dans le coin avant la fin de la journée. Ou pas ? Merde. J'étais coincé avec un cadavre.

- Y'a quelqu'un ??? Heeeeeelpp !!

Je criais aussi fort que je pouvais, me pétant les cordes vocales. Cette situation me ramenant des années en arrières. Une période de mon enfance que je préférais oublier. Mais j'avais l'impression d'être de retour dans ce trou. Quand j'avais 8 ans, je n'avais pas vraiment d'amis à cause de mon don. Mes camarades me trouvait trop bizarre et ça serait mentir de dire que je n'avais pas souffert de ça. Alors quand trois garçons de ma classe m'avait proposé de venir jouer avec eux après la classe. J'avais naïvement accepté. Je les avaient suivis, ne me posant pas de questions quand on était arrivé au milieu d'un chantier de travaux. Les adultes avaient terminé leur journée, raison pour laquelle l'endroit était désert. Sans réfléchir je les avait laissé me bander les yeux pour soi disant jouer à un jeu très amusant appelé Colin maillard. C'était comme ça qu'ils avaient réussi à me faire tomber dans ce trou géant. Trop profond à l'époque pour un gamin de 8 ans. Les larmes aux yeux je les avaient écoutés se moquer de moi. Je les avaient suppliés de m'aider à remonter, que ce n'était pas drôle. Mais eux, ils disaient que c'était là ma place, que c'était là qu'on mettait les monstres.
Et puis ils m'avait laissé là. J'avais pleuré, beaucoup. Appelé ma mère et même mon père qui était à des kilomètres de là où j'étais. Ce n'était qu'à la tombée de la nuit qu'un monsieur m'avait trouvé. Mort de faim, de peur. La police était déjà au courant de ma disparition grâce à ma mère. Sans aucune honte j'avais balancé mes camarades. Après on s'étonne que je n'aime pas les autres...que je préfère la compagnie des animaux et des fantômes.
Vingt ans plus tard je me retrouvais à nouveau coincé, être à nouveau l'enfant de 8 ans pris au piège. Je tentais tant bien que mal de ne pas paniquer, de respirer normalement.

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Zimmermann Alex
Âge : 33
Occupation : Lutteur de Sambo & Propriétaire d'un dojo à Gangseo
Quartier : Gangseo
Situation : Célibataire, il ne cherche absolument pas à s'engager depuis qu'il se sait condamné.
Don : Aucun
Multicompte : Lim Yong Kyu & Shim Wenxia
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1584-alexander-zimmermann-your-time-
Ven 10 Nov - 23:05
 

Under the stone



Il est là. Il grandit. Je le sens. Je le sais. Il va gagner la partie. Ce combat … ce combat est perdu d’avance. Je ne peux le remporter, contrairement à tout ceux qui l’ont précédé. Dans trois mois, cela fera un an que j’ai appris que je vis et cohabite avec lui. Avec ce monstre dans ma tête. Lorsqu’on m’a diagnostiqué cette merde, les toubibs étaient dubitatifs quant au temps qui me restait. Quelques mois dans le pire des cas. Deux ans et demi à trois dans le meilleur. Si pour une fois j’ai de la chance, alors cela voudrait dire qu’environ la moitié de mon sursis est épuisé. Non, cela ne sert à rien de protester, d’avoir la haine et de bouillonner de colère. C’est inopérable, point barre. Il n’y a rien à faire. Enfin si, peut-être. Les oncologues prétendent qu’avec un traitement en aval, la tumeur peut régresser et devenir ainsi opérable. Cela veut donc dire chimio, interleukine et rayons. Bref, la totale. Qu’ils aillent se faire foutre ! Je refuse de passer le peu de temps qu’il me reste à vivre dans un état pitoyable. Pas question ! J’ai eu un aperçu de ce que cela donnait, et croyez-moi, je ne suis pas près de retenter l’expérience. Perdre le sommeil, perdre ses cheveux, ne plus avoir d’appétit et dégueuler le si peu de chose que vous pouvez ingurgiter : c’est un programme que je ne souhaite à personne. Pas même à mon pire ennemi. Vivre comme un cancéreux à morphe et tout le temps alité : même pas en rêve ! Je veux continuer à être actif, à rouler à fond en moto et à tenter de me racheter. Du moins, tant que j’en serais capable. Ce qui par moments n’est pas toujours le cas. Il arrive que ça soit flou sur les côtés. Comme si j’avais des œillères. Et puis, c’est parfois sombre … beaucoup plus sombre que cela ne devrait l’être. Aujourd’hui, on va dire que ça va à peu près. Bien qu’il ait été un peu plus épargné que Haeundae, le quartier de Gangseo a essuyé lui aussi quelques dégâts.

Notre dojo en a fait les frais. Des installations électriques totalement HS, et un peu tôle froissée du côté des vestiaires. Rien de bien méchant donc. Cependant, on ne peut clairement pas ouvrir dans ces conditions. Je me vois mal entraîner et coacher des gamins dans le noir et sans chauffage. Qui plus est en plein mois de Novembre. L’heure est donc aux réparations. Un domaine dans lequel je me défends plutôt bien. A défaut d’être cultivé, je sais au moins me dépatouiller avec mes mains. J’ai toujours aimé tout ce qui est mécanique et réparation. A tel point que j’en aurais sûrement fait mon métier, si ma vie n’avait pas été ce qu’elle a été. Depuis ce matin, je suis aux prises avec ces putains de câbles électriques. C’était un vrai foutoir. Il a d’abord fallu tout démêler et arracher, avant de refaire l’ensemble de l’installation à neuf. Cela doit faire pas loin de trois heures que je m’efforce de tout raccorder. Un véritable travail de fourmis. Un moment d’inattention ou une erreur dans les branchements, et c’est la décharge garantie. Je me suis déjà ramassé deux châtaignes, donc bon j’y vais mollo afin d’éviter de m’en prendre une troisième. La poignée en caoutchouc d’une pince entre les dents, et une de plus petite taille dans les mains, je tripatouille donc les câbles flambant neufs tout en fronçant les sourcils. Une mimique qui ne me quitte jamais lorsque j’essaye d’être concentré. En ayant sûrement fini avec le foutoir dans les vestiaires, Mikhail ne tarde pas à venir me rejoindre. Il me dit que c’est tout pour aujourd’hui, et qu’il est temps de lever le camp. Ce à quoi je lui réponds d’aller se faire foutre. Qu’importe le temps que ça prendra, mais je tiens absolument à finir tout ça ce soir. Entre les merdes administratives et celles matérielles, cela fera bientôt une semaine qu’on est fermé. Une journée de plus, et c’est moi pour le coup qui risque de péter un plomb ! Problème : cette tête de con ne l’entend pas de cette oreille.

Il me saisit par les épaules et m’oblige à lui faire face. Stop, ca suffit ! Tu n’as rien bouffé de la journée. Regarde-toi, tu es en pilotage automatique depuis cette après-midi. On dirait un zombie. Rentre et repose toi. Voilà ce qui me gueule dessus. Pour toute réponse, je me contente de balancer mes outils au loin et lui dire qu’il fait chié. Après avoir quitté le petit local, non sans avoir au passage donné un coup d’épaule à celui qui est mon plus vieil ami, je rassemble à la hâte mes affaires et enfile mon blouson. Arrivé sur le parking, je n’enfourche pas tout de suite ma moto. Non, j’ai une petite course à faire. La grande artère principale du quartier en parie remontée, j’emprunte un enchevêtrement de ruelles jusqu’à finalement le trouver. Gin Je alias Draco. Mon dealer. « Qu’est-ce qu’il te faut ? ». A ton avis connard ?! Comme d’hab’. Les Wons lâchés, j’obtiens enfin ma dose. Avant de partir, l’homme encapuchonné me fait remarquer que c’est déjà la troisième fois ce mois-ci que je viens m’approvisionner. Il ajoute que quelque soit la chose que je tente de fuir, la défonce n’est certainement pas une solution. Mais occupe toi de ton cul, bordel ! Arrête ta psychologie de comptoir à deux balles. Sinon reconvertis toi mon pote. J’espère que tu ne déblatères pas des conneries comme ça à tout tes clients. Parce que sinon, je me demande comment tu vas réussir à faire du chiffre. Au lieu de partir dans une embrouille, je me contente de la fermer et de retourner sur mes pas. De retour sur le parking, je mets mon casque et monte sur ma Ducati avant de mettre le contact. Sur le périph’ le compteur s’affole. Cents. Cent-vingt. Ceint-cinquante. Et parfois même des pointes à cent quatre-vingt. Serpentant de droite à gauche entre les véhicules, je me sens de nouveau vivant. Grisé par l’adrénaline, un sourire aux trois quarts con se dessine sur mon visage. L’allure se ralentit considérablement lorsque j’arrive à Haeundae. Le séisme et les multiples répliques sismiques, ont rendu le paysage de ce quartier post-apocalyptique.

Mes yeux balayent les montagnes de gravats de part et d’autres de la route. Ouais, vous avez tout compris. Je cherche un coin pénard pour me poser, et me faire mon shoot. Putain les flics ! D’un mouvement brusque, qui manque de peu de me faire déraper, je tourne à droite à la première intersection qui s’offre à moi. Cette partie du quartier est encore plus sinistrée que celle que je viens d’arpenter. Tant mieux. Enfin, tant mieux pour moi. Pour les pauvres gens résidant ici, les conséquences de la catastrophe les ayant frappé de plein fouet sont tout sauf une aubaine. Tiens, on dirait bien que le casino s’en ait sorti indemne. Comme par hasard … ! A croire que la nature est capitaliste. Visiblement, la boîte pour les post-pubères, le Fuzy, n’a pas eu autant de chance. Mouais ça me semble pas mal. A l’abri des regards, tranquille et pas éclairé. Pour encore plus de sécurité, j’emprunte une petite impasse menant à l’entrée réservée au personnel  derrière la boîte. Le moteur coupée, je sors ma came franchement achetée et mon matos afin de me faire mon petit splif. Un geste que j’ai tant répété et répété, que je serais sûrement capable de le faire les yeux fermés à présent. Une fois terminé, je sors de la poche intérieure de ma veste un tube de comprimés quasiment vide. Hum. A quoi bon ? Cela revient à se battre contre des moulins à vent. Le dénie et le je m’en-foutissme sont tellement plus simples. Dans un profond soupir, je remets les pilules là où je les ai prise. Alors que je m’apprêtais à faire rouler la pierre de mon zippo sur mon jean afin de m’allumer, un vacarme sourd se fit entendre depuis l’intérieure de la boîte. C’était quoi ce bordel ? C’est peut-être pas si secure que ça ici. Je ferais mieux de me magner. Pas spécialement envie que … . Attend une minute. On dirait … on dirait des cris. Quelqu’un qui appelle à l’aide. Sans plus tergiverser, je cale mon joins derrière mon oreille.

Que je me mette en danger et me foute en l’air, à la limite ça me fait ni chaud ni froid. Mais que quelqu’un soit en péril et ait besoin d’aide, là c’est une toute autre histoire. S’il y a quelqu’un là-dedans qui a besoin d’aide et que je ne lève pas le petit doigt, jamais je ne me le pardonnerais. Je m’engouffre donc à l’intérieur par une des nombreuses vitres brisées, tout en prenant grand soin de ne pas me blesser avec les innombrables éclats de verre. Un néon éclaire la pièce totalement sens dessus-dessous, non sans laisser s’échapper par moments de nombreuses étincelles. J’avance à tâtons en me fiant au bruit des gravats, que l’on tente visiblement de déplacer, afin de m’orienter. Mes pas m’amène à une espèce de local dont la porte est grande ouverte. Apparemment, elle semble avoir était forcée. C’est en tout cas ce que laisse à penser l’impact de balle au niveau de la serrure. Il n’y a rien. Rien hormis un immense amas de plâtre et de placo. Si j’en juge la poussière qui virevolte, cet éboulement est tout récent. C’est sûrement lui qui est à l’origine du boucan, que j’ai entendu dehors. Accroupi devant ces décombres, je sors mon portable et utilise le flash. En passant la lumière par les différentes embrasures, j’aperçois un mec totalement recroquevillé. Il se cache les yeux afin de ne pas être ébloui. Mon cœur s’emballe comme s’il jouait la Neuvième Symphonie de Beethov’. J’ai horreur de ça. De savoir quelqu’un en danger. J’éteins la torche de mon portable, mettant ainsi fin au supplice façon Gestapo qui je suis bien malgré moi entrain de lui affliger. Je hausse la voix afin d’être sûr qu’il m’entende et lui dit sur un ton se voulant le plus calme possible, afin qu’il ne panique pas davantage. « Tiens bon. Je vais te sortir de là. ». Du moins je vais essayer. La plupart de ces gravats n’ont pas l’air bien lourds. Toutefois, si je veux lui créer un passage par lequel il pourra se faufiler, je vais devoir déplacer ces trois immenses morceaux de béton qui à vu de nez doivent peser pas loin de cent kilos.

Je commence donc par le plus simple en dégageant les plus petites pierres en surface. Bon, il ne reste plus que les choses sérieuses maintenant. Ayant évolué dans la catégorie des plus de quatre-vingt kilos, J’ai déjà combattu contre des adversaires pesant approximativement le même poids que ces blocs de pierres. Seulement, c’est si loin à présent. Vais-je encore être capable de pouvoir réaliser un tel tour de force ? Il va bien falloir. Je n’ai aucunement envie que le mec qui soit coincé là-dessous y reste. Ce n’est pas l’heure de mourir pour lui, et ce n’est certainement pas non plus la manière. Je prends une grande inspiration et m’attelle à soulever le premier gros débris, en cussant tel un bûcheron canadien sous le poids de l’effort. Oïtch, mon dos ! Bon et d’un. Le second est un peu plus simple à bouger. En équilibre partiellement à la verticale, je n’ai qu’à le tirer vers moi pour le faire basculer. Whoula, attention aux pieds ! En baissant la tête, j’aperçois la chevelure brune du type enseveli, sortir par la brèche s’étant créée. Je tends donc la main et l’aide à s’extirper de ce piège de roche. Lorsqu’il fut de retour sur ses extrémités pédestres, la suite me prit totalement au dépourvu. Quelque peu chamboulé et sous le choc, le jeune homme vient me serrer dans ses bras. Il est à bout de souffle et tremble comme une feuille. Merde, pourquoi moi ? Je ne suis vraiment pas la bonne personne pour ce genre de truc. Qu’est-ce qu’on fait, et surtout qu’est-ce qu’on dit, dans ces moments là ? D’un geste hésitant, je passe mes bras autour de lui sans pour autant le serrer. En inclinant légèrement la tête, je tente tant bien que mal de le rassurer en lui murmurant des paroles, que j’espère réconfortantes, à l’oreille. Des choses du style, « Ca va aller. Tout va bien. C’est fini maintenant. ». A première vue ça semble marcher, puisqu’il réussit à se calmer un petit peu. Tant et si bien qu’il finit par défaire son étreinte, me rendant par la même occasion ma liberté. J’en profite pour faire de même, et lui demande dans la foulée : « Est-ce que ça va ? Tu n’as rien ? »                        

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Min Kyo Ji
Âge : 27
Occupation : fonctionnaire de police & bénévole au refuge pour animaux
Quartier : Gangseo
Situation : éternellement célibataire
Don : Médiuminité. Je vois et parle aux morts
Niveau : 4
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1356-min-kyo-ji-i-believe-in-nothing
Dim 12 Nov - 18:39
 

Under the stone



Je n'avais jamais pensé à une fin aussi minable. Si je devais mourir, j'aurai aimé que ça soit comme un héros et non en dessous de décombres, tout ça parce que j'avais voulu dégager un cadavre. La prochaine fois je ne m'occuperait plus de retrouver des corps. J'étais censé être intelligent et je venais d'agir comme un idiot, creusant ma propre tombe au passage. Qu'est ce qu'on dirait de l'Agent Min ? Mort de faim et de froid comme un idiot. C'était tout ce qui resterait de moi dans l'Histoire et dans la tête de ma pauvre mère. Son fils qu'elle maudirait d'avoir été aussi imprudent et con. Mais que voulez vous...depuis que je suis capable de voir les fantôme, je les suis sans me poser la moindre question. Jusqu'à maintenant, je n'avais jamais eu un problème aussi...grand. Oh bien sur il m'était déjà arrivé de tomber sur une scène au mauvais endroit, au mauvais moment et de me faire courir après. Heureusement, j'avais toujours eu une bonne endurance et un physique qui me permettait de me faufiler dans les minces ouvertures. Mais là, il n'y avait aucune sortie dans le placard que je m'étais fabriqué. Et je n'avais pas très envie de jouer à nouveau pour accélérer ma mort. Tout ce qui me restait c'était de prier et de continuer à appeler à l'aide.
Je m'étais arrêté en entendant du bruit. Est ce que quelqu'un m'avait entendu ? Ou bien était ce juste un animal qui passait par là ? Une lumière m'aveuglait subitement. C'était bien un humain. Je levais mes mains pour me protéger les yeux, ayant l'impression de me retrouver dans un mauvais film. A la voix, je devinais que c'était un homme et je le remerciais d'avance de me venir en aide. Même si une partie de moi restait terrifié à l'idée que les choses s'empirent ou que l’individu se retrouve coincé à son tour ou mort par ma faute. Finalement, je préférais qu'il ne vienne pas à mon secours. C'était cela dit trop tard car je l'entendais s'activer de son côté. Est ce qu'il était en train de soulever ses grosses pierres tout seul ? Moi qui avait du mal à juste pousser le meuble de ma télévision...haha.

- Tout...tout va bien ?

Je demandais d'une voix inquiète juste avant qu'une voie se libère au dessus de moi. Oh dieu merci. Sans attendre une seconde de plus, je saisissais la main tendu. Essayant de pousser mon corps en appuyant avec mes pieds sur les pierres. Une fois dehors, je respirai à nouveau et l'adrénaline de la sortie me retombait sur les épaules. Soulagé et en même temps toujours terrifié d'avoir failli y passer je me jetais dans les bras de l'inconnu. Tel un enfant de 8 ans. Je pensais n'avoir pas peur de la mort, peut être parce que jusqu'à présent je ne l'avais pas frôlé d'aussi près - les courses poursuites ne comptant pas. Mon sauveur venait me murmurer des mots rassurants à mon oreille. Des mots que je n'avais pas entendu depuis longtemps. Mais qui avait le don de me calmer. Maintenant que j'étais hors de danger, il n'y avait plus lieu de s'inquiéter n'est ce pas ? Rassuré, je me dégageai de l'étreinte, rougissant légèrement en pensant que j'avais sauté dans les bras d'un inconnu. Moi qui n'aimais pas d'ordinaire ce genre de chose, c'était bien la première fois que je faisais ce geste là. Surtout avec une personne que je ne connaissais pas du tout. Je supposais que je devais mettre ça sur les circonstances actuelles.

- M'oui ça va

Enfin j'avais mal aux mains. Je m'en étais servi pour me protéger le crâne et du coup elles étaient bleus et égratignés. Avec ma peau blanche ça ressortait encore plus. Mais je survivrai. Je levais mon regard de mes petites mimines pour rencontrer celui de mon interlocuteur. Autant dire que je m'attendais pas à tomber sur quelque chose d'aussi...beau et fascinant. Je n'arrivais pas à savoir si c'était bleu ou vert. La majorité de la population coréenne avait les iris noirs ou marrons. Les miens étaient comme les plumes d'un corbeau. Profondément ténébreux. Ce qui allait parfaitement à une personne qui avait la capacité de voir les morts n'est ce pas ? Il était évident de toute façon que l'homme en face de moi n'était pas asiatique. Peut être européen ou américain. Bon il allait peut être falloir que j'arrête de le dévisager comme ça.

- Hum...merci de m'avoir sorti de là...


Il devait surement se demander ce que j'avais fichu pour me retrouver coincé ainsi. Vu ce qu'il y avait de coincé derrière son oreille, lui c'était sans doute pour trouver un coin tranquille où se laisser aller. N'importe quel collègue aurait surement réprimandé l'usage de la drogue mais honnêtement ? Je m'en fichais royalement. Si les gens voulaient se shooter s'était leur problème et non le mien. Enfin, j'espérais que mon uniforme de policier n'allait pas lui faire prendre la poudre d'escampette.

- Il y a le corps d'un adolescent coincé sous les débris...j'ai voulu le dégager mais ça s'est retourné contre moi...c'est assez drôle en y repensant

Enfin façon de parler. C'était très loin d'être rigolo de se retrouver pris au piège. Mais c'était simplement d'avoir souhaité libérer un cadavre et de se retrouver soi même emprisonné qui était assez ironique.

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Zimmermann Alex
Âge : 33
Occupation : Lutteur de Sambo & Propriétaire d'un dojo à Gangseo
Quartier : Gangseo
Situation : Célibataire, il ne cherche absolument pas à s'engager depuis qu'il se sait condamné.
Don : Aucun
Multicompte : Lim Yong Kyu & Shim Wenxia
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1584-alexander-zimmermann-your-time-
Dim 12 Nov - 23:00
 

Under the stone



Je sais ce que vous pensez et ce que vous êtes entrain de vous dire. Vous me voyez sûrement comme une sorte de Robin des Bois. Un bon samaritain qui n’hésite pas une seule seconde, à voler au secours de la veuve, de l’orphelin et des opprimés. Ouais, c’est peut-être vrai. Personnellement, je ne me vois absolument pas comme ça. Je fais uniquement ce qui me semble juste et bien à un instant T. C’est tout. Mikhail n’a de cesse de me répéter inexorablement, que je n’ai pas à porter tout le poids du monde sur mes épaules. Il en a de bonnes lui ! Qu’est-ce qu’il veut que je fasse ? Que j’aille contre ma nature et que je devienne quelqu’un d’autre ? Là, faut pas trop rêver. Je ne suis absolument pas un bon acteur, et j’ai une sainte horreur des mascarades. Est-ce de ma faute si l’injustice me révulse et me met hors de moi ? C’est bien la seule chose face à laquelle, je ne peux rester de marbre et impassible. Une fille qui se fait agresser dans la rue sous mes yeux ? J’interviens. Une personne dénigrant et rabaissant quelqu’un ? J’interviens. Ouais, je suis sûrement un petit con qui se mêle de ce qui ne le regarde pas. Ce qui me vaut de m’attirer les foudres de ces personnes sanguines, qui n’ont dès lors plus qu’une seule envie : en découdre avec moi. Tttt … très mauvaise idée ! Bon bien sûr, il arrive que je déguste parfois bien comme il faut, mais il ne m’est jusqu’à présent jamais arrivé que l’issue d’un pugilat en dehors des rings et des tatamis, ne me soit pas favorables. D’ailleurs, je touche du bois pour que ça continue. Eh merde, fait chier ! Il n’y en a pas dans les alentours. Si je dois me niquer et me bousiller le dos, ou me taper une hernie pour que ce type ait la vie sauve, alors soit. C’est un bien petit prix à payer. Je préfère cent fois plus devoir souffrir pour qu’il s’en sorte sain et sauf, plutôt que de n’avoir aucun pépin physique et qu’il agonise. C’est ça mon don à moi : prendre la défense du plus faible et du plus petit.

Non, je ne suis pas un ignare. Du moins, pas dans ce domaine. Je sais qu’il existe ici bas, des personnes capables de faire des trucs dingues et qu’on ne peut expliquer. Comme Mikhail là, avec son aptitude qui a un nom barbare. Toucher Chrono… . Chropho … . Toucher chromatique ! Voilà, c’est ça. Enfin, je crois. En gros, et pour faire simple, il est capable de réussir à faire des tâches de couleur sur n'importe quel objet, avec ses mains. Pour avoir eu la chance de le voir à l’œuvre, je peux vous dire que c’est assez impressionnant et déroutant. Quand il m’a appris ça, j’ai soudainement compris bien des choses. Comme par exemple, la présence de ces taches bariolées sur mes kimonos que je ne m’expliquais pas. Je me disais : « Merde, je n’ai pourtant pas fait de paintball. ». Quel con n’empêche ! Moi ? Oh moi, je suis un mec lambda. Un mec tout ce qu’il y a de plus normal et ordinaire. Un mec banal, quelconque, pour ne pas dire ennuyeux. Il n’est absolument pas question de don pour moi. Du moins, à ma connaissance. Qui sait, peut-être que j’en ai un qui sommeil en moi, et dont j’ignore l’existence. Mouais … . J’en doute. Puis de toute façon, je vais être un peu just niveau timing, pour le découvrir et l’apprivoiser, si toutefois il existe. Cela ne m’a jamais rendu amer, aigri ou jaloux de ne pas en avoir. Au contraire, je me sens chanceux voire privilégié. Quand je vois toutes les merdes et les galères que se tapent Mikhail avec son toucher machin, je ne suis pas mécontent d’être « normal ». Au prix de maintes et maintes efforts, le mec enseveli sous les décombres parvient à retrouver sa liberté. C’est … bizarre. Ce que je ressens lorsqu’il me prend dans ses bras. Depuis combien de temps, quelqu’un ne m’a-t-il pas pris dans ses bras ? Je l’ignore. Longtemps. Très longtemps. Beaucoup trop pour que je puisse m’en rappeler en tout cas.

Pour la première fois depuis bien longtemps, j’ai l’impression d’être autre chose qu’un cadavre ambulant. Et … et je réalise que peut-être, je dis bien peut-être, je ne suis pas encore tout à fait mort. Lorsqu’il me lâche, c’est un peu comme si je venais de terminer un tour de grand huit. C’est violant. Soudain. Abrupte. A tel point qu’un frisson d’horreur parcours l’intégralité de mon corps. Apparemment, ça va. Il n’a pas l’air blessé. Poussiéreux certes, mais pas blessé. Tant mi… . Merde, ses mains. Elles sont complètement égratignées. Hum, ça n’a pas l’air bien méchant étant donné qu’il ne saigne pas abondamment. J’imagine qu’il a très certainement essayé de protéger sa tête, lorsque le plafond s’est effondré sur lui. Un réflexe des plus humains et naturels. Il n’a pas l’air d’avoir de fracture. A quel cas, il n’aurait pas pu me prendre dans ses bras. Si c’est douloureux et qu’il souffre, alors il le cache très bien. Soit il a un excellent seuil de tolérance à la douleur, soit il n’a rien. D’un point de vue logique, j’opterais pour la seconde option. Je me sens un petit peu gêné et mal à l’aise lorsqu’il me dévisage. Tant et si bien, que je plisse les lèvres et finis par détourner le regard. Je n’ai jamais été ce que l’on a coutume d’appeler un beau mec. Pourtant, c’est exactement comme ça que ce type me regarde : comme si j’étais un beau mec. Je détecte dans ses yeux comme une sorte de … de surprise, je dirais. Je pense qu’il ne s’attendait sûrement pas à tomber sur un occidental. Ca peut se comprendre. Même lorsqu’il était sous les gravats, rien n’aurait pu le laisser penser que je n’étais pas d’ici. De toute manière, vu l’état de nerf et de panique dans lequel il devait être, je pense qu’il était tout bonnement incapable d’y prêter attention. Je vis en Corée depuis tellement longtemps, que je n’ai pratiquement plus une once d’accent allemand. Il faut vraiment tendre l’oreille et être très attentif, pour déceler ces intonations made in Berlin Est. Le gars ayant frôlé de peu la catastrophe, me remercie de l’avoir secouru et m’affirme qu’il va bien.

A la bonne heure ! Je ne sais pas com… Oh, merde ! Soudain, l’évidence me saute aux yeux. L’uniforme. Comment ai-je pu passer à côté de ça ? En plus, ça se voit comme le nez au milieu de la figure. Putain, un flic … . J’ai vraiment une chance de cocu moi, ce n’est vraiment pas permis … Ahem ! Ne tenant pas spécialement à donner du bâton pour me faire battre, je range le splif derrière mon oreille dans la poche arrière de mon jean. Ok, il peut certes se montrer indulgent et passer l’éponge pour cette fois, compte tenu que je lui ai tout de même sauvé la vie, mais bon ce n’est pas non plus une raison pour jouer la provoc. De toute façon, je crois qu’il l’a remarqué. Boh, j’imagine qu’il préfère de loin chasser un dangereux criminel, plutôt qu’un toxico du dimanche. Rassurer quant à son état, je recule d’un pas, afin de ne pas empiéter plus longtemps sur son espace vital, et lui laisser un peu d’air. Petit moue perplexe, je lui demande sur un ton placide et neutre : « Au risque que tu me retournes la question … Je peux savoir ce que tu foutais ici ? ». Le keuf prend quelques secondes afin de virer la poussière recouvrant son uniforme et ses cheveux. Le petit soulèvement de particules microscopiques, lui arrache un éternuement digne d’un géant. Tout ce que je me contente de faire, c’est de hausser les sourcils. On a du cul que l’onde sonore n’ait pas occasionné un nouvel éboulement. Et surtout, je peux m’estimer heureux qu’il ait eu la politesse de mettre sa main devant sa bouche. Une étreinte réconfortante : ça, passe encore, je pense être capable de m’y faire. Mais un baptême aux microbes et aux miasmes : là, ça m’aurait clairement emmerdé et fait chier. Le flic agite la main en direction des débris et répond finalement à ma question. Le corps d’un adolescent. Sérieux ? Je me penche sur le côté afin de tenter de l’apercevoir. Tout ce que je vois, c’est une tête dépassant d’un amas de pierre.

Une tête aux allures juvéniles. Une tête qui … . Une tête qu’à ma grande stupeur, je reconnais. Je sens un haut de cœur naître en moi. Consterné et hébété, j’entrouvre la bouche et arrive lamentablement à articuler : « N-No Sum ? ». Estourbi comme si je venais de me ramasser un coup de massue sur la tête, j’avance en direction du corps prisonnier, en traînant les pieds comme un zombie. Arrivé devant la tête recouverte de poussières de plâtre, mes jambes déjà flageolantes sont incapables de me porter davantage. Je me retrouve donc en genoux, complètement scié et médusé. Machinalement, je viens poser mon index et mon majeur sur son cou, afin de vérifier son pouls. Evidemment, il n’y en a aucun. Il est complètement gelé. Non. Non. Non, non, NON putain !!! Pourquoi, bordel ! Mais pourquoi ?! Il commençait tout juste à sortir la tête de l’eau. La misère et la galère semblaient lui avoir foutu la paix. Il allait bien … il allait bien. Il était en bonne santé et avait toute la vie devant lui. Qu’est-ce qu’il faisait ici, nom de Dieu ?! Ce n’était qu’un gosse. Il avait à peine seize ans. Jamais … jamais il n’aurait dû être ici. Visiblement, je ne peux pas tous les sauver. Une fois de plus j’ai échoué lamentablement. En voyant ses prunelles noires me fixer avec une expression d’épouvante, mon cœur se soulève. C’est limite si j’en n'ai pas la nausée. En déglutissant laborieusement ma salive, je lui ferme les yeux, avec le vain espoir que cela pourra l’aider à trouver le repos éternel. Même si je ne crois pas à toutes ces conneries. Le flic vient me rejoindre et s’accroupit à côté de moi. Bien qu’il ne dise pas un mot, je lui dis instinctivement sur un ton trop solennel à mon goût : « Je … je le connaissais. Il venait s’entraîner tout les jeudis à mon dojo. C’était un bon gamin. Il n’a pas été gâté par la vie mais … . Il semblait enfin voir le bout du tunnel ces derniers temps. Les embrouilles et les engueulades avec ses parents semblaient s’estomper, et ses résultats scolaires commençaient à remonter un petit peu. Je ne comprends pas ce que … ce qu’il pouvait bien foutre ici. ».                                            

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Min Kyo Ji
Âge : 27
Occupation : fonctionnaire de police & bénévole au refuge pour animaux
Quartier : Gangseo
Situation : éternellement célibataire
Don : Médiuminité. Je vois et parle aux morts
Niveau : 4
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1356-min-kyo-ji-i-believe-in-nothing
Lun 13 Nov - 21:59
 

Under the stone



Personnellement je n'avais rien contre les étrangers. La Corée n'était pas vraiment réputé pour serrer dans ses bras les non-bridés. Mais moi, tant qu'on me laissait tranquille je n'avais aucune raison d'être désagréable. La chanson serait surement différente si je ne m'étais pas retrouvé tout seul avec mon sauveur. Limite, mon collègue avec qui j'étais tout à l'heure aurait accusé l'occidental d'avoir essayé de me tuer à coup de pierre. Il était raciste jusqu'au bout des ongles. Je me souvenais parfaitement de ce jour où je patrouillais dans le parc avec lui. Il y avait une famille africaine qui ne faisait rien de mal, simplement manger des glaces sur un banc. Il était persuadé qu'elle les avaient volés. Ou acheter avec de l'argent volé. Il m'irritait tellement avec son esprit étroit que je lui avais expliqué par A + B que la seule personne qui méritait de finir au fond d"un trou c'était lui et personne d'autre. Depuis, entre nous deux c'est un peu glacial. Est ce que ça m'affectait ? Pas vraiment. Moins cet abruti me parlait mieux je me portais. Du coup, notre relation était tellement mauvaise qu'il ne devait même pas s'inquiéter de ne pas me voir revenir. Ce n'était pas comme Bong qui paniquait dès que je n'étais pas là dans les cinq minutes ou que je disparaissais comme un fantôme, pour justement en poursuivre un. Peut être qu'il pensait que j'étais fait en verre ? Je pouvais en tout les cas le remercier d'avoir conseiller, une nouvelle fois, mon patron de m'envoyer consulter un psychologue. Normalement je devais prendre rendez vous la semaine dernière mais honnêtement ? J'avais autre chose à faire que d'écouter un vieux tout ridé me dire de me shooter avec des médicaments et que je devais prendre du repos. Les criminels, eux, ne se reposaient ja-mais. Heureusement, Busan n'était pas seulement composé de psychopathes mais aussi de gens bien, comme l'homme en face de moi. Il m'avait tout de même sauvé la vie, ce n'était pas rien. Je lui en aurait pas voulu de me laisser là d'ailleurs. Plutôt que de risque sa peau pour moi. Je n'avais jamais pensé qu'on pouvait faire ce genre de chose. Pour moi. Vu que j'étais plus celui qui venait en aide aux victimes.
Enfin, je n'allai pas me plaindre d'être en vie. Un peu égratigné et poussiéreux mais ça devrait aller. D'ailleurs il y en avait tellement que je finissais par éternuer après avoir secoué mes cheveux. Je vérifiais quand même que j'avais pas tout fait trembler. C'était simplement le lieu vide et calme qui avait fait énormément résonner le bruit. Je répondais ensuite à la question concernant la raison de ma présence ici. Evidemment j'avais éveillé sa curiosité. Mais je ne m'attendais pas du tout à ce qu'il connaisse le mort.
D'ailleurs lequel des deux était le plus mort ? Sérieusement, on dirait un mort vivant dans sa démarche. Etait ce la drogue qui le rendait comme ça ? Quoique, avec cette saloperie dans le sang aurait il été capable de bouger ces grosses pierres ? Hum. Oh et puis, je m'en fichais après tout. Haussant les épaules tout seul de mon côté, je finissais par rejoindre le héros du jour. Il avait l'air très bouleversé. Je ne savais pas vraiment quoi dire. J'étais déjà pas doué pour réconforter les familles alors imaginer un ami ou un maître - peu importe. Mais en tout les cas, l'adolescent semblait être un gosse bien. C'était triste de mourir aussi jeune. Il m'arrivait parfois de penser que ça devait être moi à la place du cadavre. Comme maintenant. Ce n'était pas que j'étais suicidaire mais des personnes méritaient plus de vivre que moi. Je veux dire, j'avais causé des problèmes à ma mère avec mon don. Mis à dos quasiment tout un lycée et autant dire qu'au travail ce n'était pas très loin. Mon boss me détestait. Je le savais pertinemment. Mais comme j'étais un bon élément il ne pouvait pas me virer. Surtout que si il le faisait je n'hésiterait pas à porter plainte contre lui. Pour discrimination envers les handicapés mentaux. Puisqu'ils pensaient tous que j'étais fou, autant que cela serve à quelque chose.

- Je suis sur qu'il avait une bonne raison d'être ici...

Soufflais je en posant doucement ma main sur son épaule. Avant de sursauter en voyant la tête - enfin celle du fantôme - de l'adolescent sortir de la pierre. Il m'avait tellement surpris que j'en étais tombé sur les fesses. Bon dieu, qu'est ce qu'ils pouvaient être chiant à apparaître comme ça. Bon au moins, il ne chialait pas.

- Je suis désolé Alex', je voulais pas mourir ! J'avais trouvé un petit boulot ici et t'acheter un truc sympa pour te remercier mais je suis mort avant. M'en veux pas s'teu plait

Zut. Est ce que je devais prévenir Alex - Alexander ? Alexandre ? - que No Sum était en train de lui parler ? Ou l'informer avant que "coucou je vois les fantômes et figure toi que y'a celui de ton élève juste en face. Bon juste sa tête mais voilà..." Non définitivement pas. En plus, suite à la catastrophe il y avait eu des enlèvements et d'autres trucs suspicieux. Des rumeurs que j'avais entendu parmi les âmes et disons que...j'avais encore moins confiance. Sous ses airs gentils Alex était peut être un anti-mutant et à la seconde même où je lui annoncerait la bonne - mauvaise - nouvelle il me remettrait dans le trou. Mais l'adolescent avait l'air d'avoir besoin que son professeur lui pardonne - ou arrête de s'imaginer des choses - pour partir sereinement.

- Vous semblez l'avoir beaucoup aidé alors peut être qu'il travaillait ici pour vous acheter quelque chose en remerciement ? Ne lui en voulez pas Alex

Soufflais je avec un petit sourire en direction de l'âme de No Sum qui me regardais d'un air surpris. Et oui je te vois et je t'entends mon coco. Attend...merde. J'ai dit son nom. Et on s'était pas présenté. Mais quel idiot. Bon peut être qu'il allait pas le remarquer.

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Zimmermann Alex
Âge : 33
Occupation : Lutteur de Sambo & Propriétaire d'un dojo à Gangseo
Quartier : Gangseo
Situation : Célibataire, il ne cherche absolument pas à s'engager depuis qu'il se sait condamné.
Don : Aucun
Multicompte : Lim Yong Kyu & Shim Wenxia
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1584-alexander-zimmermann-your-time-
Mar 14 Nov - 14:11
 

Under the stone



Qu’est-ce que j’ai raté ? Qu’est-ce qui a bien pu m’échapper ? Il y a forcément un truc. Un truc qui aurait dû me mettre la puce à l’oreille et m’interpeller. C’est clair que ces derniers temps, il avait changé. Cela m’a d’ailleurs plutôt surpris à vrai dire. J’avais rangé No Sum dans la catégorie des « fortes têtes ». Je pensais qu’il me faudrait bien plus de temps que cela, avant que mon travail avec lui ne porte ses fruits. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avec lui je partais de très loin. C’était un écorché vif. Un jeune en rébellion qui en voulait à la Terre entière. Un gamin sans cap ni repère, qui fumait la vie par les deux bouts. Lorsque je l’ai vu se reprendre en main et enfin aller de l’avant, j’ai certes était surpris, mais j’ai surtout été fier et pas mécontent de moi. Je ne me la pétais pas, mais bon c’est quand même un peu l’idée. Bordel ! Ma fatuité et ma vanité, ont complètement endormi et éteint ma suspicion et ma méfiance. Jamais … Plus jamais ça ! Il y a un proverbe qui dit : « Dans tout les combats, il y a des erreurs ». Je peux vous garantir que pour celui-ci, j’ai retenu la leçon. On ne m’y reprendra pas. Ce n’est pas demain la veille, que je commenterais une seconde fois une telle bourde. Fait chier ! Pourquoi ? Pourquoi est-ce qu’à chaque fois, il faut que de tels extrêmes se produisent, pour que j’ouvre les yeux et vois enfin les choses comme elles sont ? Là, un mort, une vie trop tôt fauchée … pfff, c’est chaud quoi. Note à moi-même : Ne plus plus prendre pour argent comptant, les signes extérieurs de mieux et d’embellie dans le comportement, l’attitude et la mentalité de ces gosses. Au contraire, je vais devoir redoubler de prudence et ne pas leur lâcher la bride trop tôt. Tant pis si à leurs yeux, je passe pour un mec pas aussi cool que ça et réac. Si cela peut éviter une autre merde comme celle-là, alors soit. Baisser d’un cran dans leur estime me semble être une bien faible contrepartie, si ça leur permet d’avoir la vie sauve et de continuer à rêver ou d’envisager l’avenir. Je crois que toute la beuh du pays ne suffirait pas, à étancher et annihiler la peine et la culpabilité que suscite en moi la mort de No Sum.

Bien que ce n’était officiellement pas le cas, il était à mon sens sous ma responsabilité. Je me devais de le protéger. De prendre soin de lui, au même titre que ses parents. Ouais je sais, c’est un gros défaut que j’ai là. D’être trop impliqué. Mikhail ne rate d’ailleurs jamais une occasion pour me faire la leçon. « Arrête d’en faire autant. Ce ne sont pas TES gosses. Ne te substitue pas à leurs parents, c’est contre productif. Et putain de merde, cesse de te flageller et de te blâmer si l’un d’entre eux ne retourne pas dans le droit chemin. On n’est pas des éducs’, ce n’est pas notre boulot. On fait ce que l’on peut à notre petit niveau qu’importe le résultat sur eux, point final. ». Hum, faire ce que l’on peut à notre petit niveau ... . Non. Ca désolé, mais ce n’est définitivement pas dans ma façon de faire, de penser et de procéder. Lorsque je fais quelque chose, j’y mets toujours tout mon cœur et toutes mes tripes. C’est comme ça, ça l’a toujours été et à mon avis, ce n’est pas prêt de changer. L’approximation et l’à peu près : j’ai une souveraine horreur de cela. J’envie Mikhail parfois. Enfin, j’envie surtout son côté carré, calme, détaché et cette façon qu’il a de faire la part des choses. Moi, je ne suis pas comme ça. Je suis un passionné. Il n’y a jamais de demie mesure. C’est noir ou blanc. Le gris : connais pas. De plus, souvent, très souvent, voire tout le temps, le cœur l’emporte sur la raison chez moi. Je suis tout bonnement infoutu de faire quoi que ce soit, sans y mettre une dose d’affect. Jamais il n’est en sourdine, en veilleuse ou en stand by. Ouais, par moments ça m’emmerde prodigieusement. Mais qu’est-ce que je peux y faire ? J’ai pris l’exact contre pied de mon vieux. La haine, la violence gratuite et les cris … non, ça je ne peux pas. Je ne peux plus. Il m’a tellement hurlé dessus et répété encore et encore, que je n’étais qu’un moins que rien et que je ne méritais pas de vivre, qu’aujourd’hui encore j’en suis convaincu. Oui, il arrive que parfois je me dise que ce qui m’arrive, je le mérite amplement et que ce n’est que justice. Les coups à la rigueur ce n’était rien, mais les mots … . Les mots m’ont cent fois plus déglingué et anéanti.

Il a beau ne plus être là, je continue instinctivement de m’interdire tout un tas de trucs, comme il l’exigeait à l’époque. Interdire d’aimer, et surtout d’être aimer. Interdire de mettre des mots sur ses émotions et ses sentiments. Je m’arrête là, sinon … . Est-ce qu’il aurait pu changer ? Probablement. A entendre Diana, son « papa », était le plus grand, le plus beau, le plus fort et le plus gentil du monde. Changer, je veux bien. Opérer une transformation ou une métamorphose, là je n’y crois pas. Pourtant, c’est ce qui semble s’être passé. Non, ce n’est pas possible. Là, je ne marche pas. Le portrait qu’elle m’en fait, est tellement loin de la version « originale » que j’en ai. En était-il de même pour No Sum ? Pas exactement. C’était un peu plus compliqué et subtil que ça pour lui. Je ne saurais trop comment l’expliquer. C’était … plus qu’un changement, mais pas non plus totalement une transformation. Ouais, voilà. C’était quelque chose de flou. De pas clairement défini.  Un truc … perceptible mais en même temps insaisissable. Un peu comme si deux images contradictoires, gravitant autour d’une nébuleuse étaient rentrées en collision. Me voyant passablement chamboulé, le flic, dont j’ignore encore le nom vient, s’accroupir à côté de moi. D’un geste se voulant rassurant et réconfortant, il pose une main sur mon épaule. Hum. Je ne sais pas si l’effet qu’il souhaitait escompté est au rendez-vous, mais ce geste à au moins le mérite de rendre les battements de mon cœur moins irréguliers. Il me détend et me décrispe également. Mes épaules se relâchent, et toute la tension s’étant accumulée dessus, est balayée d’un coup d’un seul. C’est quand même fou les conséquences aussi bénéfiques que peut avoir un geste aussi anodin. Soudain, sans crier garde, le keuf sursaute et se retrouve le cul par terre. Bah qu’est-ce qu’il a ? Pourquoi tire-t-il une tête pareille ? On croirait qu’il a vu un revenant. Là franchement, faut qu’on m’explique. J’ai sûrement dû raté un épisode. Dérouté et quelque peu pantois, je me contente de hausser une nouvelle fois les sourcils. « Une bonne raison » ... . Ouais, sûrement. Mais laquelle, bordel de merde ! Pourquoi … pourquoi n’est-il pas entrain de faire les quatre-cent coups avec les autres gamins de son âge ? Cela aurait sans doute mieux valu.

Ce policier semble très perspicace est clairvoyant. Ca change de ceux auxquels j’ai eu à faire jusqu’à présent. Ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez, et qui raffolent du contrôle au faciès. Je reporte mon attention sur le visage éternellement endormi de mon ancien élève. Je touche sa joue glacé et fait rouler mon pouce sur sa pommette. Dans une esquisse de sourire je répond au flic, avant de le regarder à nouveau : « Hum. Sûrement. Cela ressemble bien à No Sum ça. Le pauvre. Perdu à cause de son grand cœur. Je vois que tu connais mon nom. Je peux savoir le tiens, ou est-ce que c’est le genre d’info classée secret défense ? ». C’est vrai que sur le coup je n’ai pas percuté. Toutefois, le fait est là, il me connaît. Enfin, il connaît mon nom tout du moins. Pour qui, pourquoi ? Ca, je n’en sais foutrement rien. Par quel truchement sait-il … . Ah si, j’ai peut-être une explication. Vu qu’il est keuf, il doit avoir accès à toutes sortes d’infos. Comme les casiers judiciaires par exemple. Si ça se trouve, il est tombé sur le mien ? Ouais, je suis fiché. Pour des faits de « petite délinquance », comme ils disent. J’étais jeune, con et rebelle à l’époque. Puis ça m’a passé. Normalement, il ne doit plus y avoir une ligne après la fin des années quatre-vingt dix. Il ne doit pas y en avoir des tonnes, des occidentaux avec un casier dans ce pays. Encore moins des blonds aux yeux pers. Ils doivent sans doute se compter sur les doigts d’une seule main. Possible que ça l’ait marqué, au point qu’il retienne mon nom ? A vrai dire, je n’en sais rien et je m’en fiche pas mal. Il n’y avait pas de sarcasme et d’ironie dans mes propos. Mon ton était des plus neutre et inexpressif. Peut-être qu’il y avait un zeste de plaisanterie et d’humour. Au quel cas, je ne l’ai clairement pas fait exprès. Je ne suis absolument pas en état pour déconner de façon consciente. Après avoir légèrement secoué la tête pour me reconnecter à la réalité, je me relève et frotte mes mains afin d’en enlever la poussière. Idem pour ce qui est de mon blouson et du haut de mon jean. Puis, sans que je sache pourquoi, je me surprends à parler au flic comme si j’étais un témoin qu’il interrogeait :

« Il avait beaucoup changé ces derniers temps. Cela m’a d’ailleurs surpris et interpellé, mais je n’y ai pas plus prêté attention que cela. Maintenant, je me dis que j’aurais clairement dû … . Avec le recul, je me rends compte que … que l’on ne peut probablement pas changer du tout au tout, aussi vite et radicalement. Il était devenu, comment dire … très soucieux de son image. Il prenait énormément de soin lui. Limite s’il n’était pas devenu superficiel. Il y a … deux semaines de cela, un homme l’attendait sur le parking du dojo après l’un de ses cours. Il lui a remis en douce une enveloppe, et se montrait clairement menaçant. Lorsqu’il est parti, j’ai essayé de lui tirer les vers du nez pour savoir qui était ce type. Il a éludé et coupé court en prétendant qu’il s’agissait de quelqu’un de sa famille. Evidemment, je ne l’ai pas crû. Je n’ai cependant pas voulu insister, imaginant que cela ne me regardait sûrement pas. ». Ouais … . J’aurais clairement dû. Je ne sais pas si cela a un quelconque rapport avec ce qui lui ait arrivé mais … . Cette petite altercation qu’il a eu ce soir, n’a jusqu’à présent eu de cesse de trotter dans un coin de ma tête. Avant qu’il ne vienne s’essayer au Sambo, No Sum avait de nombreuses mauvaises fréquentations. Des fréquentations équivalentes à celles que j’ai pu avoir au même âge. Des dealeurs, des pickpockets, des cambrioleur, des vides gousset et des montes en l’air. Bref, des petites racailles que l’on a pour habitude d’étiqueter là aussi « petite délinquance ». Il était loin d’être totalement à la dérive, mais s’il était resté en immersion un peu plus longtemps dans ce milieu, les choses auraient probablement fini par mal tourner. Et lui aussi d’ailleurs. Le truc, c’est que le mec qui l’attendait ce soir là, n’avait absolument rien du petit caïd de banlieue. Au contraire, il semblait expérimenté et bien plus haut sur l’échelle. Une chose est sûre, il n’avait absolument rien d’un criminel. Au contraire, si je l’avais croisé dans de toutes autres circonstances, je l’aurais certainement pris pour un brave type et lui aurais donné le bon Dieu sans confession.

Quelque chose clochait. C’était évidant. No Sum détestait prodigieusement ce genre d’individu. Le genre parvenu, suintant le fric et ayant un melon gros comme ça. Qu’a-t-il bien pu lui dire ou faire pour qu’il soit amené à le fréquenter ? Mes paroles semblent avoir éveillé l’intérêt et la curiosité de l’Agent de police. Normal, j’ai envie de dire. Comme tout les flics, il doit aimé fouiner et ronger jusqu’à la moelle un os qu’on peut lui donner. Il fronce les sourcils d’un air interrogateur, sans pour autant me poser une quelconque question ou m’inciter à continuer. Néanmoins, je poursuis de mon plein gré mon déballage : « C’était un mec, la cinquantaine bien sonnée, voire la petite soixantaine. Petit, un peu rondouillard, les cheveux grisonnant et des lunettes. Vu son costard et la bagnole qui attendait derrière lui, il était loin d’être dans le besoin ou le dénuement. Puis il avait aussi … une espèce de mallette ou d’attaché caisse à la main, là. Du style qu’ont les députés et les politicards. ». Le personnage en lui même m’avait pas mal surpris. Voir un gros richard, dans un coin aussi populaire du quartier Gangseo dans lequel se trouve mon dojo, ça fait un peu tâche dans le paysage. Je l’aurais plus vu dans le centre-ville de Busanjin. Dans un grand building en verre, à boursicoter entre deux cafés et un rail de coke. Cela ne l’empêchait pas d’être très rude, puisque après avoir remis à No Sum cette mystérieuse enveloppe, il lui a dit je ne sais quoi en tapant le sternum du jeune garçon à l’aide de son index, d’une manière très virulente et intimidante. Les choses auraient sans doute pu s’envenimer davantage, s’il ne m’avait pas vu entrain d’observer la scène au loin. Au lieu de ça, il préféré remonter dans sa caisse et se barrer. Je me demande si … . Mais qu’est-ce qu’il a encore ce flic ? A voir sa tête, on croirait que je viens de dire une grosse connerie ou une énormité sans nom. Cela ne va décidément pas mieux toi. Tu devrais peut-être essayer le Valium ?                                                                    

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Min Kyo Ji
Âge : 27
Occupation : fonctionnaire de police & bénévole au refuge pour animaux
Quartier : Gangseo
Situation : éternellement célibataire
Don : Médiuminité. Je vois et parle aux morts
Niveau : 4
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1356-min-kyo-ji-i-believe-in-nothing
Jeu 16 Nov - 18:59
 

Under the stone



J'avais grandis entre la vie et la mort. Voir un cadavre n'était donc en fait pas du tout effrayant pour moi, même depuis la première fois que mes yeux s'étaient posé dessus. Mes collègues pensaient que j'avais un problème avec les émotions. Que je ne ressentais rien. Pourtant quand ils me gavaient - et c'était souvent - ils le ressentaient bien. Non, je savais juste ce qu'il y avait après. Le plus effrayant pour moi c'était l'avant. C'était d'apprendre comment untel avait quitter ce monde. Sans le demander la plupart du temps. Bien évidemment, je ne faisais pas une crise d'hystérie mais, il y avait certaines situations qui me faisait me demander parfois si l'être humain n'était pas pire qu'un animal. Il y avait eu une affaire, l'année dernière. Ca faisait tout juste un an que j'étais devenu policier. Quatre personnes avaient été retrouvés mortes dans un appartement. Une famille. La mère, le père et leurs deux enfants. Ils n'avaient même pas dix ans. Ils n'avaient même pas été tué par balles. Non. Tous égorgés et le tueur avait lavé l'arme du crime et laissé dans l'évier de la cuisine. Comme ça, tranquille. Évidemment, les voisins n'avaient rien entendu à part de la musique. Qui se poserait des questions ?
Mais il n'y avait aucun indice sur le criminel. Aucune trace d'ADN autre que celui de la famille décédé. C'était dans ces moments là que je pouvais bénir mon don. J'avais en face de moi les quatre âmes. Il m'avait simplement suffit d'un moment seul avec eux - c'est à dire que j'avais dû aller sur la scène du crime en pleine nuit - pour apprendre que le coupable était le concierge. Pourquoi ? En vérité c'était un ancien criminel qui était sortie de prison il y avait cinq ans. Il avait changé d'identité, c'était fait tout petit. Et BAM. Recommencer. J'avais dû me débrouiller tout seul pour faire montrer son vrai visage et lui faire avouer son crime. Ca n'a pas été une mince affaire et il avait d'ailleurs failli m'égorger aussi au passage. Bien évidemment tout le crédit était revenu à mon chef, vu que je n'avais aucun moyen légal en ma possession.
Donc vous imaginez bien que me retrouver face à un adolescent qui s'était fait écrasé, c'était très loin d'être du même niveau que certaines de mes affaires. Et puis là il n'y avait aucun coupable. C'était malheureusement l’œuvre de Mère Nature. On pouvait aussi se demander ce que ce garçon faisait là. Son fantôme n'allait pas tarder à me donner sa réponse. Visiblement, Alex avait beaucoup de succès auprès des jeunes. Vu sa réaction ce n'était pas étonnant. Il devait probablement plus se prendre la tête avec ses élèves qu'à se préoccuper de lui-même. Je n'étais cela dit pas si différent vis à vis des victimes que je rencontrais. Je me battais jusqu'au bout pour obtenir justice et il fallait avouer que je ne comptais plus les nuits blanches. La dernière en date était celle du député Park. Je ramais, bien comme il fallait d'ailleurs.

- Secret défense ? Non pas vraiment....c'est Kyo Ji ou l'agent Min comme tu veux

J'avais une mauvaise célébrité depuis l'interview de Yong Kyu. C'était ça aussi d'avoir parler avec un mannequin super adulé. Oh pas tout le monde se souvenait du fameux flic qui avait pris l'affaire en charge mais quand je patrouillais et que pour une raison x ou y je montrais ma carte de police. Alors là...une fois sur deux c'était fichu. On me posait alors de questions, pas sur moi. Mais sur Yong Kyu. Sur la Comtesse de jenesaisplusoù. C'était terriblement agaçant. J'espérais donc que mon interlocuteur ne se rappelait plus de cette émission si il l'avait regardé. Il n'avait d'ailleurs même pas demandé comment je savais son nom. Hum. Je ne pouvais pas vérifier si il était dans la boîte je n'avais plus de téléphone. J'avais un don pour tomber sur des psychopathes.
J'étais cependant loin de me douter que face à cet accident tragique se cachait quelque chose de plus lourd. Le destin ? Je ne croyais pas à ces choses là. D'abord je n'avais pas compris pourquoi Alex s'était mis à me parler d'une discussion étrange entre No Sum et un type. Des magouilles, il y en avait partout. A tout âge. J'étais quand même curieux et le laissait poursuivre. Et là. LA. C'était tombé. La description je la connaissais par coeur. A force d'avoir vu sa photo sur l'écran de mon ordinateur. Seo Ga Myung.

- oui bah d'ailleurs monsieur le policier, c'est un pourri

Oh ça je savais mon petit No Sum. C'était bien pour ça que je le chassais depuis que j'avais entendu qu'il avait abusé de Yong Kyu et surement d'autres mannequins actuels. Je devais surement avoir blanchi vu la mine inquiète d'Alex. Mais ces informations étaient pour moi une excellente nouvelle. J'ignorais quel était le lien entre le gosse et le député mais...mon intuition me soufflait qu'il avait dû voir ou entendre quelque chose qu'il ne fallait pas. Je me relevai, m'éloignant de quelques pas avant de me mettre soudainement à sautiller partout comme un gamin.

- Hahaha je vais enfin l'avoir !!! Je vais le coincer et prouver au monde entier que je ne suis pas timbré !


Bon là c'était un peu loupé mais...Je me rapprochais d'Alex, le prenait par les épaules. Le fixant le plus sérieusement du monde.

- Ce type que vous avez vu. C'était le député Seo Ga Hyung. Avant il était directeur de casting. C'est un pervers détraqué, un pourri. Et votre élève. Il a surement du découvrir quelque chose et se faisait payer pour garder le silence.


Expliquais je en pointant le tas de pierre - enfin le fantôme - ah non mince. Je descendais mon bras vers le corps sans vie.

- Malheureusement, si il n'avait pas eu cet accident, il serait mort autrement. Et de façon plus douloureuse.

Finalement, il s'en sortait pas si mal. Bon j'avais oublié que le gamin était toujours là en disant ça. Résultat, le fantôme de No Sum s'était mis à paniquer. Mec, tu es déjà mort. Il volait partout dans la pièce et je suivais donc un point invisible des yeux - invisible pour Alex bien sur.

- Il a voulu me doubler ! Ca ne se passera pas comme ça ! Monsieur le policier j'ai caché une carte SD au dojo. Mettez à terre ce pourri !


- Allons à ton dojo !

M'exclamais je en reportant mon regard sur l'homme aux yeux verts/bleus. Autant ne pas perdre une minute.

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Zimmermann Alex
Âge : 33
Occupation : Lutteur de Sambo & Propriétaire d'un dojo à Gangseo
Quartier : Gangseo
Situation : Célibataire, il ne cherche absolument pas à s'engager depuis qu'il se sait condamné.
Don : Aucun
Multicompte : Lim Yong Kyu & Shim Wenxia
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1584-alexander-zimmermann-your-time-
Jeu 16 Nov - 23:14
 

Under the stone



Enseveli sous un amas de pierres. Existe-t-il une mort plus atroce et douloureuse ? Franchement, j’en doute. Son visage n’a rien. Pas d’hématome, pas de plaie ni bleu. Autrement dit, il n’a pas été assommé et n’a donc pas perdu connaissance. Jusqu’à son dernier souffle, il a ressenti la douleur cuisante et intenable des multiples fractures dont il a été victime. Le poids des décombres a complètement écrasé et broyé son thorax. Il a dû lutter jusqu’à son dernier souffle. Cherchant en vain de maigres bouffées d’oxygène, afin de rester dans ce monde. Il a agonisé. Il s’est vu partir. Personne ne mérite une pareille mort. Surtout pas un gamin d’à peine seize ans. Vraiment personne ? Ok, peut-être pas. Il y a au moins un homme qui aurait pu être digne d’un tel calvaire. Un homme dont j’ai tant rêvé et souhaité la mort. Au point que j’en dorme le soir avec un couteau planqué sous mon oreiller. Combien de fois en ai-je caressé la lame ou le manche, en échafaudant mille et une tortures et supplices, que j’aurais pu lui infliger ? Un bon paquet en tout cas. La haine et l’acrimonie que j’avais, et que j’ai toujours, envers cet homme … . Je crois qu’il n’y a pas de qualificatif assez fort pour les décrire. Je n’ai jamais beaucoup aimé dans ma vie, mais qu’est-ce que j’ai pu haïr et détesté ! Suis-je pour autant passé à l’acte ? Non, jamais. Qu’est-ce qui m’a retenu ? Je n’en sais foutrement rien. Peut-être qu’inconsciemment, je savais que si je faisais ça, je deviendrais alors comme lui ? Un monstre. Une bête. Un barbare dépourvu de la moindre once d’humanité. Un salopard sans respect, ni foi ni loi. En plus, il y a un sacré fossé entre rêver, imaginer et passer à l’acte. Un homicide, et à plus forte raison un parricide, nécessite un cran phénoménale. Chose que je n’avais clairement pas à l’époque, du haut de mes trois ou cinq ans. Rassurez-vous, je ne l’ai toujours pas aujourd’hui. J’avoue avoir fait des conneries grosses comme moi étant jeune, mais jamais au grand jamais, je n’ai eu de quelconques pulsions meurtrières. Bon je ne vous cache pas que des fois, ce n’est pas l’envie de coller une bonne paire de claques à certains connards qui me manque. Mais bon, on est un peu tous comme ça. Non ?

Une mauvaise journée, un accrochage avec un collègue ou votre boss peut suffire pour vous faire perdre votre sang froid. Si comme moi vous êtes un minimum civilisé, vous prenez sur vous et vous vous contenez, bien qu’intérieurement vous bouillonnez et fulminez. Si l’on s’entre-tuait à la moindre petite embrouille, ça aurait vite fait de devenir le chaos et l’anarchie. Pour en revenir à mon vieux, peut-être aussi que … que malgré tout ce qu’il a pu me dire ou me faire, il restait quoi qu’il en soit mon père et … et sans doute que tout au fond de moi, une infinitésimale et minuscule partie de mon être l’aimait quand même ? Serait-ce pour ça que j’ai « oublié » de le tuer ? Tsss, c’est dingue … . Je lui  cherche des excuses, joue l’avocat du diable et tente de le ramener au statut d'Homme. La victime qui prend la défense de son bourreau. Plutôt tordu et maso, hein ? Il y a comme un parallèle là-dedans, avec le syndrome de la femme battue. Dans le fond je pense que c’est ça. Un martyr ou une personne brutalisée, finit inéluctablement par se dire qu’il mérite ce qui lui arrive. Que c’est entièrement de sa faute, et que son tortionnaire n’y est pour rien. Tout ce qui compte aujourd’hui, c’est qu’il ne soit plus là. Je me sens libre, sans angoisse ni boule au ventre. Depuis tout ce temps, je n’avais qu’une hantise : qu’il me retrouve. Bien que je sois un lutteur de sambo professionnel et un adepte de plusieurs autres arts martiaux, je suis quasiment certain que j’aurais été tout bonnement incapable de me défendre. J’aurais été pétrifié, paralysé et complètement apeuré. Ouais, je serais redevenu le gamin de trois ans incapable de se débattre. Le punching ball humain, sur lequel il passait ses nerfs et ses humeurs. Plus jamais. Plus jamais je n’aurais cette appréhension et cette peur monstre, de recroiser son chemin. Je vais vivre et profiter. Sans pour autant y prendre goût. Je n’en ai clairement pas le temps. Il ne le faut pas. Sous aucun prétexte. J’ai accepté mon sort. Je m’y suis résolu. Je me suis préparé. Si je reprend goût à la vie, j’aurais fatalement des envies et des désirs. Et … cela sera plus dur que jamais de partir. Ca sera juste terrifiant.

Ce que je ne veux pour rien au monde. Vous dîtes ? De quoi est-il mort ? Sincèrement, je m’en balance pas mal. Tout ce qui importe, c’est le résultat. Toutefois, vu la vie qu’il a mené, je serais tenté de vous dire Cancer des poumons ou Cirrhose du foie. Bref, il n’a pas volé ce qui lui est arrivé. Mais toi No Sum … toi tu ne méritais clairement de finir ainsi. Tu étais quelqu’un de bien. Dommage que tu fusses le seul qui en doutait. Le bonheur, l’amour et toutes ces autres choses auxquelles les gens bien portant aspirent, jamais tu n’auras eu la chance de les connaître. Pourtant, Dieu sait que tu en étais digne. Sans doute même plus que quiconque. Tu ne riras plus. Plus jamais tu ne regarderas le ciel et l’horizon d’un air rêveur, et avec des envies d’ailleurs. Enfin … . J’espère que où que tu sois désormais, tu es en paix et plus serin que jamais tu ne l’as été. Je ne crois pas à tout ça. Je l’ai déjà dit, et tu le savais. Mais pour toi, j’ai envie d’y croire pour une fois. Le flic, qui donc s’appelle Kyo Ji, semble sortir peu à peu de sa stupeur et de sa stupéfaction. Qu’est-ce que … . Non mais pincez-moi, je rêve ! Il jubile. Le corps d’un gamin gît à seulement quelques mètres, et lui il explose de joie et sautille partout comme s’il venait de gagner au loto ?! Putain, mais c’est quoi ça ! Le respect au mort, tu connais ? Vous êtes pourtant très à cheval là-dessus, vous autres les coréens. Stupeur et consternation change de camp, pour venir sur mon visage. Quelques petits débris de plâtre au plafond, tombent sur mon épaule. Instinctivement, je lève les yeux vers l’océan de fissures au-dessus de ma tête. Envisageant le pire, je fronce les sourcils et serre les dents. Quel abruti ! S’il ne se calme pas très vite, toute l’architecture va nous tomber dessus, et nous finirons comme ce pauvre No Sum. Arrête bordel. Arrête ça, maintenant ! Puis d’abord, de quoi tu parles ? Qui vas-tu coincer ? Je ne sais pas ce qu’il en est pour le « monde entier », mais pour ma part, et suite à ton grand numéro de malade, tu m’as tout bonnement l’air d’être "un timbré". On engage vraiment de tout et de n’importe quoi dans la police de nos jours.

Ils ne soumettent pas de tests psychologiques aux candidats, ou quoi ? Qu… . Merde, c’est quoi ça ? Pourquoi … pourquoi est-ce que lorsqu’il me saisit par les épaules, je n’ai plus la moindre particule d’animosité envers lui ? Au contraire, cela suscite en moi de la sympathie, du respect et … une sorte d’attraction à son égard. Est-ce que lui aussi possède un don ? Ce que je ressens est-il dû à ça ? Probable. Whoo whoo, tout doux là ! Totalement abasourdi, je dis sur un ton incrédule : « Attend une seconde là. Je ne capte pas tout. Pourquoi un dépu… . ». Je n’ai absolument pas le temps de finir ma phrase. Kyo Ji est beaucoup trop euphorique et survolté pour me laisser en placer une. C’est le jour et la nuit entre tout à l’heure. Quelqu’un qui débarquerait maintenant et verrait la scène, serait à mille lieues de se douter, et ne croirait jamais, qu’il était pris d’une crise de panique il n’y a même pas dix minutes de cela. Pourquoi No Sum aurait-il été amené à fréquenter un député ? Qu’est-ce qu’il entend par « pervers détraqué » ? No Sum aurait … . Oh putain. Si c’est ce à quoi à je pense et redoute, je sens que je pourrais être animé par de violentes pulsions meurtrières. Si ce type a touché à ne serait-ce qu’un cheveu d’un gosse, je vous jure que je le tue de mes mains ! Député, ou pas député. Rien à foutre ! Je ne comprends pas. No Sum était certes naïf et manipulable, mais jamais il ne serait tombé dans un piège aussi gros. En plus, il savait se défendre. Ce … ça n’a pas de sens. Il n’était pas stupide. Jamais il n’aurait fait chanter un homme puissant, ayant accès à des moyens illimités et ne connaissant aucune limite. C’est insensé. Personne ne prend de risque aussi inconsidéré, et ne se lance seul dans une telle croisade. Personne, hormis … . Oh merde ! Il a voulu faire comme moi. Il a eu à cœur de prendre la défense des plus petits, de dénoncer un tort et réparer une injustice. Le policier agite sa main en direction de la dépouille de mon ancien élève, avec autant considération que s’il s’agissait d’un vulgaire sac de patates. Ce qui a le don de me mettre hors de moi.

Je n’étais cependant pas au bout de mes peines. Mon sang ne fait qu’un tour lorsqu’il minimise la façon dont est mort l’adolescent. Ulcéré, je lui réponds sur un ton trahissant ma colère et mon agacement : « Plus douloureuse ?! Parce que pour toi mour… . ». Purée, mais il est branché sur le trois-cent quatre-vingt, ou quoi ? Comment est-ce qu’on lui retire les piles à ce mec ? Sans crier garde, l’agent de police m’invite, non m’incite carrément, à me taire en venant plaquer une main sur ma bouche. Il ne doute vraiment de rien lui. Faire un tel geste à un homme étant ceinture noir de Sambo, pratiquant de Boxe Thaï et de Capoeira, il faut quand même déjà oser ! Non, non, non Alex coooool. Là, c’est le moment où tu te contiens et prends sur toi, afin de ne pas entarter la personne qui te fait face. Voilà, c’est ça. Inspire, expire. Inspire, expire. Pas spécialement envie de me faire passer les menottes aux poignets, pour coups et blessures sur un officier de police, dans l’exercice, ou non, de ses fonctions. J’ai déjà plus beaucoup de temps à vivre, alors inutile de le laisser partir en fumée pour une bêtise pareille, qui m’emmènerait directement à la case prison, sans passer par la case départ et empocher le magot. Qu’est-ce qu’il fout avec ses yeux, là ? On dirait qu’il suit une mouche du regard. De quoi me conforter un peu plus dans l’idée que oui, tu es timbré mon malheureux ami. Hein ? Attend, attend, tu ne peux pas me balancer ça comme ça. Explique-moi au moins un minimum. Comment veux-tu que j’arrive à suivre sinon ? D’un ton complètement paumé, je lui rétorque : « Mon dojo ? Mais pour… Baisse-toi ! ». Ce que je craignais depuis tout à l’heure finit par se produire. Le plafond, déjà partiellement en lambeaux, nous tombe dessus. J’ai juste le temps de prendre Kyo Ji dans mes bras, de poser mes mains derrière sa tête, de plaquer celle-ci contre ma poitrine, de m’accroupir et enfin d’arrondir le dos afin d’encaisser le plus gros des dégâts et ainsi épargner le jeune policier. Cet accident ne fait que raviver la panique, que je croyais anéanti, du policier.

Décidément, cette nuit est un véritable ascenseur émotionnel pour lui. Peur, euphorie, peur, euphorie … . Je pourrais continuer comme ça encore longtemps, mais je pense qu’il vaut mieux que je m’arrête là. Le jeune homme agrippe fermement les deux pans de mon blouson en cuir. Le visage enfouit dans mon sweat, il tremble de nouveau comme un parkinsonien en pleine crise. Ou un toxico en manque. C’est au choix. Sa respiration est haletante. Tant et si bien, que j’ai du mal à dire si elle est simplement saccadée et irrégulière, ou s’il sanglote. Oh non pitié, pas encore … ! D’un geste un tout petit peu plus assuré que précédemment, je caresse d’une main l’arrière de son crane et ses cheveux. Mon autre bras quant à lui, est toujours enroulé autour de ses épaules. De nouveau, je tente de le rassurer avec des paroles toutes faites. Ca a marché la première fois. Pourquoi cela ne fonctionnerait-il pas ici ? A voix basse, je murmure donc à son oreille : « Chhhut, ce n’est rien. Tu es en sécurité. Calme toi. Je suis là. ». Hum, c’est peut-être un peu too much, non ? Vous êtes marrant vous, j’aimerais vous y voir ! Si vous voyez l’état dans lequel il est, vous serez d’avis pour dire que mes mots sont tout sauf superflus. Encore un peu sous le choc, j’aide Kyo Ji à se relever et lui dis : « Ma moto est garée devant l’entrée du personnel. J’ai un deuxième casque avec moi. Promis, je n’irais pas vite et respecterais les limitations de vitesse. ». Mon ton est légèrement las et blasé. Si j’ai acheté une moto, ce n’est certainement pas pour rouler à deux à l’heure, et me conformer scrupuleusement aux indications sur les panneaux de signalisation. Toutefois, vu l’état dans lequel est ce mec, cela vaut mieux. Pas sûr qu’il survive à un autre shoot de sensations fortes et d’adrénaline. A mon humble avis, cela risquerait même plutôt de l’achever. Eh puis, il est flic. J’aimerais donc autant évité, de me ramasser une amande ou de me taper un retrait de permis.                                                                                                        

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Min Kyo Ji
Âge : 27
Occupation : fonctionnaire de police & bénévole au refuge pour animaux
Quartier : Gangseo
Situation : éternellement célibataire
Don : Médiuminité. Je vois et parle aux morts
Niveau : 4
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1356-min-kyo-ji-i-believe-in-nothing
Sam 18 Nov - 18:14
 

Under the stone



J'avais tendance à oublier que je n'étais pas tout seul. Que mon comportement parfois farfelu pouvait en choquer ou en blessé plus d'un. C'était plus fort que moi même si c'était très involontaire au final. Lorsque j'arrivais à trouver une piste, c'était comme si je venais de dénicher un trésor. Vous n'imaginer même pas comment j'étais lorsque ça se passait à mon appartement. Celui qui avait vu sur la fenêtre de ma chambre devait probablement appeler les hommes en blanc en voyant un mec en caleçon sauter sur son lit. Le pauvre Alex devait aussi surement penser que j'étais vraiment fou à l'heure actuelle. Il ne devait même rien comprendre à ce qu'il se passait. J'avais pris le temps de lui expliquer un peu mais vu sa tête, ce n'était pas gagné. Je n'avais pas le temps cela dit d'entrer plus dans les détails. Si Ga Myung avait vent que le petit No Sum avait trépassé, nul doute qu'il ferait son possible pour retrouver les preuves cachés. Envoyer surement des hommes de mains faire le boulot. Il fallait donc arriver au dojo le plus rapidement possible. Il était hors de question de laisser cette carte SD s'échapper. No Sum comptait sur moi à présent et je devais honorer son âme. Ce n'était pas no n plus un hasard si j'avais croisé la route de celui qui était en charge du Dojo. Je n'étais pas du style à croire au destin mais c'était un peu gros pour ne pas voir l'évidence. La probabilité était incalculable que mon sauveur soit Alex. D'un point de vue extérieur je pourrais être dans un Disney où la princesse est sauvé par le héros de l'histoire. Excepté que j'avais aucune envie de vivre heureux et d'avoir des enfants avec monsieur muscle. Ce dernier non plus d'ailleurs, surement pas avec un timbré. De toute manière qui voudrait sortir avec un type comme moi ? J'avais un sale caractère et je voyais les morts. Ce dernier point était cependant pas vraiment affiché sur mon CV. Aiden avait été témoin de mon haut taux de sociabilité après tout. Le nombre de mecs qui m'avait trouvé trop mignon au premier regard pour finir par partir en m'insultant quelques secondes après. Ce n'était pas ma faute si j'étais insensible à la drague et que leur long discours me faisait bailler plus qu'autre chose. Si quelqu'un voulait attraper mon coeur ce n'était pas de cette façon là. Si il ne me lâchait pas aujourd'hui.
A force de laisser libre court à ma joie j'avais surement dû finir de briser le plafond. Alex m'avait serré dans ses bras et j'avais fermé les yeux. Mon coeur battait follement dans ma poitrine. Allez savoir si c'était à cause de la panique ou de la proximité avec un autre être humain. Je n'avais franchement aucune envie de me retrouver enterré vivant à nouveau. Je tremblais comme une feuille, serrant entre mes doigts la veste d'Alex qui s'était transformé en bouclier humain. Pour moi. Pour me protéger. Pourquoi est ce qu'il faisait ça ? Qu'avait il à y gagner ? J'étais pas riche, je vivais seul et j'étais un flic mal vu. Si c'était simplement pour la drogue...il avait rien à craindre à ce sujet. J'avais d'autres choses à me préoccuper que de dénoncer ça. Je restais tout de même incompréhensif face à son comportement mais en même temps je me sentais bien dans ses bras. C'était chaud et agréable. Je n'avais aucun souvenir des câlins de mon père mais, ça devait surement ressembler à ça ? Un coin où l'on se sentait en sécurité même si la Terre s'écroulait. Ce qui était le cas d'un certain point de vue actuellement. Et ses mots qu'il me chuchotait à nouveau à mes oreilles. Ses caresses sur ma nuque. Je m'étais un peu calmé mais mon coeur battait toujours la chamade. Mon visage d'ailleurs me chauffait atrocement et je devais être rouge pivoine.
Je gardais donc la tête baissée lorsqu'Alex me relevait. Fixant mes baskets alors que No Sum demandait si tout allait bien. Je n'avais cependant pas le temps de lui répondre. Alex me proposait d'aller à son Dojo avec sa moto. Je relevais la tête, dévoilant mes joues encore un peu rouge.

- J'ai frôlé la mort deux fois de suite aujourd'hui et tu crois que je vais me plaindre si tu respectes pas la vitesse ? J'en ai peut être pas l'air mais j'ai aussi été un adolescent


Je me souvenais très bien des nuits que je passais sur un parking désert avec mon scooter. Combien de fois j'étais tombé en prenant un virage trop vite ? Que je m'étais retrouvé avec un poignet cassé ? Surement trop de fois pour ma mère qui m'avait confisqué mon véhicule et m'avais fait jurer de ne plus jamais monter sur cet engin "de la mort" comme elle disait. Sorry Omma, je n'allai pas pouvoir tenir cette promesse si.

- No Sum tu restes là

Ordonnais je ensuite à l'adolescent avant de sortir de la salle. Je n'avais pas envie de parcourir la ville à la recherche de son fantôme. Avec un peu de chance aucun de mes collègues ne trouverait son corps jusqu'à demain. Ce qui me laisserait le loisir de l'interroger plus tard si on ne trouvait pas sa carte SD. Donner un ordre à un mort devait donner encore plus l'impression que j'étais timbré. Alors que j'avais toute ma tête. Mais je ne savais pas si je pouvais dire mon secret à Alex. Malgré le fait qu'il m'ait sauvé deux fois la vie. Il pouvait très bien haïr les personnes comme moi et me laisser sur le bord de la route. Mon cerveau me disait de me taire et mon coeur le contraire. Ce n'était qu'une fois casque enfilé m'être assis derrière lui sur la moto que je prenais ma décision.

- Je vois les morts, alors si jamais je meurs en cours de route je viendrais te hanter avec mes amis


Le menaçais je, bien qu'on pouvait sentir que c'était aussi une petite blague. Je passai ensuite mes bras autour de sa taille pour ne pas tomber. Je sentais à nouveau mon coeur s'affoler. Aish, c'était d'une crise cardiaque que j'allai crever à force. Pourquoi est ce que je me mettais dans cet état là ?

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
avatar
Zimmermann Alex
Âge : 33
Occupation : Lutteur de Sambo & Propriétaire d'un dojo à Gangseo
Quartier : Gangseo
Situation : Célibataire, il ne cherche absolument pas à s'engager depuis qu'il se sait condamné.
Don : Aucun
Multicompte : Lim Yong Kyu & Shim Wenxia
Voir le profil de l'utilisateur http://awib.forumactif.com/t1584-alexander-zimmermann-your-time-
Hier à 19:36

Under the stone



Putain, non mais c’est quand même incroyable ! On est en Corée du Sud, bordel ! On sait pertinemment qu’ici, séismes, typhons et autres catastrophes naturelles de grande ampleur ont plus de chances de s’abattre sur le territoire, que n’importe où ailleurs. Question toute conne : Pourquoi, cela n’a effleuré personne de construire des bâtiments aux normes anti-sismiques ? Les japonais le font bien, eux. Vous n’allez quand même pas me faire croire que les coréens sont plus cons que les japonais. Alors, c’est quoi le problème ? Oh bon sang … ça y est j’y suis. Le fric, évidemment. Le gouvernement et bien trop pingre et rapiat, pour donner aux particuliers et aux collectivités, des subventions afin que les édifices qu’ils souhaitent construire, soient en des matériaux pouvant résister à ce type d’aléas climatiques et naturels. Putain de pognon, tiens ! Il n’y a pas à dire, c’est vraiment le nerf de la guerre. Je n’ai pas vécu très longtemps en Allemagne, mais d’un point de climatique, il n’est pas rare que la douceur berlinoise me manque par moments. Attention, je ne dis pas que le soleil brille dix mois sur douze, et que c’est un vrai paradis sur Terre. Là-bas aussi, nous avons nos tempêtes et nos pluies diluviennes. Toutefois pour tout ce qui est tremblements de terre, tornades, typhons et autres coulées de boue, il faut quand même bien avouer qu’on est beaucoup plus peinards. Boh ceci dit, ce n’est peut-être pas plus mal. Après tout, un petit séisme ou un petit typhon, ça met un peu de sel et de piment dans le quotidien. Mais qu’est-ce que je raconte-moi ?! C’est vraiment horrible. Comment puis-je trouver ce genre de catastrophes distrayantes, alors que des gens ont tout perdu ? Leur maison, leur voiture et j’en passe. Certains y ont même laissé la vie, hélas. La mienne est-elle devenue à ce point fade et insipide, pour que je m’émerveille de pareilles horreurs ?

Si tel est le cas, alors il est grand temps qu’elle se termine. Je refuse de devenir un mec cynique, se délectant du malheur d’autrui. Oui, je préfère encore être enterré à six pieds sous terre, plutôt que de devenir cynique. Etre blasé, résigné, fataliste, défaitiste et pessimiste : ça ok, passe encore. Mais donner dans l’humour noire, le sordide et le cynisme : alors ça, jamais ! Je ne suis pas comme lui, et jamais je ne le serais. Je ne prends pas mon pied à voir les autres souffrir, et en leur infligeant du mal ou de la peine. Non, je ne suis pas un pervers ou un sadique. Je ne suis pas comme lui, je ne suis pas comme lui, je ne suis pas comme lui … . Je ne suis pas comme lui !!! Putain, il faut que je me calme. Je dois me ressaisir. Ce n’est clairement pas le moment de péter un plomb. Pas avec un mec apeuré et terrifié sur, ou plutôt dans, les bras. Je lève subrepticement les yeux. Quelle n’est pas ma surprise, lorsque je découvre la voûte céleste étoilée ! Il n’y a plus un centimètre carrée de plafond. Oui, le petit local dans lequel nous nous trouvons est devenu … décapotable ! Si vous saviez comme à cet instant très précis, je maudis les architectes ayant érigé cette boîte, d’avoir choisi des fondations merdiques et aussi solides que du papier. S’ils avaient fait correctement leur travail, et surtout si l’État avait donné un petit coup de pouce financier, rien de tout cela ne serait arrivé et ce bâtiment serait encore sur pied. Ou en tout cas en majeure partie. Puis surtout, ça m’aurait évité d’avoir … à faire ça. Je ne suis pas un anti-tactile, mais bon j’aime quand même bien connaître les gens, et savoir à qui j’ai à faire avant de les prendre dans mes bras. Là, je dois vous avouer que de le faire, après à peine un quart d’heure montre en main en compagnie d’un type, c’est une grande première ! Une grande première doublée d’un record battu. Haut la main et sans conteste. Enfin bon en même temps, il faut aussi resituer les choses dans leur contexte, et prendre en compte les circonstances.

Pauvre Kyo Ji. Ce n’est pas tout les jours, que l’on réchappe par deux fois à la mort. Il y a de quoi être bouleversé et sous le choc. Normal qu’après de pareilles péripéties, on ait envie d’un peu de réconfort et de chaleur humaine. Cela doit sûrement aider à se sentir vivant. Qui plus est, il n’y a sans doute rien de mieux pour prendre pleinement conscience de la chance inouïe, dont l’on vient d’être l’heureux bénéficiaire. Tsss, la chance … . Encore un concept, ou une notion, bref appelez ça comme vous voulez, auquel je ne crois pas le moins du monde. Si elle existe, alors je pense que c’est une belle salope et qu’elle m’a abandonné bien comme il faut ! Enfin, pour m’abandonner, encore aurait-il fallu qu’elle me trouve et me rencontre. Du fait qu’il n’y ait pas âme qui vive dans les parages, c’est donc bibi qui fait office de réconfort et chaleur humaine, et ce pour la deuxième fois dans un laps de temps des plus courts. Pourquoi moi ? Mais pourquoi moi ? Je ne suis vraiment pas la personne la plus indiquée pour ce genre de truc. Je pensais que lui sortir des paroles réconfortantes suffiraient à le calmer, comme pour tout à l’heure. Malheureusement, ce n’est pas exactement le cas. Certes, il arrive un petit peu à s’apaiser, mais il reste cependant encore largement terrorisé et affolé. Qu’est-ce que je peux faire de plus ? Je crois me souvenir d’un article, que j’ai lu dans une revue médicale à l’hôpital, la dernière fois que je suis aller recevoir mon traitement à base d’interleukine. Autrement dit, ça fait un bail. Il me semble que … qu’ils disaient que pour calmer les pleurs d’un bébé, il suffisait des fois de faire reposer sa tête, contre la poitrine d’un de ses deux parents. Les battements du cœur aidant à le tranquilliser. Bon ok, Kyo Ji n’est pas un bébé, mais l’état dans lequel il est fait un peu penser à ça. Non ? Après tout, ça ne coûte rien d’essayer. Caressant toujours sa nuque et ses cheveux d’une main, je décide donc de venir plaquer son oreille contre mon cœur.

J’espère seulement qui ne bat pas trop vite. A vrai dire, j’ai un peu de mal à m’en rendre compte. J’oscille d’avant en arrière, comme si je voulais le bercer, tout en continuer de lui susurrer des paroles qui me paraissent rassurantes. « Chhhhut. C’est fini. Tout cela ne t’arrivera plus. Je reste avec toi. ». Sur le coup, je ne m’en rends pas compte, mais je vais même encore plus loin, en agissant comme un père le ferait. Enfin, un père normal, entendons-nous bien. Ce n’est clairement pas le mien qui aurait fait ça. En effet, j’embrasse à plusieurs reprises la tempe et le front brûlant du policier. Après ça, et presque miraculeusement, il cesse de trembler et sa respiration se fait plus régulière. Ses mains qui agrippaient jusqu’alors avec fermeté ma veste, finissent par se décrisper et s’ouvrir. Eh bah enfin, ce n’est pas trop tôt ! Je n’y croyais plus. Bon an mal an, j’aide donc le jeune homme à se relever. Ce n’est que lorsque je le vois tête basse et les joues rouges, que je réalise pleinement ce que je viens de faire à l’instant. Aussitôt, je ferme les yeux et me mords l’intérieur des joues. Putain, mais quel con je suis ! Qu’est-ce que j’ai fait bordel ?! Ce genre de gestes d’affection ne se fait pas du tout en Corée. Si mon but était de le mettre mal à l’aise, je ne pouvais pas mieux m’y prendre. Bien que je vive dans ce pays depuis un bon bout de temps déjà, j’ai encore énormément de mal à me faire à la mentalité de la majeure partie de la population. Ce qui en Allemagne, et à une plus large échelle en Europe, est tout à fait normal, ici ne se fait absolument pas. Quand diable m’enfoncerais-je ça dans le crâne, et finirais par comprendre ? Par chance, la gêne de Kyo JI finit par se dissiper. Ses esprits recouvrés, il me dit qu’il ne m’en voudra pas si je roule comme un grand malade, et que comme nous tous, il a été jeune. Un propos qui me fait très légèrement sourire.

On sent qu’il y a comme une certaine forme d’urgence dans sa voix. Comme si le temps pressait, et qu’il fallait à tout prix se rendre au plus vite au dojo. Pour qui, pourquoi ? Ca, je n’en ai pas la moindre idée. Le jeune homme n’a en effet pas encore daigné me dire ce qu’il avait en tête et ce qu’il se passait. Je le pointe de l’index tout en peinant à articuler : « Euh, tu as … tu … . ». C’est quoi ce merdier ? Pourquoi les mots ne veulent pas sortir ? Là pour le coup, c’est lui qui me regarde avec de grands yeux et comme si j’étais un timbré. Incapable donc de baragouiner comme il se doit deux malheureux mots, je balaye un peu de plâtre et de poussière qui se trouvait sur l’épaule et le torse du flic. Voilà, c’est ça que je voulais dire : « Tu as de la poussière, là. ». Aussi bien attentionné, anodin et serviable ce geste soit-il, il ne fait que raviver l’embarras de Kyo Ji. Hum, quelque chose me dit, que ce n’est pas dû à la pudibonderie ambiante coréenne. Non, il n’est de toute évidence pas un adepte de tout ce qui est contacts, et trucs tactiles. Peut-être même qu’il a une sainte horreur qu’on le touche ? Ouais, cela doit être ça. Ok, alors note à moi-même : pas touche et pas regarder dans les yeux non plus, car n’aime pas ça + gêne monstrueuse. Voilà. Bon ça va, je n’oublie rien ? Autre truc que je dois savoir Monsieur le policier ? Non parce que tant qu’à faire, autant tout me balancer d’un coup, comme ça on gagnera du temps et cela sera fait. Le coréen est émotif et discret ; l’allemand quant à lui, est bruyant et porté sur la boisson. Bonjour le choc des cultures ! Je savais en venant à Busan, que la vie ici serait radicalement différente de celle à Berlin, mais je ne m’attendais absolument pas à ce qu’elle le soit autant. En même temps ce n’est pas pour me déplaire. Ce calme, cette maîtrise de soi et ce côté zen qu’ont les gens en quasi toutes circonstances : voilà ce à quoi j’aspire désormais.

Sans plus attendre, l’Agent de police sort du petit local. Je lui emboîte le pas, le suivant de deux ou trois bons mètres. Toutefois, je reste planté comme une potiche, lorsqu’il somme à mon ancien élève de rester là. Je dois avoir une gueule d’ahuri et consternée. Je me retourne en direction du gisant de No Sum, puis suis de nouveau le policier en lui disant de façon … plutôt désarçonnée : « Euh, tu sais vu son état, je doute qu’il puisse beaucoup bouger. ». Non, il n’est peut-être pas timbré. Disons simplement qu’il est … un peu ailleurs. Voilà, c’est ça. Un peu lunaire et dans son monde. Depuis quand, et surtout qui a dit, que c’était un défaut ? A mon sens, c’est au contraire une qualité et une force. Les gens un peu rêveur sont, selon moi, les plus intéressants et les plus plaisants à découvrir et connaître. Arrivé au niveau de la fenêtre brisée, Kyo Ji souhaite machinalement poser sa main sur le montant, pour prendre appui et faciliter son passage. J’ai juste le temps de dire : « Attention ! ». Il y a en effet de nombreux éclats de verre acérés tout autour du cadre. Il s’est déjà fait de belle frayeur psychologiquement, inutile qu’il s’en fasse maintenant physiquement. Ah, de l’air ! Enfin. Devant la moto, je prends le casque que j’avais laissé négligemment sur le siège, soulève ce dernier et sort le second que j’ai toujours sur moi, au cas où comme on dit. Je lance ce dernier au policier. Avec un minimum de délicatesse. Pas comme un bourrin, évidemment. Oh, j’allais oublié mon splif. Ca serait con qu’il se retrouve écrasé. Je le sors donc de la poche arrière de mon jean et le cale de nouveau derrière mon oreille. Une fois équipés et protégés, nous prenons tout deux place sur mon petit bolide. Avant que je ne mette les gaz, le jeune homme m’apprend sur un ton quelque peu hésitant, qu’il est capable de voir les morts. Alors c’est donc ça, son don à lui ? Pour sûr, je l’aurais jamais crû. Maintenant qu’il me le dit, ça me paraît évidant.

Je me retourne vers lui et réponds sur le ton d’un mec qui serait frappé par une révélation. « Haaan d’accord. Tout s’explique. Je comprends bien des choses maintenant. Ah oui ? Parce que tu crois que c’est une façon de remercier ton sauveur ? ». Même si le casque dissimule mon visage, il peut certainement déceler au ton de ma voix et à mes yeux qui se plissent, que je souris. Ok, on y … . Euh … tu sais, ce n’est pas nécessaire. Il y a une poignée derrière le siège à laquelle tu peux te tenir. Après avoir baissé la visière de mon casque, je prends ses avants-bras, les remonte un peu plus haut sur mon buste et les fait davantage se serrer. Voilà, comme ça. Sinon, tu risques de valdinguer au premier virage que je prendrais. J’ai l’impression de voir Mikhail. Il déteste prodigieusement la moto, et crise toujours lorsqu’il n’a pas le choix et qu’il doit venir avec moi. Lui aussi, il a raté sa vocation. Si j’aurais pu être mécano ou réparateur, lui il aurait tout à fait pu être bibliothécaire ou libraire. Durant son temps libre, vous le verrez toujours avec un bouquin entre les mains. Des fois, la manière ampoulée dont il parle et ses citations à tout bout de champs, ont tendance à prodigieusement m’énerver. Enfin bref. Je démarre donc et prends de nouveau la direction de Gangseo, et donc celle de mon dojo. Au début, je tiens parole et respecte les limitations. Toutefois, ayant la désagréable impression de faire du surplace, j’augmente très vite l’allure. Ce qui fait par la même occasion, serrer toujours plus l’étreinte de Kyo Ji. Je ne sais pas pourquoi, mais je … je me sens étrangement bien quand il se blottit là, tout contre moi. Je commence à décélérer seulement lorsque son étreinte m’empêche de respirer convenablement. Par chance, il n’y a pas beaucoup de trafic à cette heure tardive. Le trajet se fait donc de façon fluide. En moins d’un petit quart d’heure, nous arrivons donc à destination. Je coupe le contact, retire mon casque et le pends à une des poignées. Après m’être une nouvelle fois tourné vers le flic, je lui demande sur un ton toujours aussi désarmé et largué : « Et maintenant ? Qu’est-ce qu’on cherche ? Et surtout, où doit-on chercher ? »

(c) proserpina
Revenir en haut Aller en bas
 
Under the stone ( Alexouchounet ♥)
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» LMDC Tag Team Championships: Floyd Mayweather & Randy Orton Vs Stone Cold Steve Austin & John Cena
» Stone +16
» Cody Rhodes Vs Mark Henry Vs Stone Cold Steve Austin
» Protection energy magic stone of jinaar.
» poste vacant d'emma stone

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
A Wonder in Busan :: BUSAN :: HAEUNDAE-
Sauter vers: